Belges néerlandophones et francophones : un accord frappant sur le budget, les économies et les subventions, mais pas sur la structure de l’État

La grande enquête politique de Business AM met en évidence à la fois des similitudes frappantes et de nettes barrières linguistiques. Sur les questions de discipline budgétaire, de rénovation et d’activation, le consensus est souvent plus large. Ce sont surtout la politique énergétique, la migration de main-d’œuvre, le rôle des pouvoirs publics et la structure de l’État qui divisent les personnes interrogées. La confiance politique est faible des deux côtés de la frontière linguistique.

Près de 800 participants à l’enquête

La grande enquête politique de Business AM dresse le portrait d’une Belgique où les répondants néerlandophones et francophones se rapprochent de manière frappante sur un certain nombre de thèmes socio-économiques, mais mettent clairement l’accent sur des aspects différents dans d’autres dossiers.

Au total, 779 personnes ont participé à l’enquête : 708 néerlandophones et 71 francophones. Pour les questions à choix multiples, les personnes interrogées pouvaient cocher plusieurs réponses. C’est pourquoi les pourcentages ci-dessous sont calculés sur le nombre total d’options cochées par question, et non exclusivement sur le nombre de personnes interrogées. Les réponses libres ont été examinées séparément et ne sont utilisées qu’à des fins qualitatives.

Les « flexi-jobs » : avant tout un indicateur du marché du travail

Les deux groupes linguistiques s’accordent clairement sur la signification des flexi-jobs. Parmi les participants néerlandophones, 38,7 pour cent estiment que les flexi-jobs doivent avant tout inciter les inactifs à reprendre une activité. 26,7 pour cent considèrent ce phénomène comme un signal d’alarme indiquant que les salaires et le pouvoir d’achat sont insuffisants. Enfin, 21 pour cent estiment que les flexi-jobs coûtent trop cher à l’État.

Chez les francophones, la motivation des inactifs arrive également en tête (37,5 pour cent), suivie par les préoccupations concernant les salaires et le pouvoir d’achat (26,4 pour cent). L’idée selon laquelle les « flexi-jobs » constituent une forme positive de flexibilité recueille 19,4 pour cent des réponses.

Les réponses libres montrent clairement que les personnes interrogées n’ont pas toutes la même perception de la notion de « flexi-job ». Certains participants souhaitent surtout conserver ce système pour les retraités ou les secteurs confrontés à des pénuries de main-d’œuvre. D’autres réactions mettent l’accent sur les conséquences salariales et fiscales.

En ce qui concerne la question des cotisations sociales liées aux flexi-jobs, l’accent change. En Flandre, 35,5 pour cent souhaitent limiter ou supprimer les avantages fiscaux et 26,7 pour cent demandent des cotisations supplémentaires aux employeurs ou aux titulaires de flexi-jobs eux-mêmes. Dans le groupe francophone, 28,2 pour cent optent pour l’absence d’intervention, car les avantages pour les citoyens l’emportent selon cette option. La limitation ou la suppression des avantages fiscaux arrive en deuxième position, avec 26,8 pour cent.

Pouvoir d’achat et différence entre travailler et ne pas travailler

Il existe un consensus remarquable quant à la cause de la baisse du pouvoir d’achat. 55,8 pour cent des répondants néerlandophones et 56,2 pour cent des répondants francophones optent pour une combinaison de politiques publiques (impôts, réglementation, choix énergétiques) et de facteurs externes (guerre, marché mondial).

Les accents diffèrent ensuite. Les néerlandophones mettent plus souvent l’accent sur les politiques publiques (19,8 pour cent), tandis que les francophones citent plus souvent des facteurs externes tels que la guerre et le marché mondial (20,5 pour cent).

Il existe également une tendance commune concernant la différence entre travailler et ne pas travailler. 58,1 pour cent des répondants néerlandophones optent pour une combinaison entre rendre le travail plus attractif et réformer les allocations. Dans le groupe francophone, ce chiffre s’élève à 43,1 pour cent.

D’autres priorités se dégagent également. 18,1 pour cent des personnes interrogées francophones optent pour une réduction de la pression fiscale sur les bas salaires, contre 7,9 pour cent chez les néerlandophones. Une limitation plus stricte de la durée ou du montant des allocations bénéficie d’un soutien des deux côtés, mais elle atteint 18,1 pour cent chez les francophones, contre 13,3 pour cent chez les néerlandophones.

