L’euro au plus bas depuis 5 ans: ces éléments qui expliquent sa chute par rapport au dollar

Depuis le pic atteint en janvier 2021 à 1,2350 dollar, l’euro ne cesse de chuter pour atteindre son pire score face au billet vert en 5 ans. Mais pourquoi le dollar se maintient-il haut alors que l’euro sombre ?

Il faut désormais 1,06 dollar pour obtenir 1 euro. L’euro poursuit sa chute et la cause première est bien sûr le conflit qui oppose l’Ukraine et la Russie. En période de grande incertitude, les investisseurs cherchent à se rassurer, et l’on observe encore une fois que le « roi dollar » joue toujours son rôle de valeur refuge.

Ukraine

D’abord, parce que l’Europe est beaucoup plus exposée aux conséquences du conflit. À commencer par les prix de l’énergie, bien sûr, qui pèsent sur l’économie du Vieux Continent. Ce mardi, l’annonce de Gazprom de couper le gaz à la Pologne et à la Bulgarie, tant que les deux pays ne règleront pas leur facture en roubles, a jeté un froid sur les marchés.

Le prix du gaz en Europe est repassé au-dessus des 100 euros par MWh, tandis que les prix du pétrole rebondissent et fluctuent toujours au-dessus des 100 dollars. La hausse du pétrole devrait d’ailleurs se poursuivre, car un boycott du pétrole russe se précise: l’Allemagne semble changer son fusil d’épaule après une visite en Pologne.

Inflation

Mais la chute de l’euro par rapport au dollar a démarré avant la guerre en Ukraine qui a été la goutte de trop. Car l’inflation européenne a sérieusement rattrapé l’inflation américaine ces derniers mois, pour atteindre dans la zone euro 7,4% au mois de mars contre 8,5% aux États-Unis. En juin 2021, par exemple, l’inflation était déjà de 5,4% aux États-Unis contre seulement 1,9% en zone euro. 

Or, le changement de stratégie de la banque centrale américaine (Fed) a été envisagé, puis mis en oeuvre bien plus tôt que celui de la banque centrale européenne (BCE). Si bien que les États-Unis ont déjà augmenté les taux d’intérêt et des rendements, ce qui a boosté le dollar. Durant de longs mois, Christine Lagarde a plaidé pour la patience, arguant que l’économie américaine était plus forte, moins affectée par les prix de l’énergie, et avec un marché de l’emploi en feu.

Il n’a pas fallu attendre la guerre en Ukraine pour entendre des critiques sur la politique trop attentiste de la BCE, qui aujourd’hui est dos au mur. Une première hausse des taux est désormais attendue pour juillet, alors que cette hausse n’était pas censée arriver avant l’année prochaine.

Rebond de l’euro

Un rebond de l’euro n’est pas attendu à court terme. En fait, le seul évènement qui pourrait soutenir la valeur de l’euro serait une détente géopolitique qui ferait retomber la pression économique sur la zone euro.

On n’en prend pas le chemin avec les déclarations belliqueuses du ministre des Affaires étrangères russes, Sergueï Lavrov, qui a brandi la menace d’un conflit mondial, l’apport de l’Occident en armements pour l’armée ukrainienne étant de moins en moins discret.

Il n’empêche qu’une politique trop agressive de la Fed ou de la BCE fait craindre le risque de récession. Pour la Deutsche Bank, d’ailleurs, il n’y a plus beaucoup de doutes que l’économie américaine sera en récession dans un avenir proche. De son côté, la BCE a prévenu contre « un hiver très difficile pour l’économie européenne ».

Prix de l’énergie, inflation, chaine d’approvisionnement troublée, résurgence du Covid en Chine: les nuages sombres s’accumulent pour l’économie mondiale.

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