Kevin Warsh sous forte pression à Jackson Hole : le président de la Fed doit définir la trajectoire de l’inflation


Principaux renseignements

  • Lors du symposium de Jackson Hole, Kevin Warsh devra tracer une voie crédible vers un taux d’inflation de 2 pour cent.
  • Les divisions internes à la Fed et les interventions du Trésor compliquent la stratégie monétaire actuelle.
  • Les investisseurs se réfugient dans l’or et le bitcoin, craignant une dépréciation monétaire.

Ce vendredi, Kevin Warsh s’apprête à prononcer un discours d’ouverture ambitieux lors du symposium de Jackson Hole. Le président de la Réserve fédérale est sous les feux de la rampe dans un contexte économique instable, marqué par une inflation tenace, la hausse des taux d’intérêt à long terme et les interventions non conventionnelles du ministère américain des Finances visant à stabiliser le marché obligataire.

Un rendez-vous aux enjeux majeurs

La réunion annuelle organisée dans le parc national de Grand Teton constitue une tribune essentielle permettant aux dirigeants financiers et aux universitaires du monde entier de débattre des politiques monétaires. Cet événement se déroulant entre deux réunions officielles de la Réserve fédérale, le discours d’ouverture de Warsh est considéré comme une occasion unique de donner des indications sur les futurs changements de politique monétaire.

Bien que le thème officiel porte sur les technologies financières et les systèmes de paiement, l’attention du marché est entièrement tournée vers la lutte menée par la Fed pour réduire l’inflation.

Dilemme de l’inflation

Warsh s’est strictement tenu à un objectif d’inflation de 2 pour cent et rejette toute idée d’objectif « souple ». Il n’a toutefois guère précisé la stratégie spécifique pour y parvenir et évite l’approche dite de « forward guidance » privilégiée par ses prédécesseurs.

Les chiffres économiques récents ont compliqué sa position. L’indice des dépenses de consommation des ménages pour le mois de juillet a dépassé les prévisions, avec un taux annuel s’établissant à 3,7 pour cent, tandis que l’inflation sous-jacente reste supérieure à l’objectif depuis plus de cinq ans.

Divisions internes à la Fed

Des divisions internes au sein de la Réserve fédérale font également surface. Bien que les taux aient été maintenus inchangés en juillet, une minorité significative de présidents de banques régionales a plaidé en faveur d’une hausse.

Parallèlement, les investisseurs sont de moins en moins convaincus qu’un nouveau resserrement soit imminent, ce qui crée un décalage entre les « faucons » de la Fed et les attentes du marché, que Warsh doit désormais concilier.

Tensions au Trésor

La situation est encore aggravée par le marché obligataire. La dette nationale américaine dépassant les 40 000 milliards de dollars (34 300 milliards d’euros), les rendements à long terme ont grimpé en flèche, augmentant les coûts d’emprunt à l’échelle nationale.

Cela a incité le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, à accroître les rachats d’obligations afin de tenter de faire baisser les rendements. Cependant, la réaction tiède du marché a conduit Bessent à menacer de recourir à des interventions encore plus importantes, sans en préciser la nature. Il en résulte un paradoxe : le Trésor tente de plafonner les taux à long terme tandis que la Fed reste prudente.

Or et bitcoin

Ces instabilités ont alimenté un « mouvement de fuite vers les actifs non fiduciaires », les investisseurs se tournant vers ces derniers. L’or et le bitcoin ont enregistré des hausses massives ce mois-ci, tandis que le dollar américain s’est affaibli.

Cette tendance suggère que les investisseurs craignent que le gouvernement ne puisse gérer sa dette sans laisser l’inflation persister, ce qui indique que la politique monétaire actuelle pourrait être trop laxiste.

Répercussions économiques mondiales

Les implications dépassent les frontières américaines. La Banque centrale européenne (BCE), représentée par Isabel Schnabel, est également présente.

Un ton belliciste de la part de Warsh pourrait renforcer le dollar et resserrer le crédit mondial, rendant la tâche de la BCE plus difficile alors qu’elle lutte contre ses propres pressions inflationnistes.

(at)

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