Le sabotage probable de Nord Stream est – aussi – un désastre environnemental

Ce sont maintenant quatre fuites qui ont été identifiées sur les gazoducs Nord Stream 1 et 2 – deux du côté suédois et deux du côté danois – dans ce qui ressemble très fort à un sabotage, même si l’enquête ne fait que commencer. Ce qui est déjà certain, c’est que nous sommes face à un désastre environnemental qui pourrait virer à la catastrophe si les gazoducs se brisent.

Si ces fuites se manifestent visuellement par de gros bouillonnements à la surface de la Baltique, atteignant des dimensions allant de 200 m à près d’un kilomètre de diamètre, il ne faut pas négliger ce que l’on ne voit pas : les quantités phénoménales de gaz naturel, principalement constitué de méthane, qui s’échappent dans l’atmosphère. Or ce gaz entraine un puissant effet de serre ; il est jusqu’à 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone à l’échelle du siècle, même s’il se dégrade bien plus vite dans l’atmosphère – de l’ordre d’une douzaine d’années contre un siècle. De quoi faire craindre une véritable bombe climatique à retardement sous la Baltique.

Des rejets terribles pour le climat…

« Il existe un certain nombre d’incertitudes, mais, si ces pipelines cèdent, l’impact sur le climat sera désastreux et pourrait même être sans précédent » alerte David McCabe, scientifique au think tank Clean Air Task Force. Les quantités de gaz exactes qui se sont échappées dans l’atmosphère ne sont pas connues, précise Le Monde ; bien que les gazoducs n’étaient pas en usage au moment des explosions qui semblent bien avoir provoqué ces fuites, les conduites étaient déjà pleines de gaz sous pression.

« Si les quantités contenues dans les deux gazoducs sont entièrement relâchées dans l’atmosphère, cela correspond à l’émission de 28,5 millions de tonnes d’équivalent CO2, soit l’équivalent des émissions annuelles d’une grande centrale à charbon » prend pour exemple auprès de Reporterre Constantin Zerger, expert en énergie et protection du climat de l’organisation Deutsche Umwelthilfe (DUH). « Les dégâts sont immenses pour le climat. »

… Et un poison pour la faune locale

Les autorités danoises et allemandes minimisent toutefois les effets de ces fuites sur l’écosystème de la Baltique ; le méthane se dissout dans l’eau, ce qui limite quelque peu les quantités rejetées dans l’atmosphère. « D’après notre état de connaissance actuel, les fuites de méthane ne représentent pas un danger considérable pour la mer Baltique », a assuré une porte-parole du ministère allemand de l’Environnement.

Mais l’association environnementale Bund locale craint toutefois des dégâts pour la faune et la flore, d’autant que le mélange précis de gaz sous pression présent dans les conduites n’est connu que de Gazprom, et il n’est pas exclu que d’autres substances qui accompagnaient le gaz naturel pour maintenir l’ensemble sous pression. « Comme on ne sait pas clairement quel mélange est transporté par Nord Stream, des dégâts inconnus pourraient être provoqués par d’autres gaz sur l’écosystème marin de façon localisée », s’inquiète Nadja Ziebarth, biologiste marine au sein de l’association, auprès de l’agence de presse Dpa. Or, ceux-ci peuvent se révéler bien plus dangereux encore pour les animaux marins que le méthane, déjà toxique, qui peut finir par asphyxier la zone.

Pour éviter tout accident — le méthane étant hautement inflammable —, la navigation est interdite autour des fuites dans un rayon de cinq milles nautiques, soit 9 kilomètres. Leur survol est également interdit.

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