Comment la Russie peut contourner les sanctions grâce aux cryptomonnaies

Les cryptomonnaies ne sont pas liées aux systèmes bancaires traditionnels. Le « marché noir » des cryptos se passe essentiellement en Russie et dans l’Europe de l’Est. L’économie à l’échelle du pays ne pourrait pas être sauvée avec les crypto, mais les quelques politiques et oligarques visés personnellement pourraient, en partie du moins, contourner les sanctions.

Le paquet de sanctions que l’Occident brandissait à Poutine depuis plusieurs semaines l’a laissé de marbre, et il a quand même décide d’envahir l’Ukraine. Plusieurs raisons indiquent que les sanctions ne pourraient être que limitée: le rôle de la Chine qui d’ores et déjà se met à importer du blé russe, les grandes réserves de liquidités de la Russie ou encore les réserves en devises étrangères des banques russes. Mais une autre raison vient s’ajouter : certains oligarques et politiques russes visés par les sanctions peuvent les contourner grâce au bitcoin, qui échappe aux système financiers traditionnels.

La Russie, en effet, mise sur les cryptomonnaies pour diversifier son économie, qui est pour l’heure grosso modo une « station service« . En régulant les cryptos, elle pourrait même mettre la main sur 13 milliards de dollars par an.

Contourner le système financier

Une transaction financière est faite entre deux personnes, et est validée par une banque. Dans le cas de sanctions économiques, les banques peuvent alors bloquer des transactions vers des pays sanctionnés. En cas de suppression d’un pays du système Swift, les virements (messages) vers des banques du pays deviennent même impossibles. Or, les transactions de bitcoin et consorts ne doivent pas être validés par un tiers comme une banque mais se font directement entre individus, via la blockchain.

« Si les Russes décident – et ils le font déjà, j’en suis sûr – d’éviter d’utiliser toute autre monnaie que les cryptomonnaies, ils peuvent effectivement éviter pratiquement toutes les sanctions », explique ainsi Ross S. Delston, expert en anti-blanchiment d’argent, à CNN.

Le ministère des Finances américain est au courant de cette possibilité. Dans un rapport publié en octobre, il estimait déjà que les crypto étaient un danger pour l’efficacité des sanctions économiques.

Marché noir

Selon une recherche de Chainanlysis, les cryptos échangées en Europe de l’Est sont fortement liées aux activités criminelles, plus qu’ailleurs dans le monde. L’Europe de l’Est est même la seule région du monde où des acteurs criminels font partie du top 10 des groupes qui injectent de l’argent dans les marchés des cryptos.

Sur l’ensemble de 2020 par exemple, le marché illégal de cryptos, appelé darknet market, a rapporté 1,7 milliard de dollars. En 2020, la majeure partie de ce marché est à attribuer à un marché en particulier, russophone, qui s’appelle Hydra. Le « monstre » a regroupé plus de 75% des revenus du darknet crypto.

Limites des cryptos

Placer tout son argent dans les cryptos ne permettra tout de même pas de contourner, entièrement les sanctions, en tout cas pas à échelle du pays. Delston analyse qu’il reste difficile d’acheter des produits avec la crypto. La Russie importe notamment de la nourriture, et il serait alors compliqué d’aller chercher des approvisionnements pour tout un pays avec des bitcoins, par exemple.

Le marché du pétrole, produit phare de l’économie russe, est également compté en dollars. Difficile alors également, à échelle internationale d’être payé en cryptos.

Un dernier point est encore la traçabilité sur la blockchain. « Ce n’est pas une solution complète pour les oligarques russes », explique Delston, « car le bitcoin et les autres cryptos peuvent être tracés sur la blockchain. Il est plus difficile, mais pas impossible, de blanchir ces fonds grâce à la blockchain. »

L’exemple de l’Iran

Si la Russie souhaitait tout de même utiliser les cryptos comme tampon contre les sanctions, elle pourrait suivre ce que l’Iran a mis en place. Ses institutions financières sont coupées du monde, sa monnaie n’a plus de valeur, il y a des embargos américains sur tous ses produits, notamment son pétrole. Avec le surplus d’énergie disponible, la république islamique s’est donc tournée vers le minage de bitcoins, à hauteur de 4,5% de la production mondial, ce qui rapporte environ un milliard de dollars par an.

« Le processus de minage convertit effectivement l’énergie en cryptomonnaies », écrit Tom Robinson, cofondateur d’Elliptic, société qui fait des recherches sur les cryptos, dans un rapport. « Les mineurs basés en Iran sont payés directement en bitcoins, qui peuvent ensuite être utilisés pour payer les importations ». Pour Elliptic, cela est devenu une politique officielle du gouvernement, même s’il interdit en partie certaines activités.

En conclusion, la Russie entière ne pourrait donc pas être sauvée par le bitcoin, mais des oligarques, politiques et autres criminels de guerre peuvent utiliser les cryptos pour faire tampon. L’économie russe pourra donc bien prendre un coup, et c’est la population, qui n’a pas forcément demandé la guerre, qui récupère les pots cassés (une autre critique souvent adressée à l’efficacité des sanctions).

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