Les experts demandent (presque) unanimement un reconfinement: ‘Y a-t-il un adulte dans le gouvernement ?’

La Grand Place de Bruxelles le 18 mars 2020, date à laquelle la Belgique est entrée dans sa première période de confinement – Isopix

Alors qu’un nouveau Comité de concertation est prévu pour ce vendredi, les scientifiques semblent (enfin) s’être mis d’accord: la Belgique a besoin d’un nouveau confinement pour contrer la deuxième vague de coronavirus.

Ce mercredi, la Belgique a dépassé le cap des 400 hospitalisations journalières. Actuellement, 2.869 patients sont à l’hôpital en raison d’une infection au Covid-19. Les contaminations continuent elles aussi à dangereusement augmenter, avec une moyenne de 8.975 cas détectés chaque jour entre le 11 et le 17 octobre.

Un nouveau Comité de concertation se tiendra ce vendredi, avec probablement la mise en place de mesures plus strictes. Vendredi dernier, la principale mesure avait consisté en la fermeture de l’Horeca. Visiblement, ce n’était pas assez.

Emmanuel André: ‘On va droit dans le mur’

Invité sur le plateau du journal télévisé de 13 heures de la RTBF, le microbiologiste Emmanuel André n’y est pas allé par quatre chemins. Pour lui, la Belgique doit se reconfiner.

‘Aujourd’hui, on doit parler de reconfinement. C’est le seul outil qu’on a devant nous. On ne doit plus se poser la question de ce qu’on doit fermer. On doit se poser la question de ce qu’on laisse ouvert’, a lancé l’ancien porte-parole-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19.

Emmanuel André – Isopix

Emmanuel André a insisté sur l’urgence de la situation, en soulignant le débordement des hôpitaux. Il espère que la population sera rapidement convaincue qu’un reconfinement est nécessaire et que les autorités prendront des décisions en conséquence.

‘On va droit dans le mur’, a-t-il ajouté. ‘Il reste un tout petit peu d’espace pour faire des choix de société. Quelles sont les choses qu’on autorise moralement comme maintien d’activité ?’

Marc Wathelet: ‘Plus on tarde, plus il sera long, plus les dégâts seront importants’

Plus en retrait de la scène médiatique, le Docteur en Sciences Marc Wathelet, s’est fendu ce mercredi d’une lettre incendiaire envoyée aux autorités du pays. Le spécialiste des coronavirus humains y fait part de son rejet total des mesures décidées par les politiques depuis le début de la crise sanitaire.

Pour lui, la fermeture de l’Horeca n’était certainement pas suffisante pour endiguer la seconde vague. Pour s’expliquer, il utilise la métaphore de la barque qui prend l’eau.

‘Le gouvernement a furieusement débattu pendant trois jours le colmatage d’une de ces fuites, l’Horeca. Oui l’Horeca est une source de contamination importante, mais il y a trois sources beaucoup plus importantes à contrôler et on refuse d’en discuter : le travail, l’école, ainsi que les transports en commun pour s’y rendre’, dénonce-t-il.

Lettre ouverte envoyée aujourd'hui par courriel à nos gouvernements et parlements.Acte 2, bis repetita non…

Geplaatst door Marc G Wathelet, Docteur en Science op Woensdag 21 oktober 2020

Marc Wathelet estime que le port du masque aurait dû être imposé depuis de nombreux mois au sein des entreprises et des écoles. Il y voit des lieux favorables à la propagation du virus, n’hésitant pas à torpiller certaines études nationales et internationales qui indiquent que les établissements scolaires ne sont pas si dangereux.

Et si certains voient dans l’imposition du port du masque aux enfants une forme de ‘maltraitance’, Marc Wathelet leur répond ceci: ‘On peut faire valoir que dans la situation où un enfant se retrouve être un des maillons d’une chaine de transmission aux conséquences funestes pour sa famille, l’impact bien réel sur la vie de cet enfant constituerait une forme de maltraitance beaucoup plus sévère que celle imaginée pour le port d’un masque.’

Marc Wathelet estime qu’il ne reste aujourd’hui plus qu’une seule option à envisager: le reconfinement. ‘Plus on tarde, plus le confinement sera long, plus les dégâts seront importants’, prévient-il, tout en rappelant que refuser un nouveau lockdown pour des raisons économiques n’aurait, selon lui, pas de sens.

‘Être adulte, c’est accepter la réalité et choisir la meilleure solution, ou la moins pire dans le cas qui nous occupe. Être adulte, c’est reconnaître quand notre approche aggrave la situation au lieu de l’améliorer. Être adulte, c’est pouvoir admettre ses erreurs et les corriger. Y-a-t-il un adulte dans le gouvernement, un seul ?’, lance-t-il, n’hésitant pas à blâmer les politiques tout au long de sa lettre.

Yves Van Laethem: ‘Un reconfinement local’

Yves Van Laethem – Isopix

Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus, a l’habitude de se montrer plus réservé que ses collègues. Pourtant, même lui, dans les colonnes de Sudpresse, a commencé à évoquer un ‘éventuel’ reconfinement, ‘si la courbe des hospitalisations n’atteint pas un plateau dans 15 jours.’

Le virologue pense davantage à des lockdowns régionaux qu’à un reconfinement national. ‘Inutile par exemple de reconfiner le Limbourg’, explique-t-il. ‘Par contre, la situation est très grave sur Liège où plus d’un test sur 4 est positif. Partout, l’activité industrielle devrait être maintenue, de même que les écoles. Par contre, on pourrait fermer les commerces non indispensables. Le culturel, qui a déjà beaucoup souffert, pourrait fermer un peu plus tard’.

Parmi les épidémiologistes en vue, seul Yves Coppieters a paru (un peu) plus prudent avant de prononcer le mot ‘reconfinement’. Mais il estime tout de même que les politiques vont prendre des mesures plus restrictives rapidement. ‘Étendre le couvre-feu de 21 h à 5 h par exemple ou mettre l’enseignement supérieur en code rouge ou encore imposer réellement le télétravail’ sont des mesures qui pourraient être mises en place, indique-t-il.

Les autorités se réuniront vendredi afin de faire une nouvelle évaluation de la situation sanitaire en Belgique.

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