Vers un monde sans traité de non-prolifération des armes nucléaires ?

L’ancien président russe Dmitri Medvedev a repoussé les annonces de la Maison-Blanche appelant à un renouvellement de l’accord New Start, qui régule les arsenaux stratégiques russes et américains. Et qui va expirer dans les années à venir, au risque de déclencher une nouvelle course à l’arme nucléaire.

C’était une grande victoire diplomatique pour Barack Obama : en 2010, à Prague, il signait avec son homologue russe d’alors, Dmitri Medvedev, le traité New Start de réduction des armes stratégiques (Strategic Arms Reduction Treaty). Celui-ci succédait à la fois au traité Start I de 1991 et qui avait expiré en 2009, et au traité Sort de 2002 qui devait expirer en 2012, et limitait à 700 le nombre de lanceurs nucléaires stratégiques déployés et à 1.550 le nombre de têtes nucléaires déployées sur ces lanceurs. Il établissait aussi un nouveau système d’inspection et de vérification du respect des clauses de l’accord pour les deux pays signataires.

« Le monde est devenu un endroit différent »

Douze ans plus tard, le même Dmitri Medvedev, devenu Vice-président du Conseil de sécurité de Russie depuis que Vladimir Poutine a repris officiellement la tête du pays, a vertement rejeté toute approche de Joe Biden pour prolonger cet accord de non-prolifération. L’ancien président soutien que ce genre de sujet ne peut être abordé sans la participation de la Russie, alors que son homologue américain a déclaré lundi dans un communiqué que son administration était prête à négocier « rapidement » un nouveau cadre, mais que la Russie devait démontrer qu’elle était prête à reprendre le travail sur le contrôle des armes nucléaires avec les États-Unis.

Medvedev a rétorqué sur sa chaîne Telegram que Biden avait « craché à contrecœur » l’appel à de nouvelles discussions. « Tout cela, bien sûr, est bon. Mais laissez-moi le dire une fois de plus – la situation actuelle est bien pire que pendant la guerre froide. Bien pire ! Et ce n’est pas de notre faute. L’essentiel est de savoir. … avons-nous vraiment besoin de cela ? Le monde est un endroit différent. »

Plus de contrôle dès 2026

Difficile à dire à quel point le point de vue de Medvedev est représentatif de l’opinion au sein du gouvernement russe, et ce que pense en particulier l’omnipotent président du pays Vladimir Poutine. Mais cette hostilité à toute prolongation d’un accord sur les armes stratégiques – en premier lieu les missiles nucléaires à portée continentale – est une très mauvaise nouvelle. L’accord New Start devait initialement s’achever en 2021, mais il a été prolongé jusqu’en 2026. Au-delà, si aucun nouvel accord n’est négocié, Russie et USA pourront reprendre librement leurs programmes de développement d’armes de destruction massive.

Contagion nucléaire

Or, aucun plan visant à limiter la propagation des armes stratégiques n’a la moindre valeur si rien ne contraint ces deux géants à réduire leur puissance de feu. Des pays comme l’Inde ou le Pakistan pourraient y voir un signal fort qu’il vaut mieux s’armer à nouveau, ce que la Chine semble bien avoir déjà commencé. La fin de ce traité risque d’entrainer un mouvement global de modernisation des arsenaux nucléaires, parfois anciens dans certains pays. Et c’est sans parler des pays aux ambitions nucléaires manifestes, comme l’Iran ou la Corée du Nord.

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