Amazon officiellement accusé de pratiques illégales en vue d’empêcher la création d’un syndicat: la bataille juridique est lancée

AP Photo/Bill Barrow/Isopix

Le 5 avril dernier, les travailleurs d’Amazon de l’entrepôt de Bessemer (Alabama) ont voté en défaveur de la constitution d’un syndicat au sein de l’entreprise. Un scrutin historique pour le géant de l’e-commerce aux Etats-Unis, qui a tout fait pour que le ‘non’ l’emporte. Jusqu’à enfreindre la loi ? Plainte a été déposée.

C’est un secret de polichinelle: Amazon a fait campagne contre la constitution de ce syndicat. Assortie à une culture du syndicalisme beaucoup moins prégnante outre-Atlantique, cette stratégie a porté ses fruits. Sur les 5.900 employés de l’entrepôt de Bessemer, 1.798 ont voté contre la création de ce syndicat, contre 738 votes pour. Les autres se sont abstenus.

Une défaite que le syndicat des détaillants, grossistes et grands magasins (RWDSU) – à l’origine de l’initiative – n’accepte pas. D’après lui, l’interférence d’Amazon dans l’élection est allée beaucoup trop loin. Le syndicat a décidé de porter plainte devant le National Labor Relations Board (NLRB), l’agence fédérale en charge des élections syndicales. Au total, ce sont 23 objections qui ont été déposées.

D’après le RWDSU, la conduite d’Amazon a empêché l’exercice libre et non forcé du choix des employés, sapant ainsi ses efforts pour fournir ‘un laboratoire dans lequel une expérience peut être menée, dans des conditions aussi idéales que possible, pour déterminer les désirs non inhibés des employés’.

Les faits reprochés sont graves

Le syndicat a divulgué plusieurs éléments permettant d’étayer ses accusations:

  • Amazon aurait interrogé et licencié un employé pro-syndicat pour avoir distribué des tracts en dehors des zones de travail, ce qui est un droit protégé par le droit du travail fédéral.
  • Amazon a confirmé avoir organisé des réunions obligatoires via lesquelles elle informait ses employés des possibles conséquences de la constitution d’un syndicat. Il lui est reproché d’avoir empêché certains travailleurs – ceux qui posaient des questions – d’y assister.
  • Amazon aurait pris des mesures disciplinaires à l’encontre d’un ‘partisan franc du syndicat’ après qu’il ait défié la société lors de ces réunions obligatoires.
  • Amazon aurait envoyé de nombreux messages aux travailleurs les menaçant de licenciements massifs et même de fermer l’usine s’ils votaient en faveur du syndicat.
  • Amazon aurait dit aux travailleurs que le fait de voter pour le syndicat pourrait entraîner une perte d’avantages sociaux et de leur taux de rémunération, en particulier si le syndicat décide de faire grève.
  • Alors que les employés avaient l’opportunité de voter par correspondance, Amazon aurait fait pression pour qu’ils votent en déposant leur bulletin dans une urne placée sur un parking de l’entrepôt. Cela leur aurait donné l’impression que l’entreprise était impliquée dans la collecte et le comptage des votes. De plus, cette boîte aux lettres était ciblée par des caméras de surveillance, lesquelles ‘pouvaient enregistrer les employés entrant et sortant de la tente érigée autour de la boîte de collecte pour déposer les bulletins de vote’, indique le syndicat. Une stratégie qui serait contraire aux conditions légales et qui aurait ‘détruit’ ce que le NLRB appelle les ‘conditions de laboratoire’, l’environnement nécessaire pour que les employés puissent voter librement lors d’une élection.

Le RWDSU estime que ces différentes actions ont eu un ‘effet dissuasif sur le soutien au syndicat’. Plus globalement, il accuse Amazon d’avoir créé une ‘atmosphère de confusion, de coercition et/ou de peur des représailles’.

Amazon se défend, une confrontation est prévue

Amazon a réagi à ces allégations via un communiqué signé par sa porte-parole, Heather Knox. ‘Le fait est que moins de 16% des employés de BHM1 ont voté pour rejoindre un syndicat. Plutôt que d’accepter le choix de ces employés, le syndicat semble déterminé à continuer à déformer les faits afin d’imposer son propre agenda. Nous attendons avec impatience les prochaines étapes de la procédure judiciaire’, a-t-elle déclaré.

Le NLRB s’est refusé à tout commentaire. Une audition devrait être organisée dans les prochaines semaines afin que chaque partie précise ses arguments et les étaie via des preuves. D’après CNBC, en fonction des résultats de son enquête, l’agence pourrait annuler le vote et demander l’organisation de nouvelles élections. Quelle que soit la nature de cette décision, Amazon et le RWDSU pourront chacun faire appel.

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