Tant que Donald Trump refuse la défaite, la transition ne peut pas commencer. Que va-t-il donc se passer maintenant?

Donald Trump. – Isopix

Cela fait environ 60 ans que la fin des élections se déroule toujours de la même manière. Les principaux médias – et surtout l’Associated Press – annoncent la victoire d’un des deux candidats. Le président sortant, s’il n’est pas réélu, appelle donc son opposant pour le féliciter et pour promettre sa pleine coopération pour le transfert de pouvoir. Ensuite, le processus de transition est lancé.

Mais pas avec Donald Trump. Il refuse toujours obstinément de reconnaitre sa défaite et promet une série de poursuites pour prouver qu’il est le vainqueur légitime de ces élections. Son plus loyal ministre, Bill Barr, qui s’occupe de la Justice, vient de donner son autorisation pour que des enquêtes pour fraude électorale soient ouvertes, sans toutefois démontrer qu’il a des preuves de ces présumées irrégularités.

Traditionnellement, la transition est organisée par une division spéciale de l’Administration des services généraux (GSA). Le patron a été nommé par Trump et pour qu’il lance le processus, le président doit reconnaitre la victoire de Joe Biden. Tant que Trump ne le fera pas, la GSA ne pourra pas lancer les opérations.

La décision de Trump peut sembler frivole. Mais cela a un impact énorme sur le pays qui représente 17% du PIB mondial, qui émet la monnaie de la réserve mondiale et qui détient 43% de toutes les bombes nucléaires présentes sur Terre.

Qu’est-ce que l’Administration des services généraux (GSA)?

La General Services Administration (GSA) est un mastodonte avec un budget de 20,9 milliards de dollars et 12.000 employés. Il gère 8.700 bâtiments et 215.000 véhicules en circulation. L’organisation est dirigée par Emily W. Murphy, nommée par Trump en 2017. Murphy est connue à Washington pour être une personne intègre, mais qui se trouve aujourd’hui dans une position très difficile. La loi stipule qu’elle n’a pas besoin du président pour lancer le processus de transition. Mais à l’heure actuelle, prendre cette décision qui va à l’encontre de la volonté de son patron, c’est encore un pas trop dur à réaliser.

Que fait une équipe de transition?

L’équipe de transition fait partie intégrante de la GSA. Il veille à ce que la nouvelle administration puisse prendre ses quartiers à la Maison- Blanche dès le 20 janvier, sans provoquer de chaos. Il faut penser à remettre en place tous les manuels nécessaires pour réaliser les tâches officielles, à transmettre les mots de passe des ordinateurs, à créer des badges donnant les accès aux bâtiments, etc. Toute la marche à suivre est prévue dans la loi sur la transition présidentielle, rédigée en 1963.

Cette loi précise qu’une fois que la GSA a ratifié les résultats des élections, elle peut entamer le processus de transfert de pouvoir. L’administration prévoit un budget de 9,9 millions de dollars pour ce processus. Et ce coût est à la charge du contribuable.

Mais c’est là que le bât blesse. La porte-parole de la GSA, Pamela Pennington, a déclaré que les résultats des élections n’avaient pas été ratifiés, de sorte que la transition ne puisse pas commencer. Cela signifie que les fonds nécessaires pour l’arrivée de la Team Biden n’ont pas encore été débloqués. En comparaison, en 2016, l’équipe d’Obama avait ratifié les résultats dès le lendemain des élections afin d’offrir le temps nécessaire à l’équipe Trump pour la transition.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Difficile de savoir comment vont s’organiser les événements maintenant. Le seul précédent est le scrutin de 2000 où il a fallu attendre 36 jours après les élections après l’intervention de la Cour suprême. George Bush n’avait toutefois pas attendu la publication officielle des résultats pour commencer la transition. Et il est peu probable que Joe Biden ne fasse pas pareil. Il possède encore assez d’argent de sa campagne pour organiser son arrivée à la Maison- Blanche.

L’équipe du nouveau président peut gérer un éventail de questions de manière informelle jusqu’à ce qu’un tel accord formel soit finalement conclu. Mais le ministère de la Défense n’entamera pas la transition tant que la GSA ne ratifie pas les résultats. Trump a également limogé lundi Mark Esper, son secrétaire à la Défense.

Selon le Washington Post, Biden n’a guère d’autre choix que de poursuivre la GSA si sa victoire n’est pas reconnue.