Pourquoi les producteurs de cacao demeurent aussi pauvres (et comment changer les choses)

Un famille de cacaoculteurs présente la production de fèves de cacao de l'année
Photo by DeAgostini/Getty Images

Ce Noël, vous dégusterez probablement des friandises au chocolat, comme des millions d’individus sur Terre. Nous sommes de plus en plus accros aux douceurs cacaotées. Malgré cet essor, la plupart des cacaoculteurs d’Afrique de l’Ouest demeurent désespérément pauvres. 

Le marché du chocolat pèse plus de 100 milliards de dollars par an, et deux pays producteurs, le Ghana et la Côte d’Ivoire, concentrent à eux deux près des deux tiers de l’offre mondiale de cacao.

20 % de la production de cacao, 5 % des revenus du chocolat

Mais beaucoup de cacaoculteurs, à la tête d’une petite parcelle, ne récoltent que de faibles quantités de fèves de cacao, et n’en retirent que de maigres revenus. Souvent, ils vivent dans des cases sans électricité ni eau courante. Leurs enfants sont condamnés à les aider, et en 2015, le ministère américain du travail a dénombré 2,1 millions d’enfants travaillant dans des exploitations cacaoyères.

Cette situation pose naturellement la question de la redistribution des revenus colossaux de ce secteur, et de la fixation d’un prix juste pour la matière première. Le Ghana produit 20 % du cacao mondial et n’en retire que 2 milliards de dollars par an, soit moins d’un cinquantième de la valeur du chocolat produit. Les chocolatiers s’accaparent la part du lion.

Localiser la production de chocolat n’est pas judicieux

Le pays veut inciter les fabricants de chocolat à y localiser la mouture des fèves de cacao. Mais cette activité, dans des usines largement mécanisées, ne requiert que peu de main d’oeuvre. Compte tenu des subventions qu’il faudrait octroyer, ses retombées seraient minimes. 

De même, créer une industrie du chocolat locale pour s’approprier une partie des marges des producteurs occidentaux, serait coûteux et compliqué. En effet, il faudrait importer le lait, l’électricité est chère alors que la réfrigération serait nécessaire, et l’on mange peu de chocolat dans ces pays, ce qui implique des coûts de commercialisation sur des marchés étrangers prohibitifs.

Les chocolatiers agissent par crainte pour leur réputation

Mais face à des consommateurs de plus en plus soucieux des conditions de production, le lien entre les producteurs de chocolat et cette pauvreté extrême, le travail des enfants et la déforestation liée à la cacaoculture est une bombe à retardement pour les chocolatiers. Plusieurs d’entre eux, comme Mars ou le Suisse Barry Callebaut ont donc lancé des programmes pour aider les cacaoculteurs.

Mais ce n’est pas chose facile. En premier lieu, les parcelles des cacaoculteurs africains, morcelées au fil des héritages, sont souvent de très petite taille. L’augmentation des rendements, sur ces petites terres, pose un autre défi. Si plusieurs agriculteurs parviennent à augmenter la production globale, le cours du cacao chutera inévitablement, comme cela s’est produit après la bonne production ivoirienne en 2017, qui avait vu les prix du cacao s’effondrer de près de 40 %.

Barry Callebaut a étudié 230.000 producteurs de cacao pour leur proposer des business-plans sur mesure et les aider à améliorer leurs revenus en diversifiant leur production. Il est question d’associer la culture de légumes, la fabrication de savon, la vente de miel, voire d’élever du bétail ou de la volaille.

Un ‘OPEP’ du cacao

Mais de même que les programmes de certification équitables tels que Fairtrade et Rainforest Alliance ne produisent que des résultats marginaux, ces programmes ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan de pauvreté. Ils suscitent donc une bonne dose de scepticisme.

En juillet, le Ghana et la Côte d’Ivoire ont créé une sorte d’ »OPEP », en imposant une prime de 400 dollars la tonne sur le cours du cacao de référence à partir d’octobre 2020. Il reste à savoir si cela sera efficace. Mais certains objectent que la fixation d’un prix plancher incitera les producteurs à augmenter leur offre, et donc, à faire effondrer les cours. 

Selon Victoria Crandall, une ex-analyste des matières premières, si vous aimez le chocolat, mais souhaitez que les agriculteurs puissent en vivre décemment, le mieux, c’est encore de boycotter les plus gros fournisseurs du secteur.

Source: Financial Times
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