Le record du squelette de dinosaure le plus cher du monde pulvérisé: focus sur un marché en plein essor

Le squelette du T-Rex « Stan », epa

Le squelette du T-Rex ‘Stan’ a affolé les compteurs mardi, lors de sa vente aux enchères organisée par la maison Christie’s à New York. Son acquéreur a dû débourser 31,8 millions de dollars pour se l’offrir.

Le prix de vente d’un squelette de dinosaure n’aura jamais pris de telles proportions. En étant acheté pour 31,8 millions de dollars (27 millions d’euros), ‘Stan’ a détrôné le précédent record, qui était détenu par un autre T-Rex, ’Sue’. En 1997, chez Sotheby’s, son squelette avait été cédé contre 8,4 millions de dollars au Field Museum of Natural History de Chicago. Un montant qui a donc presque quadruplé ce mardi.

Estimé initialement par Christie’s à un prix de 6 à 8 millions de dollars, le squelette de ‘Stan’ aura atteint les 9 millions de dollars en moins de deux minutes. Il aura finalement fallu attendre un peu moins d’un quart d’heure pour voir un collectionneur mettre tout le monde d’accord en enchérissant à 27,5 millions de dollars. Somme à laquelle s’ajoutent frais et commissions.

Les raisons d’un tel succès

Si ‘Stan’ a fait s’envoler les enchères, c’est parce que son squelette est exceptionnel. Depuis la découverte du premier T-Rex en 1902, seule une cinquantaine d’entre eux ont été sortis de terre. Et celui-ci, avec plus de 70% de tous ses os, dont un crâne en très bon état, fait partie des plus complets.

Le fossile a été exhumé en 1987 dans la formation de Hell Creek, dans le Dakota du Sud. C’est d’abord un paléontologue amateur, Stan Sacrison (d’où le nom donné au T-Rex), qui a découvert un morceau de hanche. Dans un premier temps, on l’a attribué à un tricératops. Comme il s’agit d’une espèce relativement commune dans cette région, les fouilles n’avaient pas été poursuivies.

Cinq ans plus tard, une équipe du Black Hills Institute of Geological Research s’est rendue sur les lieux. S’apercevant qu’ils avaient en fait à faire à un squelette de T-Rex, ils ont relancé les recherches. Au total, il aura fallu plus de 30.000 heures de travail pour déterrer et reconstituer son squelette, composé de 188 os.

Depuis, le squelette de ‘Stan’ avait été utilisé par des dizaines de musées afin de réaliser des moulages. Il a été mis en vente suite à un différend entre administrateurs du Black Hills Institute. Cependant, ils n’ont pas autorisé l’acquéreur à en réaliser une reproduction en trois dimensions.

Un marché juteux

Même s’ils n’atteignent pas toujours des sommes aussi vertigineuses, les squelettes de dinosaures ont la cote depuis quelques années dans les salles d’enchères. Les ventes flirtent de plus en plus souvent avec la barre du million de dollars… voire la dépassent. Des pièces qui font le bonheur des particuliers fortunés.

‘Ce qui compte avec les fossiles de dinosaures, c’est avant tout leur aspect impressionnant – la dentition, la cambrure… On est dans le domaine de la très grande décoration. Comme un Jeff Koons dans un salon, les acheteurs recherchent cet effet waouh qui subjuguera le visiteur’, expliquait un commissaire-priseur de la Maison Drouot au Monde.

Pour que le secteur ne s’enflamme pas de trop, la règlementation se veut très stricte. Interdiction de vendre un spécimen découvert sur un terrain public. ‘Il faut savoir que la législation est très réglementée. On ne fait pas n’importe quoi. Souvent, ce sont des objets qui sont classés trésors nationaux. Il faut avoir les papiers de provenance du sujet et être sûr que le spécimen provient d’un domaine privé, et non public, parce que sinon on entre dans un processus de restitution obligatoire. Ça peut coûter très cher’, expliquait au Figaro Eric Mickeler, spécialiste en paléontologie chez Sotheby’s.

Gare aux arnaques

Qui dit marché juteux, dit potentielles arnaques. Les squelettes composés essentiellement d’os originaux sont rares. Beaucoup sont ‘composites’ : ils sont reconstitués avec plusieurs morceaux d’autres dinosaures.

‘C’est le gros problème que je rencontre. La valeur est totalement différente de celle d’un spécimen complet, avec ses os d’origine. Dans ma carrière, j’en ai vu qu’un seul. Il était complet à 99 %. Quand vous atteignez 70%, c’est déjà excellent’, détaillait Eric Mickeler au Figaro.

Musées et chercheurs impuissants

L’attrait des riches collectionneurs et entreprises met du plomb dans l’aile des musées et des centres de recherche publics qui, financièrement, ont du mal à suivre l’allure. Ne se sentant visiblement pas concernés par ce problème, beaucoup de collectionneurs exposent leur acquisition chez eux.

Alors que les moyens technologiques pour étudier ces fossiles ne cessent de progresser, les chercheurs en ont de moins en moins à examiner. ‘Chaque fossile vendu à un particulier est une perte irrémédiable pour la science’, déplorait Emily Rayfield, chercheuse à l’université de Bristol et présidente de la Société de paléontologie des vertébrés, auprès du Monde.

Seule solution pour les chercheurs : compter sur des squelettes confiés par des mécènes. Reste à voir si l’acquéreur de ‘Stan’ remettra son squelette à la science.