Les décideurs politiques doivent se mettre au travail : 5 choses à faire en 2022

Malgré les obstacles soulevés la semaine dernière, les prévisions pour 2022 restent prudemment positives. En effet, plusieurs de ces facteurs inhibiteurs devraient s’améliorer au cours de l’année. Les entreprises interrogées dans le cadre de notre enquête prévoient une augmentation de 6 % de leurs ventes au cours des douze prochains mois. Il convient de noter que ces chiffres tiennent compte d’un effet prix évident, de sorte que l’augmentation du volume d’activité serait nettement inférieure.  

Après les taux de croissance spectaculaires de 2021 (estimés à 6,1 % en termes réels), la reprise ralentira de toute façon en 2022. Néanmoins, la croissance se poursuivra l’année prochaine. Le scénario le plus probable sur la base des informations actuelles est une croissance économique de l’ordre de 2 à 3 %. Il s’agit encore d’un taux de croissance décent, mais les risques sont probablement à la baisse.

Les responsables politiques doivent se mettre au travail

Dans l’ensemble, notre économie se porte mieux qu’on ne le craignait avec le coronavirus. D’autre part, nos décideurs politiques ont jusqu’à présent manqué l’occasion d’utiliser la crise pour renforcer réellement l’économie de manière structurelle. Les politiques se sont principalement concentrées sur la gestion de la crise à court terme, en accordant très peu d’attention aux solutions politiques à long terme. En ce sens, les décideurs politiques ont une liste de tâches cruciales à accomplir pour 2022.

1. Stratégie coronavirus

Fin 2020, des efforts urgents devaient être faits pour rattraper le retard dans le domaine des vaccinations. Un an plus tard, nous nous retrouvons malheureusement dans la même situation, cette fois le rattrapage des rappels est urgent. Il sera encore plus important d’élaborer une stratégie à plus long terme pour les coronavirus. Le virus devient endémique et frappera à nouveau chaque hiver pendant au moins quelques années. Pour éviter d’être pris par surprise à chaque fois, nous devons élaborer dès maintenant une stratégie comprenant d’éventuelles vaccinations de rappel annuelles, un baromètre Covid-19 et une stratégie de quarantaine économiquement saine.

2. Réformes du marché du travail

La difficulté à trouver du personnel adéquat est actuellement la principale préoccupation des entrepreneurs flamands. Cette pénurie risque de s’aggraver dans les années à venir et constitue une menace sérieuse pour nos possibilités de croissance. Une réponse politique urgente est nécessaire, avec des réformes profondes du marché du travail visant à l’activation et à la flexibilité, une politique de fin de carrière qui encourage l’allongement de la vie professionnelle, une mise à niveau de l’éducation avec, entre autres, beaucoup plus d’attention pour les STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) et l’apprentissage mixte et des efforts supplémentaires pour l’apprentissage tout au long de la vie.

3. Politique énergétique

Plus de 20 ans ont déjà été perdus dans ce dossier, et la nécessité d’une véritable stratégie à long terme devient maintenant urgente. Cette stratégie doit répondre à quatre critères : la sécurité de l’approvisionnement, le caractère abordable, la durabilité et la dépendance énergétique. Aujourd’hui, la politique n’offre pas de réponse concluante à ces critères. La « fenêtre d’opportunité » pour le faire sans mettre en péril notre approvisionnement énergétique (surtout en 2025-2026) se ferme progressivement. Il est impératif que cette stratégie énergétique soit élaborée d’ici 2022.

4. Renforcer structurellement notre économie

Ce projet figure sur la liste des choses à faire depuis des années, et il y restera probablement encore longtemps. Le fait est que d’autres pays utilisent la crise dans une plus large mesure que nous pour prendre des mesures structurelles. Cela n’est pas sans conséquence. Selon le FMI, après le Covid-19, la Belgique retombera à un taux de croissance inférieur à 1,5 % par an, soit l’un des plus faibles parmi les pays industrialisés. Il est donc urgent de renforcer notre économie à long terme. Cela nécessite un énorme rattrapage en termes d’investissements publics, notamment pour la numérisation, les infrastructures et la durabilité, une réforme en profondeur du marché du travail, un ajustement de la réglementation et de la charge administrative qui facilite l’esprit d’entreprise, et un effort soutenu pour préserver notre compétitivité internationale. Le potentiel économique que nous ratons en ne faisant pas cela est énorme.

5. Préserver la viabilité de nos finances publiques

La crise du coronavirus a exercé une pression supplémentaire sur nos finances publiques, qui étaient déjà très fragiles avant la crise. De plus, à cet égard, la Belgique est sortie de la crise plus faible que le reste de l’Europe. Selon la Commission européenne, sans nouveaux efforts, le déficit budgétaire belge atteindra près de 5 % du PIB en 2023. C’est le plus grand déficit d’Europe. Les plans politiques actuels ne garantissent pas la viabilité à long terme de nos finances publiques. L’activité économique ayant retrouvé son niveau d’avant la crise, il est maintenant urgent d’élaborer un plan réaliste pour remettre nos finances publiques sur les rails. Cela nécessitera des efforts budgétaires, quoi qu’il arrive.

Avec les élections à venir en 2024, 2022 est probablement la dernière occasion réaliste de faire des choix politiques importants dans cette législature. Les mesures prises jusqu’à présent, telles que la réforme annoncée des retraites et les mesures concrètes pour atteindre l’objectif d’un taux d’emploi de 80 %, sont malheureusement bien maigres. Mais si nous ne prenons pas rapidement des mesures concrètes, par exemple dans le domaine de la politique énergétique et des réformes du marché du travail, nous risquons de compromettre notre prospérité future. Il y a donc du travail à faire.


L’auteur Bart Van Craeynest est économiste en chef chez Voka et auteur du livre Terug naar de feiten.

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