Dans les réponses libres, l’idée revient régulièrement que l’activation ne doit pas se limiter à des conditions plus strictes. Les personnes interrogées mentionnent également l’accompagnement et le fait de rendre le travail plus attractif.

Chômage et retraites : examiner d’abord d’autres dépenses

La proposition d’économiser sur les allocations de chômage en cas d’indexation ne suscite pas de réponse unanime. Chez les néerlandophones, 31,2 pour cent jugent cette mesure judicieuse et ciblée. 23,4 pour cent ne souhaitent pas bloquer l’indexation, mais limiter plus rapidement les allocations. 18,2 pour cent souhaitent réaliser des économies ailleurs (par exemple, sur les milliards de subventions accordées aux entreprises et à la défense).

Chez les francophones, la première option recueille un soutien légèrement plus fort, avec 36,1 pour cent. Les options « réaliser des économies ailleurs » et « réduire plus rapidement les allocations » recueillent chacune 15,3 pour cent.

Les réponses libres mettent ici davantage l’accent sur la question de savoir où exactement les pouvoirs publics doivent réaliser des économies. Certains participants ne souhaitent pas tant s’attaquer aux allocations chômage classiques, mais soulignent d’autres possibilités d’économies au niveau des dépenses sociales, des subventions, des indemnités parlementaires ou de l’accompagnement des chômeurs de longue durée. D’autres soulignent la nécessité de réduire la taille de l’appareil d’État, qui doit en outre fonctionner plus efficacement (gel des embauches, etc.).

Un consensus important se dégage également en matière de retraites. Tant les néerlandophones (34,7 pour cent) que les francophones (34,2 pour cent) estiment qu’il faut d’abord s’attaquer à d’autres dépenses publiques.

C’est ensuite que les priorités divergent. Parmi les néerlandophones, 20,6 pour cent estiment que ceux qui ont travaillé plus longtemps et davantage doivent clairement percevoir une retraite plus élevée. Dans le groupe francophone, une réforme fondamentale du système de retraite recueille 19,2 pour cent des suffrages, soit autant que l’option consistant à récompenser davantage une carrière plus longue et plus complète.

Migration de main-d’œuvre : une différence de priorités

En matière de migration économique, la frontière linguistique apparaît plus clairement.

Chez les néerlandophones, la limitation de la migration de main-d’œuvre et le recours prioritaire à la réserve de main-d’œuvre nationale arrivent en tête, avec 39,5 pour cent. 32,5 pour cent estiment que la migration de main-d’œuvre est envisageable, mais uniquement avec des garanties suffisantes en matière d’emploi et d’intégration.

Chez les francophones, l’ordre est inversé : 29,6 pour cent estiment que la migration de main-d’œuvre est envisageable sous certaines conditions, contre 28,2 pour cent qui préconisent une migration plus restreinte et le recours prioritaire à la réserve de main-d’œuvre nationale.

Dans les deux groupes, l’affirmation selon laquelle la migration n’est pas un outil permettant de résoudre les problèmes structurels du marché du travail recueille moins de soutien, mais elle reste présente : 14,8 pour cent chez les néerlandophones et 12,7 pour cent chez les francophones.

Les réponses libres montrent que les participants confondent différents problèmes : pénurie de main-d’œuvre, cotisations sociales, conditions salariales et intégration. Certains répondants plaident en faveur d’une immigration de main-d’œuvre temporaire liée à des pénuries concrètes ; d’autres réactions mettent surtout l’accent sur la nécessité de mobiliser en priorité les personnes qui résident déjà en Belgique.

Budget : l’assainissement figure en tête des priorités

C’est au niveau des finances publiques que l’on observe le consensus le plus marqué.

À la question de savoir quelle doit être la priorité alors que le budget est sous pression, 58,9 pour cent des participants néerlandophones optent pour un assainissement rigoureux et l’arrêt des nouvelles dépenses. Chez les francophones, ce chiffre s’élève à 52,1 pour cent.

