La batterie du futur ne devrait pas seulement ĂȘtre composĂ©e de matĂ©riaux provenant de sources responsables, avec une empreinte aussi faible que possible, mais elle devrait aussi ĂȘtre plus durable et ce nâest pas seulement une question de respect de lâenvironnement. LâEurope est aujourdâhui beaucoup trop dĂ©pendante de pays comme le Chili et la Chine pour lâextraction des mĂ©taux prĂ©cieux nĂ©cessaires Ă la production des batteries avec lesquelles notre continent veut atteindre son objectif climatique.
Quâen est-il du graphite ?
Pour rĂ©duire cette dĂ©pendance dans la gĂ©nĂ©ration actuelle de batteries lithium-ion, lâaccent est mis sur les batteries au sel, Ă©galement appelĂ©es batteries au sodium, dont le principal avantage est quâelles ne contiennent pas de mĂ©taux rares tels que le lithium, le cobalt et le nickel â le principal inconvĂ©nient est leur faible densitĂ© Ă©nergĂ©tique et donc leur faible autonomie. Le sodium nĂ©cessaire est trĂšs facile Ă extraire en Europe. Le fabricant suĂ©dois de batteries Northvolt a dĂ©jĂ mis en production une batterie au sodium commerciale, bien plus tĂŽt que prĂ©vu, Ă la fin de lâannĂ©e derniĂšre. Lâentreprise coresponsable, Altris, joue Ă©galement un rĂŽle dans la batterie dite « en bois ».

Mais revenons au fonctionnement de base dâune batterie. Elle comporte une anode (pĂŽle nĂ©gatif) et une cathode (pĂŽle positif) sĂ©parĂ©es par un Ă©lectrolyte composĂ© de sels et dâacides. Bien que les batteries au sel soient en grande partie fabriquĂ©es Ă partir de matĂ©riaux facilement disponibles, le graphite reste une matiĂšre premiĂšre cruciale pour la composition de lâanode. Or, lâEurope importe 90 % de son graphite de Chine, pays dont elle souhaite sâaffranchir au plus vite.
Câest pourquoi Altris sâest associĂ© au fabricant de papier Stora Enso pour trouver une solution commune. Les deux entreprises affirment pouvoir remplacer le graphite dans les batteries au sel par du lignode, un carbone dur fabriquĂ© Ă partir de lignine. Cette derniĂšre constitue une source renouvelable de haute qualitĂ© pour la production de batteries, car elle est un sous-produit de lâindustrie papetiĂšre. Nous parlions du bois, nâest-ce pas ? Le papier est fabriquĂ© Ă partir dâarbres, et ceux-ci â comme lâherbe et la paille dâailleurs â contiennent de la lignine, la substance adhĂ©sive qui rend les plantes Ă la fois rĂ©sistantes et flexibles.
Essais en cours
La coopĂ©ration entre Stora Enso et Altris est dâailleurs agrĂ©ablement organisĂ©e. Le premier sâoccupe de la durabilitĂ© de lâanode, le second de la cathode. Altris parle de blanc de Prusse, une combinaison de matĂ©riaux largement disponibles en Europe : fer, azote, sel et carbone. Les progrĂšs de ces technologies soulignent la possibilitĂ© dâun avenir dans lequel les vĂ©hicules Ă©lectriques deviendront encore plus durables et moins dĂ©pendants des ressources rares.
Le projet de Stora Enso et dâAltris confirme Ă©galement le rĂŽle dĂ©cisif de la Scandinavie dans la recherche de batteries durables. Cette annĂ©e a Ă©galement vu la publication de travaux de recherche menĂ©s par lâuniversitĂ© Chalmers de Göteborg qui, Ă lâautre bout de la chaĂźne, a mis au point un processus naturel â car sans produits chimiques â pour le recyclage des batteries. Ce procĂ©dĂ© utilise des substances que lâon trouve dans des lĂ©gumes comme la rhubarbe et les Ă©pinards.

Mais ce dernier processus est encore en phase de laboratoire. Le projet de Stora Enso et dâAltris a dĂ©jĂ franchi quelques Ă©tapes. Le producteur de papier a dĂ©jĂ mis en service une usine dâessai qui traite le lignode. La mise Ă lâĂ©chelle du processus bat son plein. Les partenaires ont Ă©galement dĂ©jĂ trouvĂ© un constructeur automobile pour leur batterie rĂ©volutionnaire. Polestar a pour objectif de mettre sur le marchĂ©, dâici Ă 2030, son âprojet 0â, une voiture dont lâimpact sur le climat et lâenvironnement est nul.
Pour ce modĂšle particulier, la marque prĂ©voit dâintroduire la batterie lignode de Stora Enso et Altris. Cela permet Ă©galement de fixer dâemblĂ©e le dĂ©lai dans lequel lâindustrie automobile europĂ©enne reste dĂ©pendante des fournisseurs chinois. Et il ne faut pas oublier que Polestar nâest pas seulement suĂ©dois, mais aussi et surtout chinois.

