Le débat des vice-présidents Pence-Harris : pas un Américain n’a changé d’avis

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Le débat entre le vice-président Mike Pence et la candidate à la vice-présidence Kamala Harris a été beaucoup plus civilisé que le triste spectacle de leurs deux patrons une semaine plus tôt. Pourtant, la modératrice Susan Page a souvent perdu le contrôle. Les deux candidats n’ont presque jamais répondu à la question posée et ils ont continuellement dépassé leur temps de parole.

De toute façon, les Américains ont une mauvaise opinion de la vice-présidence, et les politiques le reconnaissent eux-mêmes. Joe Biden, vice-président sous Obama, l’a dit un jour: ‘En Amérique, seul celui qui gagne compte, donc quiconque arrive avec un gros badge disant: « Je suis numéro deux », demande des ennuis…’

Un débat vice-présidentiel est donc un peu comme un match de football entre deux équipes de réserve. Pence et Harris s’épuisent tous deux à résumer et à répéter les exploits de la première équipe (leur patron) et à diaboliser l’adversaire. Une dynamique qui peut susciter la sympathie des supporters, mais qui aplatira complètement un débat.

Pence plus présidentiel que Trump

Pence s’est avéré être un politicien accompli, rendant son propos beaucoup plus cohérent que Donald Trump et apparaissant également beaucoup plus présidentiel. Mais il avait néanmoins un dossier difficile à défendre. En tant que chef du groupe de travail sur les coronavirus, il doit désormais participer à un débat avec plexiglas. Pourtant, Harris a rarement réussi à saper ses opinions. En outre, il a habilement manœuvré autour de questions difficiles, et il a réussi à repérer les lacunes dans l’argumentation de Harris, notamment sur la fracturation hydraulique (gaz et pétrole de schiste) et la réponse inadéquate des démocrates au pillage et à la violence en marge des manifestations du mouvement BLM.

La démocrate Harris a commencé fort et a immédiatement imposé le respect. Elle a directement réprimandé Pence quand il l’avait interrompue. Pourtant, elle a raté un certain nombre d’opportunités autour de la tragédie américaine du Covid-19. Elle a surtout ciblé les déclarations de revenus de Trump, son dédain pour les soldats et les partenaires de l’OTAN, sa sympathie perçue pour les suprémacistes blancs et ses projets de supprimer complètement Obamacare. Elle a marqué des points sur la controverse entourant la nomination d’un nouveau juge en chef à la Cour suprême et la brutalité policière contre des civils noirs.

Un spectacle assez soporifique

Dans l’ensemble, il s’agit là d’une chronique d’un spectacle ennuyeux. Peu ou pas de nouvelles choses sont apparues et les téléspectateurs étaient juste heureux que ce soit fini. Un débat dont personne ne se souviendra dans 4 ans. Pour preuve, ce jeudi matin, la seule star des réseaux sociaux est une… mouche qui s’est posée sur la tête de Mike Pence. Joe Biden s’en est même amusé.

En outre, l’organisation des débats dans un paysage politique totalement polarisé n’a guère de sens. Les Américains ont fait leur choix. Ce n’est pas un débat vice-présidentiel qui changera ça. Les femmes pensent que Harris a gagné le débat, les hommes penchent vers Pence. Le match des réserves s’est donc terminé par un match nul.