Une lutte plus sévère contre la fraude sociale et la mobilisation des inactifs recueillent respectivement 21,9 pour cent et 16,4 pour cent des suffrages.

11,2 pour cent des participants néerlandophones souhaitent augmenter les impôts des « plus aisés », contre 12,3 pour cent chez les francophones.

Les réponses libres font ressortir un message complémentaire assez cohérent : plusieurs répondants réclament non seulement des économies, mais aussi un examen systématique des dépenses publiques. La réduction des structures administratives, la suppression des subventions, la lutte contre la fraude fiscale et sociale ainsi que la suppression des chevauchements entre les pouvoirs publics reviennent spontanément dans les réponses. Certains suggèrent que les réserves d’or de notre pays doivent être reconstituées.

En matière de Défense également, on observe une préférence commune pour l’efficacité. 43,8 pour cent des néerlandophones interrogés sont prêts à investir, mais à condition que la Défense soit organisée autant que possible au niveau européen. Chez les francophones, ce chiffre atteint même 56,9 pour cent.
En revanche, 24,5 pour cent des participants néerlandophones estiment que la défense reste une priorité absolue et que la sécurité nationale et la crédibilité internationale priment sur la discipline budgétaire. Seuls 8,3 pour cent des francophones partagent cette vision.

Le groupe francophone comprend par ailleurs une proportion plus importante de personnes qui jugent irresponsables les dépenses de plusieurs milliards consacrées à la Défense et estiment que ces dépenses devraient être affectées en priorité à la réduction de la dette, à la sécurité sociale ou à des mesures visant à renforcer le pouvoir d’achat (19,4 pour cent). Seuls 13 pour cent des néerlandophones partagent cet avis.

Salaires, indexation et taxe sur la plus-value

La politique salariale et d’indexation donne une image contrastée. Chez les néerlandophones, 34,8 pour cent se prononcent en faveur de la suppression immédiate du plafonnement de l’indexation afin de protéger le pouvoir d’achat, alors que l’inflation repart fortement à la hausse.
Chez les francophones, ce groupe est encore plus important, avec 39,4 pour cent.

Chez les néerlandophones, les trois options suivantes sont relativement proches les unes des autres : 20 pour cent jugent nécessaires l’indexation au centime près et la norme salariale, 19,3 pour cent souhaitent une norme salariale plus souple et 18,3 pour cent souhaitent intervenir encore davantage dans l’indexation automatique. En Belgique francophone, ces mêmes réponses s’élèvent respectivement à 14,1 pour cent (nécessité de l’indexation au centime et de la norme salariale), 23,9 pour cent optent pour une loi sur la norme salariale plus souple et 14,1 pour cent estiment que les pouvoirs publics doivent intervenir davantage.

Les réponses libres montrent que, pour de nombreux participants, le sujet est avant tout lié au pouvoir d’achat. Certains répondants souhaitent conserver intégralement l’indexation automatique ; d’autres réactions plaident à nouveau en faveur d’économies au sein de l’administration publique.

Il n’y a pas non plus de consensus concernant la nouvelle taxe sur la plus-value de 10 pour cent.

Chez les néerlandophones, 39,2 pour cent jugent cette mesure irresponsable, tandis que 29,1 pour cent trouvent ce taux acceptable à condition d’un abattement plus élevé. 16,7 pour cent estiment qu’un impôt sur les plus-values est juste afin de les traiter de manière plus équitable par rapport aux revenus du travail.

Chez les francophones, les deux premières réponses sont exactement à égalité à 34,7 pour cent : tant l’option d’un compromis acceptable avec un abattement plus élevé que l’avis selon lequel cette politique est irresponsable.

Dans les commentaires libres, on retrouve régulièrement une distinction entre les grandes fortunes (à partir d’un million d’euros) et les petits investisseurs. Certains répondants plaident en faveur d’un abattement plus élevé, tandis que d’autres estiment que le citoyen est déjà suffisamment imposé (succession, donation, revenu cadastral, précompte mobilier et taxes boursières, etc.).

Énergie : c’est là que la frontière linguistique est la plus marquée

L’énergie est l’un des thèmes sur lesquels les réponses divergent le plus.

