L’industrie métallurgique européenne met en garde face à « une nouvelle vague de fermetures si l’UE ne réagit pas à la hausse des prix de l’énergie »

L’industrie européenne de la métallurgie sera frappée par « une nouvelle vague de réductions d’effectifs et de fermetures » si des mesures ne sont pas prises pour lutter contre la hausse des prix de l’énergie. Cette mise en garde émane d’Eurometaux, un groupe représentant certains des plus grands producteurs d’Europe, et a été reprise par le journal économique britannique Financial Times.

Pourquoi est-ce important ?

Si les prix de l'électricité, actuellement très élevés, restent à ce niveau sur le long terme, le "Green Deal" européen, le plan de l'UE pour lutter contre le changement climatique, pourrait échouer. Selon Eurometaux, le secteur de la fonderie de l'aluminium ne serait pas en mesure de produire durablement les métaux nécessaires à la fabrication des batteries des véhicules électriques, ou à la fabrication de panneaux solaires et d'éoliennes.

Eurometaux, qui compte parmi ses membres des multinationales telles qu’Umicore, Glencore et Rio Tinto, a envoyé mardi une demande écrite à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Elle a demandé si l’UE envisagerait de libérer des réserves stratégiques de gaz, ainsi que de limiter les prix du carbone – pour aider les fonderies.

« Si l’UE et les États membres n’agissent pas plus vigoureusement, il existe un risque réel que notre secteur soit frappé par de nouvelles réductions d’effectifs et des fermetures, au détriment des objectifs d’autonomie stratégique de l’Europe« , indique la lettre, qui demande également un soutien gouvernemental d’urgence.

Perte de 1.000 dollars pour chaque tonne de métal produite

La pression financière causée par les prix records du gaz et de l’électricité a obligé plusieurs grands producteurs de métaux à réduire leur production et à fermer des usines, lit-on dans le Financial Times. Les grands consommateurs industriels, tels que les constructeurs automobiles, ont été contraints d’importer du métal de Chine ou des États-Unis, avec une empreinte carbone souvent plus importante.

La banque d’investissement Goldman Sachs a estimé qu’au cours des derniers mois, « 820.000 tonnes de capacité de production d’aluminium primaire et 750.000 tonnes de capacité de fusion de zinc primaire raffiné avaient été suspendues sur le continent ». Aluminium Dunkerque, le plus grand producteur européen de ce métal, a réduit sa production de 15%. Et le géant de l’aluminium Alcoa a même arrêté sa production en Espagne pendant deux ans.

Toujours selon le rapport de la banque, une fonderie d’aluminium européenne qui a dû se battre seule contre les prix du marché au quatrième trimestre de l’année dernière a « perdu 1.000 dollars pour chaque tonne de métal produite ». Pour les fonderies de zinc, la perte correspondante aurait été de « 540 dollars par tonne ».

« Les métaux non ferreux tels que l’aluminium, le cuivre, le silicium et le zinc sont nettement plus énergivores à produire qu’un métal comme l’acier », indique le rapport. L’électricité peut représenter jusqu’à 40% des coûts de production.

Plaidoyer protectionniste

Le plaidoyer protectionniste du secteur métallurgique intervient quelques jours après que la France, présidente du Conseil de l’Union européenne, a convoqué une conférence sur les mesures nécessaires pour garantir l’approvisionnement de l’Europe en matières premières essentielles, telles que les métaux industriels.

Les propositions d’Eurometaux comprennent :

  • La fixation d’une limite supérieure pour le coût du carbone dans l’UE.
  • L’utilisation des réserves stratégiques pour stabiliser les prix du gaz.
  • L’élaboration rapide d’un cadre pour les aides d’État dans les situations d’urgence, permettant aux États membres de prendre des mesures rapides. Eurometaux a en tête le cadre utilisé lors de la pandémie.
  • Le plafonnement des taxes et prélèvements sur l’électricité à usage industriel.

Les opérateurs s’attendent à ce que les prix de l’énergie sur le continent restent élevés, l’Europe tentant de reconstituer ses réserves de gaz. « Cela signifie qu’il y aura peu de répit pour les producteurs de métaux à court terme », conclut le FT.

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