Au cours des douze derniers mois (du deuxième trimestre 2025 au deuxième trimestre de cette année inclus), l’économie belge a progressé de 0,5 pour cent, soit le chiffre le plus faible depuis la pandémie de coronavirus (et depuis 2013, sans tenir compte de la pandémie). La Belgique enregistre ainsi la plus faible croissance d’Europe (du moins parmi les pays pour lesquels les chiffres du deuxième trimestre sont déjà disponibles). À titre de comparaison, la croissance moyenne dans l’Union européenne s’est élevée à 1,2 pour cent au cours de cette période, les Pays-Bas ont atteint 1,3 pour cent et la Suède, pas moins de 2,8 pour cent. La Belgique est donc loin derrière.
Contexte turbulent
Il s’est bien sûr passé beaucoup de choses au cours des douze derniers mois, les événements les plus marquants étant la guerre commerciale menée par Trump et l’attaque américano-israélienne contre l’Iran. L’économie belge est plus sensible à ce genre d’événements que celle de la plupart des autres pays européens. Notre pays reste l’une des économies les plus ouvertes au monde. Les perturbations du commerce mondial, telles que les droits de douane imposés par Trump et la riposte chinoise qui en découle, affectent notre économie plus durement que la plupart des autres pays. Par ailleurs, l’économie belge compte également parmi les plus énergivores d’Europe, notamment en raison du poids relativement important de l’industrie à forte intensité énergétique (comme la chimie). Nous sommes donc plus sensibles à une flambée des prix de l’énergie.
Ces chocs sont venus s’ajouter, ces derniers mois, aux difficultés qui persistaient depuis un certain temps déjà, notamment dans le secteur industriel. L’activité de l’ensemble de l’industrie belge, qui reste un pilier important de notre économie, a stagné ces dernières années et a même nettement reculé l’année dernière (-1,5 pour cent).
Pas d’amélioration en vue à court terme
Au début de l’été, une solution semblait peu à peu se dessiner en Iran, ce qui s’est immédiatement traduit par une forte baisse des prix du pétrole et du gaz. Entre-temps, l’espoir d’une solution rapide s’est déjà envolé, et les prix de l’énergie sont de nouveau repartis à la hausse. Ainsi, les prix du gaz en Europe oscillent à nouveau autour des niveaux records atteints lors de cette crise, soit plus du double de leur niveau du début de l’année. La situation au Moyen-Orient et le faible niveau des stocks de gaz en Europe laissent penser qu’une baisse rapide des prix de l’énergie est peu probable dans les mois à venir. La pression sur notre économie reste donc forte sur ce front.
À cela s’ajoute le fait que la remontée de l’inflation entraîne à nouveau une indexation des salaires plus forte que prévu, ce qui met encore davantage sous pression la compétitivité de nos entreprises exportatrices. À court terme, la chaleur et la sécheresse risquent également de freiner l’activité économique. Les difficultés rencontrées par l’industrie allemande en raison du faible niveau des eaux du Rhin se font notamment sentir dans notre industrie.
Il ne faut pas oublier non plus que nous enregistrons ces chiffres de croissance inférieurs aux attentes avec un déficit budgétaire de plus de 5 pour cent du PIB, l’un des plus élevés d’Europe. Les efforts qui seront nécessaires pour ramener ce déficit sous contrôle pèseront également sur l’économie.
Besoin d’une stratégie pour plus de croissance
Ces dernières années, notre économie est restée enfermée dans un schéma de croissance structurellement faible. Cela signifie qu’il n’y a que peu, voire pas de marge de manœuvre pour faire face à de nouveaux revers. Il en résulte aujourd’hui la croissance économique la plus faible d’Europe, et rien ne laisse présager une amélioration notable à court terme. Bien sûr, nous ne pouvons pas résoudre rapidement, ni à nous seuls, bon nombre des problèmes qui nous affectent. Mais nous devrions davantage nous atteler à l’élaboration d’une stratégie visant à renforcer structurellement notre économie. Cela nous rendrait plus résistants aux prochains chocs. Lorsque les décideurs politiques seront de retour de vacances, nous pourrons, espérons-le, (enfin) nous consacrer davantage à cette question. Sinon, nous resterons enlisés dans cette faible croissance et risquons de sombrer davantage à chaque nouveau choc.
Bart Van Craeynest
Économiste en chef chez Voka et auteur de « België kan beter »
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