En ce qui concerne le mix énergétique, 39,9 pour cent des répondants néerlandophones optent pour le maintien et le développement de l’énergie nucléaire aussi longtemps que possible. 32,1 pour cent souhaitent garder toutes les technologies ouvertes et faire leur choix en fonction du coût et de la fiabilité.

Chez les francophones, ces mêmes options arrivent en tête, mais l’énergie nucléaire y recueille 33,8 pour cent des suffrages et le maintien de toutes les technologies, 28,4 pour cent. La réduction de la facture énergétique, quelle que soit la technologie, recueille 20,3 pour cent des suffrages chez les francophones, contre 12,6 pour cent chez les néerlandophones.

Les réponses libres mettent surtout en avant deux axes : l’accessibilité financière et la sécurité d’approvisionnement. Certains répondants mettent en avant l’énergie nucléaire comme source d’énergie stable, tandis que d’autres réclament surtout un mix technologique et des investissements dans le stockage et les énergies renouvelables. D’autres encore estiment que le changement climatique ne peut être évité et que certains pays déploient moins d’efforts en matière de réduction des émissions de CO₂, ce qui a également des répercussions sur la qualité de l’air dans notre pays.

Les divergences sont également nettes concernant le réseau de gaz naturel. 34,9 pour cent des répondants néerlandophones souhaitent que le réseau de gaz ne soit supprimé que s’il existe des alternatives réalistes et abordables. 33,3 pour cent estiment que le gaz doit rester une option tant que d’autres pays européens l’utilisent.

Chez les francophones, la première option recueille un soutien bien plus important : 46,5 pour cent. Par ailleurs, 33,8 pour cent souhaitent que la réduction ne s’applique qu’aux nouvelles constructions et que les logements existants ne soient pas concernés.

Pompes à chaleur : liberté de choix

La question relative aux pompes à chaleur révèle l’une des différences les plus marquantes.

Chez les néerlandophones, 61,7 pour cent se prononcent en faveur de la liberté de choix et contre l’obligation. 22,7 pour cent souhaitent d’abord procéder à une isolation massive.

Chez les francophones, les deux réponses les plus fréquentes sont à égalité : 43,7 pour cent souhaitent d’abord procéder à une isolation massive et 43,7 pour cent veulent laisser le choix aux citoyens.

Dans les réponses libres, cette dimension pratique apparaît encore plus clairement. Plusieurs participants soulignent que les logements anciens doivent d’abord être isolés et que tous les propriétaires n’ont pas les moyens financiers de rénover et d’installer une pompe à chaleur en même temps. D’autres participants estiment au contraire que des obligations sont nécessaires pour accélérer la transition.

La question de savoir qui doit décider de la politique énergétique confirme cette différence d’orientation. Les néerlandophones privilégient surtout les spécialistes et les experts indépendants (42,3 pour cent). Les francophones placent en tête le fait de tenir personnellement les responsables politiques pour responsables (32,9 pour cent), suivie par celle des experts (31,5 pour cent).

En ce qui concerne les limites de l’intervention de l’État, le groupe néerlandophone est le plus catégorique au sujet des dépenses publiques : 41 pour cent estiment que l’État doit d’abord mettre de l’ordre dans ses propres finances. 30,4 pour cent considèrent quant à eux que l’État ne doit avoir son mot à dire que sur ce qui est strictement nécessaire et que le reste doit relever du libre choix du citoyen.
Chez les francophones, 32,4 pour cent estiment que l’État ne doit prendre que les mesures strictement nécessaires, suivis par 29,7 pour cent qui considèrent que l’État doit d’abord mettre de l’ordre dans ses propres finances.

Les réponses libres ajoutent un troisième élément : plusieurs participants associent la politique énergétique à la question plus large du nombre d’obligations qu’un gouvernement peut imposer aux citoyens. D’autres voient surtout un intérêt à combiner l’une des réponses les plus fréquentes avec une plus grande participation des citoyens.

N-VA et Vooruit : évaluation de la politique énergétique

Le sondage a également interrogé explicitement la N-VA et Vooruit sur leur vision en matière d’énergie.

Concernant le démantèlement du réseau de gaz naturel en Flandre, 54 pour cent des néerlandophones interrogés estiment que le gouvernement doit d’abord proposer des alternatives réalistes et abordables. Chez les francophones, ce chiffre atteint 64,8 pour cent.

