Que se passera-t-il si Poutine ferme complètement le robinet du gaz ?

La guerre en Ukraine a fait monter en flèche le prix du gaz. Mais que se passera-t-il si la Russie décide de cesser totalement ou partiellement d’exporter du gaz ? La banque d’investissement américaine Goldman Sachs propose quelques scénarios.

Pourquoi est-ce important ?

En raison du conflit militaire en Ukraine, l'approvisionnement énergétique de l'Europe est très incertain. Après tout, 40 % de l'approvisionnement en gaz de l'Europe provient de la Russie. Cette forte dépendance au gaz russe a provoqué une grande panique sur les marchés ces dernières semaines, entraînant une grande volatilité des prix.

En début de semaine, le prix du mégawattheure de gaz sur le marché à terme néerlandais – la référence pour les prix du gaz en Europe – a brièvement atteint le prix record de 345 euros par mégawattheure. Actuellement, le prix oscille autour de 125 euros par mégawattheure, ce qui représente tout de même quelque 635 % de plus qu’il y a un an.

Les États-Unis, quant à eux, ont décidé de ne plus importer de pétrole, de gaz et de charbon de Russie. L’Union européenne, quant à elle, prévoit de réduire de deux tiers les importations de gaz russe d’ici la fin de l’année. Tout ceci afin de réduire l’exposition à d’éventuelles décisions drastiques du dictateur russe Vladimir Poutine en matière d’approvisionnement énergétique.

Différents scénarios

Que se passerait-il exactement si la Russie décidait d’arrêter d’exporter du gaz naturel ? Goldman Sachs a élaboré trois scénarios différents.

  • Scénario 1 : il n’y a pas de nouvelles perturbations de l’approvisionnement en gaz, hormis la réduction du flux de gaz qui se poursuit depuis septembre.
  • Scénario 2 : les approvisionnements en gaz via l’Ukraine sont interrompus pendant toute l’année.
  • Scénario 3 : la Russie n’exporte pas de gaz vers l’Union européenne de quelque manière que ce soit pendant toute l’année.

« Dans tous les cas, nous supposons que l’évolution actuelle (scénario 1 NDLR) des prix du gaz aura un impact à la baisse de 0,6 point de pourcentage sur le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro », a déclaré Sven Jari Stehn, économiste en chef chez Goldman Sachs. « L’impact sur le PIB allemand devrait être de -0,9 point de pourcentage, car ce pays est largement dépendant du gaz russe. »

« Si la Russie décide d’arrêter complètement d’exporter du gaz vers l’Union européenne, cela pourrait réduire le PIB de la zone euro de 2,2 points de pourcentage cette année », a-t-il fait écho. « Pour l’Allemagne, nous supposons une perte de 3,4 points de pourcentage dans cette situation ».

Augmentation de l’inflation

La banque américaine s’attend également à ce que tout problème d’approvisionnement en gaz puisse stimuler davantage l’inflation dans la zone euro. Dans le cas où le gaz ne serait plus acheminé vers l’Union européenne par les gazoducs ukrainiens, Goldman Sachs prévoit que la hausse des prix du gaz donnera un coup de pouce supplémentaire de 0,7 point de pourcentage à l’inflation d’ici décembre 2022.

« Si les prix du gaz augmentent encore, car tous les gazoducs en provenance de Russie sont fermés, notre prévision de l’inflation globale pourrait être supérieure de 1,3 point de pourcentage », a déclaré M. Sthen.

Les stratèges du cabinet d’analyse BCA Research sont convaincus que la Russie ne fermera pas complètement le robinet du gaz. « Compte tenu de la dépendance de la Russie à l’égard des exportations vers l’Europe et des sources de revenus de plus en plus réduites ailleurs en raison de la série de sanctions internationales, un arrêt complet de l’approvisionnement en gaz est très peu probable », peut-on lire dans une note de recherche de la société mercredi.

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