Qui seront les gagnants et les perdants du monde post-confinement?

(Serg Glovny/Zuma Press/ISOPIX)

À quoi ressemblera le monde après le coronavirus? C’est la question que tout le monde se pose, mais aujourd’hui personne n’a de réponse précise. Le monde post-confinement ressemblera certainement à ce que l’on connait déjà maintenant.

En Allemangne, l’Oktoberfest vient d’être annulée alors qu’elle devait avoir lieu dans plus de 5 mois. En Californie, Facebook a déjà reporté toutes ses réunions de plus de 50 personnes jusque juin 2021. C’est dans 14 mois.

Une autre question qui se pose concerne les mesures de sortie du confinement. À quelle vitesse se feront-elles? Combien de temps les entreprises peuvent survivre avec des revenus réduits? Dans quelles mesures le gouvernement interviendra-t-il? Comment les habitudes de consommation vont-elles changer?

L’ancrage du télétravail

Il semble déjà certain que l’économie va connaitre des changements structurels durables. Ceux qui avaient l’habitude de passer 3 à 4 heures par jour dans leur voiture pour faire l’aller-retour entre Liège et Mons ne seront plus disposés à le faire aussi souvent. Le télétravail est parti pour durer. Les universités pourraient aussi passer au numérique, du moins jusqu’à la validation d’un vaccin.

De plus, de nombreux consommateurs se sont pris au jeu du commerce en ligne. Les magasins physiques vont donc devoir faire preuve d’ingéniosité pour vendre leurs produits.

Les dommages réels sur l’économie ne se verront qu’à la levée du confinement. Une restructuration majeure deviendra inévitable à mesure que la dette du pays augmentera et que les ventes baisseront.

D’ici la fin de 2020, de nombreuses entreprises auront tout simplement disparu. Dans le même temps, une multitude d’emplois dans l’horeca, la culture et l’événementiel seront perdus. Il en est de même pour les magasins physiques, qui sont toujours l’un des plus gros employeurs de la société occidentale.

De nombreux économistes prédisent que la crise va créer un monde encore plus inégal, avec des différences importantes et durables. Selon eux, une distinction doit être faite entre les changements dans le secteur économique et ceux qui auront lieu au sein de certaines parties de la population active.

Les gagnants et les perdants

Après le confinement, certains secteurs continueront de s’affaiblir. On pense notamment au commerce de détail, aux ventes de voiture, au tourisme, à la restauration, à l’aviation, à la construction, à l’aviation, à l’aérospatial, au secteur de la construction, aux producteurs d’équipements industriels, etc.

En revanche, d’autres secteurs connaîtront une croissance exceptionnelle: pharmacies, e-commerces, systèmes de payement sans contact, agroalimentaire, services sur mesure, technologies d’information et de communication, énergies renouvelables, etc.

Ensuite, au sein de la population active, on peut s’attendre à ce qu’une partie de ceux qui ont des contrats à durée déterminée ou qui sont intérimaires soient mis au chômage. Tout simplement parce que les personnes avec un contrat permanent coûtent plus cher à licencier. Les jeunes auront encore plus de difficultés à trouver un emploi. Et les travailleurs indépendants trouveront difficilement des clients.

En outre, les pauvres qui subissent déjà la fracture numérique seront encore plus mis à l’écart. S’ils n’ont pas d’ordinateurs et/ou pas de bande passante suffisamment puissante, ils ne pourront pas travailler à la maison. L’écart entre les riches et les pauvres risque alors de se creuser un peu plus, car l’économie profitera plus aux personnes avec des talents numériques.

Les gouvernements vont devoir élaborer des plans d’aide ciblant les secteurs et les travailleurs les plus vulnérables. Des mesures spécifiques devront être prises par secteur, mais aussi par type de contrat de travail. Ce n’est que de cette manière que l’aide financière et autres subventions parviendront aux personnes qui en ont besoin.

Ce n’est pas la première fois que l’argent de l’Etat est distribué un peu partout, mais ce sont souvent les personnes qui en ont le plus besoin qui passent au travers du filet. Aux Etats-Unis, des centaines de millions de subventions pour les PME se retrouvent finalement dans les poches d’entreprises cotées en bourse.

Flexisécurité

Le journal Financial Times propose de mettre l’accent sur la ‘flexisécurité’, la création d’un marché du travail flexible qui offre en même temps une protection adéquate pour les employés.

Ce que le confinement a déjà clairement montré, c’est que les personnes qui ne peuvent pas travailler à domicile sont aussi travailleurs les moins bien payés. Les secteurs essentiels – soins de santé, supermarché, livraison et économie collaborative – exigeront, à juste titre, un revenu décent après la crise.

Les politiques devraient le comprendre assez rapidement. Les partis prônant la défense des droits des travailleurs dans leur programme gagneront sûrement des voix.

Début avril, le Financial Times a aussi défendu la proposition d’un revenu universel et la création d’une taxe sur la fortune. Cela sera probablement inclus dans le mix financier.

Mais comme Churchill l’a dit, ‘il ne faut jamais passer à côté d’une bonne crise’. Les entreprises devront se réinventer. Des situations encore impensables il y a 6 mois deviendront la norme. Et cela vaut aussi pour les travailleurs individuels.

Pendant le confinement, nous avons eu suffisamment de temps pour réfléchir à la manière donc nous voulons travailler par la suite et au type de société que nous voulons connaître dans l’avenir. Cette crise semble d’ailleurs avoir enclenché un ‘redémarrage’. Beaucoup opteront pour plus de calme et une modification de l’environnement de travail.