L’option selon laquelle la politique va trop loin et trop vite recueille 23 pour cent des suffrages chez les néerlandophones et 15,5 pour cent chez les francophones.

Concernant la politique de Vooruit également, la majorité des répondants des deux camps se prononce en faveur de la mise en place préalable d’alternatives abordables et d’une isolation suffisante. Cette réponse recueille 37,6 pour cent des suffrages chez les néerlandophones et 47,9 pour cent chez les francophones.

Chez les néerlandophones, 35,3 pour cent critiquent la politique, la jugeant trop idéologique et insuffisamment étayée sur le plan technique. Chez les francophones, ce chiffre s’élève à 31,5 pour cent.

Les réponses libres sont ici particulièrement variées. Certains participants formulent leur réponse en termes techniques concernant les infrastructures, l’isolation et l’accessibilité financière ; d’autres en font un débat plus large sur le rôle des pouvoirs publics et le rythme de la politique climatique. Ces réactions individuelles ne doivent pas être considérées comme représentatives de l’ensemble du groupe.

Wallonie : activation et budget

En ce qui concerne le marché du travail wallon, on observe à nouveau une plus grande convergence.

42,5 pour cent des néerlandophones et 40,5 pour cent des francophones optent pour une combinaison d’une activation plus stricte et d’un meilleur accompagnement.

L’obligation pour les demandeurs d’emploi d’accepter plus rapidement un emploi ou une formation recueille respectivement 28,8 pour cent et 25,7 pour cent des suffrages.

Concernant le budget wallon, les deux groupes mettent surtout l’accent sur l’administration et le nombre de fonctionnaires : 45,6 pour cent chez les néerlandophones et 46,6 pour cent chez les francophones.

C’est ensuite qu’apparaît une différence. Les néerlandophones mentionnent plus souvent les dépenses sociales et les allocations (19,2 pour cent), tandis que les francophones évoquent également assez fréquemment les subventions et les aides publiques aux organisations et aux entreprises (20,5 pour cent), ainsi que la croissance économique et la création d’emplois sans assainissement immédiat (19,2 pour cent).

Dans les réponses libres, le débat s’élargit à nouveau pour porter sur l’efficacité administrative, les subventions et la question de savoir si la croissance économique doit se voir accorder davantage de place parallèlement aux économies.

Primes wallonnes à la rénovation

En matière de primes à la rénovation également, les points communs l’emportent sur les différences, mais les priorités sont différentes.

Les néerlandophones se demandent avant tout si les bénéfices climatiques compensent les coûts (28,5 pour cent), puis souhaitent une réduction des subventions et des prêts à taux réduit (26,8 pour cent). Un troisième groupe important estime que les aides doivent principalement bénéficier aux familles à faibles et moyens revenus (24,4 pour cent).

Chez les francophones, le soutien aux revenus faibles et moyens arrive en tête avec 32,4 pour cent. La réduction des subventions, combinée à des prêts moins chers, suit avec 19,7 pour cent. 18,3 pour cent estiment que les pouvoirs publics doivent d’abord démontrer que les bénéfices climatiques compensent le coût pour le contribuable.

Les réponses libres soulèvent en outre des préoccupations d’ordre pratique : les personnes interrogées évoquent notamment le coût des rénovations, l’accessibilité financière pour les propriétaires et la question du rapport entre les subventions et les obligations.

Bruxelles : budget et marché du logement

En ce qui concerne le budget bruxellois, les participants néerlandophones souhaitent à nouveau réduire fortement les dépenses administratives et les frais de personnel : 50,7 pour cent. Chez les francophones, ce chiffre s’élève à 39,2 pour cent.

La réduction des subventions et des aides publiques recueille environ un quart des suffrages dans les deux communautés : 23,9 pour cent chez les néerlandophones et 24,3 pour cent chez les francophones.

Dans les réponses libres, on retrouve par ailleurs des propositions visant à rationaliser les structures administratives et à réduire les chevauchements entre les institutions bruxelloises et les communes.

En ce qui concerne le marché locatif bruxellois, le consensus est particulièrement marqué. Investir dans la rénovation des logements existants arrive en tête avec 30,1 pour cent chez les néerlandophones et 31,5 pour cent chez les francophones.

