Pour atteindre les 50% d’énergie renouvelable, l’Inde mise sur ses déserts

Un temps réticent à fixer des dates sur la transition énergétique de son pays, le Premier ministre indien Narendra Modi a sorti le grand jeu à la Cop26. Dès 2030, la République indienne produira 50% de son énergie via le renouvelable, et elle parie sur des fermes solaires de la taille d’un (petit) pays d’Europe, entretenues par des robots. Un projet qui laisse ouverte les questions des coûts et de l’approvisionnement en matières premières.

La semaine dernière, le Premier ministre indien, Naendra Modi, avait annoncé qu’il refusait de fixer un objectif de neutralité carbone pour son pays, et qu’il présenterai son point de vue lors de la Cop26, l’événement mondial consacré à la lutte contre le réchauffement climatique qui vient d’ouvrir ses portes à Glasgow.

« Je soulignerai la nécessité d’aborder de manière globale les questions liées au changement climatique, notamment la répartition équitable de l’espace carbone, le soutien aux mesures d’atténuation et d’adaptation et de renforcement de la résilience, la mobilisation des financements, le transfert de technologies et l’importance des modes de vie durables pour une croissance verte et inclusive » avait affirmé M. Modi. Dès lors tous les yeux étaient braqués sur l’Inde, qui occupe la troisième place des plus gros émetteurs de carbone au monde, après la Chine et les États-Unis.

Depuis, on a pu en savoir plus sur la stratégie des Indiens et les objectifs qu’ils se sont fixés pour résorber leur très important impact sur le climat. Et ceux-ci ne manquent certes pas d’ambition : Le sous-continent veut mettre le paquet sur l’énergie solaire et développer des « fermes » à panneaux photovoltaïques gigantesques, qui s’étendront littéralement à perte de vue.

De la taille d’un pays

Quant à leur localisation dans ce pays qui est aussi le second plus peuplé au monde, c’est simple : l’Inde va rentabiliser ses déserts, comme dans l’État du Rajasthan, au nord-est du pays, et ses 325 jours d’ensoleillement par an. L’idéal pour y installer la ferme solaire de Bhadla et ses 61,2 km² de panneaux solaires, soit la superficie de la principauté de Saint-Marin. Et ce n’est qu’un début : alors que l’Inde dépend encore à 70% du charbon pour produire son énergie, elle vise les 50% de renouvelable d’ici à 2030 selon une annonce de Narendra Modi datant de ce lundi. Bien plus : il estime que cette part renouvelable représentera 500 gigawatts (GW) de puissance, soit plus que toute la production électrique actuelle. A titre d’exemple, l’Inde serait capable de produire 100 GW d’électricité propre actuellement. Une immense montée en puissance énergétique doublée d’une transition franche vers le renouvelable. Quant à l’objectif zéro carbone, le Premier ministre l’a fixé à 2070, ce qui est moins ambitieux que d’autres pays qui étaient aussi récalcitrants à se fixer une telle limite. Ainsi la Russie a fini par estimer cet objectif vers 2060, et l’Australie plutôt 2050.

Des robots balayeurs

Mais là où l’Inde dévoile véritablement son jeu, c’est qu’elle mise tout sur des technologies de pointe : dans ses fermes solaires, l’impact humain a été réduit au maximum et le personnel se compte sur les doigts d’un main, car ce sont des robots qui effectuent la plus grande part de la maintenance et qui évacuent la poussière qui se fixe sur les panneaux.

« Nous disposons d’énormes espaces où aucune herbe ne pousse. Maintenant on n’y voit plus le sol: on ne voit plus que des panneaux solaires. C’est une transformation gigantesque », se félicite Subodh Agarwal, un des responsables de la politique énergétique de « l’État-désert », tel que le Rajasthan est surnommé. On parle de 10 millions de panneaux photovoltaïques, et ce nombre est logiquement amené à augmenter énormément et rapidement.

Ce qui pose toutefois la question de l’approvisionnement : car l’Inde dépend encore fortement de la production de panneaux solaires venus de Chine, tandis que le pays a du mal à lancer sa propre industrie. Et ces installations restent gourmandes en ressources rares. En outre, si le Rajahstan est en effet un désert, ce qui limite l’impact de telles installation sur l’habitat ou les terres agricoles, ce ne sera pas le cas ailleurs dans le pays. Des voix s’élèvent en Inde pour encourager plutôt les petites unités de production, autour des fermes ou sur les toits urbains, plutôt que de multiplier les projets pharaoniques.

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