Quand les grands groupes de mode ne payent plus leurs fournisseurs: ce sont les travailleurs qui trinquent

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Lourdement touchées par la crise sanitaire, plusieurs grandes marques de l’industrie textile répercutent leurs difficultés sur leurs fournisseurs. Entre avril et juin 2020, ce sont près de 16,2 milliards de dollars qui n’ont pas été payés. Ce qui impacte durement des millions de travailleurs.

Comme bon nombre d’autres secteurs, l’industrie textile n’est pas épargnée par la pandémie de Covid-19. Pour parer à leurs difficultés financières, plusieurs grandes marques américaines et européennes ont décidé de ne plus payer leurs fournisseurs, basés dans des pays pauvres tels que le Bangladesh, le Cambodge ou le Myanmar, relate le Guardian.

Deux organisations américaines, le Center for Global Workers’ Rights (CGWR) et le Worker Rights Consortium (WRC), ont fait les calculs. Entre avril et juin 2020, les usines et fournisseurs de l’industrie textile du monde entier ont perdu au minimum 16,2 milliards de dollars. Des pertes provoquées par des marques qui ont annulé des commandes ou qui ont tout simplement refusé de payer des commandes de vêtements passées avant que la crise sanitaire n’éclate.

Conséquence : des fournisseurs, principalement basés en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est, ont été contraints de réduire leurs activités, voire de les arrêter complètement. Résultat, des millions de travailleurs ont vu leurs heures de travail s’amenuiser ou ont tout simplement perdu leur emploi, indique le rapport.

Un déséquilibre grandissant

Pour Scott Nova, directeur du WRC, cette crise sanitaire agrandit un fossé qui existait déjà auparavant au sein de l’industrie textile. Les géants de la mode, au sommet de la chaîne, font peser tous les coûts de la crise sanitaire sur leurs fournisseurs, en attendant des mois avant de les payer, voire en ne les payant pas du tout.

‘Avec la crise de Covid-19, ce système de paiement biaisé a permis aux marques occidentales de consolider leur position financière en volant leurs fournisseurs, essentiellement basés dans des pays en développement’, déplore Scott Nova.

Mark Anner, du CGWR, appelle quant à lui les grandes entreprises de la mode à faire preuve de plus d’éthique : ‘Si leur position économique, au sommet des chaînes d’approvisionnement, leur donne le pouvoir de renoncer à ce qu’elles doivent aux fournisseurs pendant une crise, elles ont une obligation morale de protéger les plus vulnérables … et cela commence par protéger le bien-être des travailleurs en bas de ces chaînes d’approvisionnement’.

La situation est particulièrement critique au Bangladesh, où plus d’un million de travailleurs de l’industrie textile ont été licenciés ou temporairement écartés. D’autres continuent de travailler mais déclarent ne plus être payés depuis plusieurs mois. L’enveloppe gouvernementale de 500 millions de dollars octroyée aux usines n’a pas été suffisante pour les maintenir la tête hors de l’eau.

H&M et Zara réagissent, Walmart reste muet

L’étude menée par le CGWR et le WRC a permis de révéler les noms de certaines marques qui n’honorent pas leurs engagements. Ainsi, Walmart, Topshop, Urban Outfitters ou encore Mothercare font partie des entreprises qui ne sont toujours pas engagées à payer les commandes reçues ou en cours de réalisation.

L’état alarmant des finances des fournisseurs n’a pas empêché certaines marques de verser des millions de dividendes à leurs actionnaires. Kohl’s, l’un des plus grands détaillants de vêtements américains, a ainsi versé 109 millions de dollars de dividendes quelques semaines après avoir annulé d’importantes commandes auprès d’usines du Bangladesh et de Corée.

En revanche, suite aux pressions mises par les organisations de défense des droits des travailleurs, d’autres marques ont fini par réagir. H&M, Zara et Gap, par exemple, ont assuré qu’elles allaient s’acquitter de leurs obligations financières envers leurs fournisseurs.