Les incitations fiscales pour les bailleurs privés suivent, avec respectivement 23,4 pour cent et 24,7 pour cent.

Le troisième groupe le plus important dans les deux groupes linguistiques opte pour un assouplissement des permis et des règles de construction afin de créer davantage de logements (19,5 pour cent en néerlandais contre 17,8 pour cent en français).

Les commentaires libres montrent que les personnes interrogées attirent également l’attention sur l’offre de logements, les permis de construire et la situation tant des locataires que des bailleurs.

En ce qui concerne le financement des rénovations, les réponses sont également comparables. Reporter les obligations de rénovation tant que le financement n’est pas garanti recueille 26 pour cent des suffrages chez les néerlandophones et 28,8 pour cent chez les francophones.

Chez les néerlandophones, les principales options sont : faire payer le propriétaire (24,7 pour cent), la possibilité de faire contribuer le locataire par le biais du loyer (23,9 pour cent) et un partage des coûts entre le propriétaire et les pouvoirs publics (20,1 pour cent).
Chez les francophones, 26 pour cent estiment que le propriétaire et les pouvoirs publics doivent partager les coûts. Parmi eux, 21,9 pour cent considèrent que c’est au propriétaire de supporter ces coûts.

Bruxelles et la mobilité

En matière de mobilité automobile, la question fait à nouveau apparaître une nette majorité en faveur d’une approche progressive.

50,8 pour cent des personnes interrogées néerlandophones souhaitent d’abord améliorer les transports en commun, puis limiter la mobilité automobile. Ce chiffre s’élève à 42,7 pour cent chez les francophones.

Parallèlement, le deuxième groupe le plus important souhaite laisser les automobilistes libres de choisir : 32,4 pour cent chez les néerlandophones et 36 pour cent chez les francophones.

L’option consistant à donner sans réserve la priorité au climat et à la qualité de vie recueille environ 7 pour cent des suffrages dans les deux groupes.

Les réponses libres mettent par ailleurs l’accent sur les déplacements professionnels, la position des entreprises et la qualité des transports en commun.

Subventions et clientélisme

C’est sur la question de la gestion des subventions et des éventuels conflits d’intérêts que l’on observe l’un des plus grands consensus de toute l’enquête.

45,6 pour cent des néerlandophones interrogés se prononcent en faveur d’un renforcement des contrôles et des sanctions en cas de clientélisme. 44,1 pour cent souhaitent des critères objectifs et une répartition transparente.

Chez les francophones, ces pourcentages s’élèvent respectivement à 52,1 pour cent et 42,5 pour cent.

La majorité des réponses libres préconise quant à elle la suppression partielle ou totale des subventions.

Qu’est-ce que la classe politique ignore ?

À la question du principal problème politique, le groupe le plus important dans les deux communautés linguistiques opte pour la combinaison de tous les problèmes proposés : 40,7 pour cent chez les néerlandophones et 46,6 pour cent chez les francophones.

La combinaison des quatre problèmes proposés est la suivante :

  • la combinaison d’impôts élevés et d’une baisse du pouvoir d’achat
  • la transition énergétique irréaliste et trop rapide
  • l’impact de l’immigration et de la démographie sur la sécurité sociale et la société
  • le manque de confiance entre les citoyens et la classe politique dû à un fossé entre les promesses et leur concrétisation

Viennent ensuite, chez les néerlandophones, l’impact de l’immigration et de l’évolution démographique sur la sécurité sociale et la société (24,2 pour cent), suivi du manque de confiance entre les citoyens et la classe politique (16,1 pour cent).

Chez les francophones, le manque de confiance entre les citoyens et la classe politique occupe la deuxième place (19,2 pour cent). L’immigration et la démographie suivent avec 13,7 pour cent.

La plus grande barrière linguistique : la structure de l’État

La question relative à l’organisation future de la Belgique met peut-être en évidence la différence la plus marquée de l’ensemble de l’enquête.

Chez les néerlandophones, 42,1 pour cent sont favorables à un modèle entièrement confédéral. 24,6 pour cent souhaitent que les compétences soient restituées au niveau fédéral, tandis que 15,8 pour cent estiment que la Flandre, la Wallonie et Bruxelles doivent pouvoir mener leur propre politique autant que possible.

