La Russie peut-elle vraiment écouler son pétrole en Chine? L’Arabie Saoudite redevient le fournisseur numéro 1 de Pékin

Les importations de pétrole russe en Chine sont en augmentation, mais ce sont surtout celles de Riyad qui ont explosé au mois d’août. Après trois mois à la deuxième place, l’Arabie Saoudite reprend la tête. Ces deux éléments montrent une chose : il devient de plus en plus clair que l’Asie ne pourra pas remplacer la demande européenne en pétrole russe, mais que la Chine continue de se jeter sur le charbon russe.

L’Arabie Saoudite reprend la tête. En mai, juin et juillet, la Russie avait dépassé le pays du Golfe en termes de livraisons de pétrole en Chine. En août, Riyad a livré 8,475 millions de tonnes à Pékin (1,99 million de barils par jour, soit 5% de plus qu’en août 2021), contre 8,342 millions de tonnes pour Moscou (1,96 million de barils par jour, 28% de plus en glissement annuel), par voie terrestre et maritime. C’est ce qui ressort des données de la douane chinoise, consultées par Reuters.

L’Arabie Saoudite creuse aussi l’écart sur l’année. Depuis janvier, les importations depuis le pays s’élèvent à 58,31 millions de tonnes (-0,3% par rapport à il y a un an), et à 55,79 millions de tonnes pour les importations depuis la Russie (+7,3% par rapport à il y a un an). Avec les tendances des trois mois précédents – 7,82, 5,06 et 6,56 millions de tonnes pour l’Arabie Saoudite, 8,42, 7,29 et 7,15 millions de tonnes pour la Russie -, l’on pouvait penser que la Russie allait dépasser l’Arabie Saoudite dans cette catégorie également.

Équilibre du marché?

Les importations depuis la Russie sont certes en augmentation par rapport à juin et juillet, tout comme par rapport à un an, mais ce sont celles depuis l’Arabie Saoudite qui augment le plus.

Cette première place de Riyad et cette croissance modérée des importations russes viennent en tout cas infirmer (une fois de plus) l’idée d’un « nouvel équilibre » sur le marché, selon laquelle la Chine et l’Asie en général allaient massivement augmenter leurs importations de pétrole russe, à l’heure où l’Europe impose un embargo sur l’or noir de Moscou (qui entre en vigueur à la fin de l’année). L’Europe représentait en 2021 près de 50% des exportations de pétrole russe, contre un peu plus de 25% pour la Chine, à titre de comparaison.

En même temps, les pays asiatiques devraient baisser leurs importations d’autres origines. C’est ce que la Chine fait, pour profiter des prix bas du pétrole russe : les importations depuis l’Irak, l’Angola, le Brésil, les Etats-Unis et l’Oman sont toutes fortement en baisse, par rapport à il y a un an, mais stables, voire en augmentation par rapport au mois de juillet. Sinon, les importations depuis les Émirats Arabes Unis et depuis la Malaisie (plaque tournante des pétroles sanctionnés) sont fortement en augmentation par rapport à il y a un an (respectivement 47 et 92%), mais stables par rapport aux données de juillet. Les importations totales sont en baisse de 9,4% par rapport à l’année précédente.

Mais le pétrole saoudien est plus cher que le pétrole russe, et la Chine en achète tout de même beaucoup plus que lors des mois précédents. Le prix ne semble donc finalement pas être le seul argument dans cette équation. Bref, ces données montrent également une autre chose : la Chine ne fait pas tout ce qui est en son pouvoir pour aider la Russie et son économie. L’amitié « sans limites » entre la Chine et la Russie aurait donc plus de failles qu’on ne le pense.

Charbon

Au niveau du charbon, les importations depuis la Russie sont en augmentation. Le fait est que la Chine a traversé une longue période de chaleur et de sécheresse, sa production d’électricité via les barrages a été fortement mise à mal. Les centrales au charbon ont tourné à plein régime.

Moscou a livré 8,54 millions de tonnes de charbon, un record depuis 2017 (année où les données ont été collectées de cette manière), et une augmentation de 57% par rapport à août 2021. En juillet, les importations depuis la Russie affichaient 7,42 tonnes, ce qui était aussi un record. C’est ce que montrent les données de la douane chinoise, consultées par Reuters.

Le charbon russe vient également à prix réduit (155 dollars la tonne à la fin août), comme il est déjà sanctionné en Europe. Il est même moins cher que le charbon chinois. Mais il n’arrive pas à la cheville du charbon indonésien (qui est cependant de moins bonne qualité) : la Chine en a importé près de 16 millions de tonnes, soit un tiers de plus qu’en juillet. C’est moins qu’en août 2021, où 17,3 millions de tonnes étaient importées. Le charbon indonésien est environ 24 dollars moins cher, par tonne, que le charbon chinois de même qualité.

Pour le mois de septembre et d’octobre, les importations de charbon devraient continuer à augmenter, comme les compagnies énergétiques font leurs réserves pour l’hiver. De nombreux chauffages tournent également encore au charbon.

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