Réseaux sociaux, influenceurs : les dealers s’approprient les codes du marketing digital

Des médicaments et des drogues variées
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Oubliez le cliché du dealer attendant ses clients dans les halls d’entrée des immeubles de banlieue. Désormais, les trafiquants écoulent leur marchandise illicite sur les réseaux sociaux, Snapchat en tête, en s’appuyant sur des techniques de marketing pointues. De nos jours, c’est donc sur ces grandes plateformes du web que les jeunes se fournissent le plus souvent.

C’est ce qui ressort d’un rapport du groupe de pression Volteface, dont la chaîne britannique Sky News a eu communication. Il révèle qu’un jeune Britannique sur quatre a vu des publicités pour des drogues illégales sur les médias sociaux.

Un sondage réalisé par Survation, mené sur un échantillon de 2006 Britanniques âgés de 16 à 24 ans, montre que 56 % d’entre eux ont déjà vu ce type d’annonces sur Snapchat, 55 % sur Instagram et 47 % sur Facebook. La popularité de Snapchat n’est pas si étonnante dans ce contexte : sur cette application, les messages vidéo sont immédiatement effacés du compte du destinataire après leur visionnage. Les trafiquants peuvent donc adresser leurs messages tout en étant assurés qu’ils ne laisseront aucune trace. 

Dans 63 % des cas, les publicités que les jeunes sondés avaient vues portaient sur du cannabis; 26 % d’entre elles concernaient de la cocaïne, et 24 %, de la MDMA ou de l’ecstasy.

Règles facilement contournées

Les réseaux sociaux présentent de nombreux avantages pour les trafiquants, comme pour leurs clients. Ces derniers ne sont plus obligés de se rendre dans des endroits peu fréquentés pour y rencontrer des inconnus à l’allure parfois inquiétante. Pour les dealers, des plateformes comme Instagram et Snapchat, qui comptent des centaines de millions d’utilisateurs, permettent de toucher anonymement une masse de jeunes avec un effort minimal. Même si ces plateformes interdisent leur utilisation pour le commerce des drogues, et qu’elles prohibent les messages contenant certains mots clés faisant référence à ces substances, il est très facile de contourner ces interdits en utilisant les nombreuses variantes d’argot évoquant ces produits.

En conséquence, les démantèlements de trafics de drogue opérant sur les réseaux sociaux se sont multipliés dans plusieurs pays au cours de ces derniers mois. Au mois de juin, la station de radio française Europe 1 a relaté le cas d’un réseau qui employait des techniques de marketing dernier cri pour faire la promotion de son cannabis. Celui-ci était ainsi ‘packagé’ dans des conserves colorées ornées d’un logo représentant le visage d’un petit personnage aux cheveux verts. Les différentes gammes qui étaient proposées étaient identifiables par des couleurs différentes sur l’étiquette, en fonction de la pureté du produit. 

Un autre réseau avait recruté le rappeur Mister You pour jouer le rôle d’influenceur. Dans une vidéo, on le voyait fumer un joint, tout en faisant la promotion de la marchandise.

La présence de ces publicités sur les réseaux sociaux familiarise les jeunes avec la drogue, montre le sondage de Survation. ‘Il est difficile de trouver des jeunes qui n’ont pas vu ces publicités et ce que nous avons trouvé surprenant, c’est que les jeunes ne s’en préoccupent absolument pas. Pour eux, elles font partie de leur vie quotidienne’, résume Lizzie McCulloch de Volteface.