Chez les francophones, le tableau est fondamentalement différent. 50,7 pour cent d’entre eux optent pour davantage de compétences au niveau fédéral.

Seuls 12,7 pour cent estiment que la répartition actuelle peut fonctionner à condition d’une meilleure coopération entre les différents niveaux de pouvoir. 8,5 pour cent soulignent que c’est surtout le financement qui doit être adapté aux compétences.

Les réponses libres montrent que le débat ne porte pas uniquement sur l’opposition classique entre fédéralisme et confédéralisme. Plusieurs participants plaident en faveur d’une répartition des compétences plus simple, dans laquelle un seul niveau de pouvoir serait entièrement responsable d’un domaine politique. D’autres réactions mettent l’accent sur la réduction des chevauchements administratifs, des subventions et du nombre de niveaux de pouvoir.

Confiance dans la politique : faible des deux côtés

La question finale porte sur la crédibilité générale des gouvernements et des responsables politiques.

Chez les néerlandophones, la confiance politique est qualifiée d’« inexistante » dans 39,7 pour cent des réponses. 28,6 pour cent choisissent « modérée » et 27,2 pour cent « faible ». La catégorie « élevée » représente environ 2,1 pour cent des réponses.

Chez les francophones, la catégorie « inexistante » s’élève à 41,7 pour cent, « faible » à 27,8 pour cent et « modérée » à 26,4 pour cent. La catégorie « élevée » atteint 4,2 pour cent.

Une Belgique présentant plus de points communs que ne le laisse parfois entendre la rhétorique politique

Si l’on considère l’ensemble de l’enquête, la frontière linguistique ne se reflète pas partout dans les mêmes thèmes.

En matière de discipline budgétaire, d’activation, de rénovation, de contrôle des subventions et de gestion de l’administration, les réponses sont souvent étonnamment similaires. La combinaison des problèmes de pouvoir d’achat et des facteurs externes est également mentionnée par une majorité des répondants dans les deux groupes.

Les différences s’accentuent en ce qui concerne la migration de main-d’œuvre, la politique énergétique, la liberté de choix individuelle, le degré d’intervention de l’État et surtout la structure de l’État.

Le débat sur l’énergie met d’ailleurs en évidence des accents différents concernant l’énergie nucléaire, le gaz, les pompes à chaleur et la liberté de choix. Les réponses libres y ajoutent surtout une dimension pratique : l’accessibilité financière, les coûts de rénovation, la sécurité d’approvisionnement et la question de la rapidité avec laquelle les obligations peuvent être mises en œuvre.

Quant à la structure de l’État belge, deux préférences clairement distinctes s’opposent : une part importante des participants néerlandophones opte pour une confédéralisation accrue, tandis que le groupe le plus important de participants francophones souhaite au contraire davantage de compétences au niveau fédéral.

Parallèlement, les participants néerlandophones et francophones partagent un certain nombre de préoccupations qui reviennent tout au long de l’enquête : le coût des pouvoirs publics, l’accessibilité financière de l’énergie et du logement, l’efficacité des administrations, la politique de subventions et le fossé entre les promesses politiques et les résultats concrets.

Il y a toutefois un constat qui transcende la frontière linguistique : selon cette enquête, la confiance dans la classe politique est faible. Tant chez les néerlandophones que chez les francophones, les réponses « faible » et « inexistante » constituent de loin la majeure partie des options choisies.

Méthodologie

779 personnes ont participé à l’enquête : 708 néerlandophones et 71 francophones. Les résultats ne sont pas représentatifs de la population belge et reflètent les réponses des participants à l’enquête Business AM. Pour les questions à choix multiples, les répondants pouvaient cocher plusieurs options. Les pourcentages ont donc été calculés sur le nombre total d’options cochées par question, et non exclusivement sur le nombre de répondants. Les réponses libres ont été examinées séparément et traitées de manière qualitative ; elles n’ont pas été incluses dans les pourcentages en tant que catégories représentatives distinctes. En raison de la différence de taille entre les groupes néerlandophones et francophones, les comparaisons entre les pourcentages des deux groupes doivent être effectuées avec la prudence nécessaire.

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