L’Arabie saoudite pourrait sortir grande gagnante de la crise du pétrole

Stanislav Krasilnikov/TASS/Sipa USA

La crise du coronavirus a entraîné une impressionnante chute des cours du pétrole. Aux États-Unis, son prix est même passé à plusieurs reprises en dessous de zéro. Mais la crise n’impacte pas tout le monde de la même façon.

Cette crise du pétrole est causée par une baisse mondiale de la demande. Les pays exportateurs se sont donc mis d’accord sur une diminution de la production de près de 10 millions de barils par jour, afin de mieux équilibrer l’offre et la demande. Un accord alors qualifié ‘d’historique’.

Cependant, pour de nombreux analystes, cette baisse de la production ne sera pas suffisante. Les marchés ne sont donc pas rassurés et les cours continuent de baisser. Ceux du Brent et du WTI plongent de manière vertigineuse depuis la mi-février. Mardi, aux États-Unis, le prix du baril est même devenu négatif pour la deuxième fois de la semaine, alors qu’il valait encore plus de 60 dollars au début de l’année.

En Arabie saoudite par contre, le cours du pétrole n’a pas connu de chute aussi impressionnante.

Une bonne gestion

Selon Christian Malek, responsable de la recherche sur les actions pétrolières et gazières chez J.P. Morgan, l’Arabie saoudite a su jouer ses cartes au bon moment. Saudi Aramco, l’entreprise pétrolière saoudienne, a réussi à vendre son pétrole lorsqu’il y avait de la demande. Et il a tout de suite contracté son offre lorsque la crise a frappé tout le marché.

Toutefois, pour sauver les marchés, l’expert, interviewé par CNBC, considère que la ‘seule issue’ est une réduction beaucoup plus profonde de la production. Il suggère à l’Arabie saoudite de baisser sa production jusqu’à 6 millions de barils par jour.

Problème de stockage

L’Arabie saoudite a toujours eu en ligne de mire le WTI. Le voir en aussi mauvaise posture est certainement profitable pour le pétrole saoudien.

Cependant, la pays ne doit pas se réjouir trop longtemps. Aujourd’hui, il est nécessaire de stocker les surplus de production. Les citernes de stockage se remplissent rapidement partout dans le monde. Aux États-Unis, les installations seront remplies d’ici quelques semaines. Et au niveau mondial, elles seront pleines dès la fin du mois de mai, selon les estimations de Dave Ernsberger, responsable mondial des prix des matières premières chez S&P Global Platts. La crise frappera alors encore plus durement le marché du pétrole.

Une réunion de l’OPEP+ est prévue le 10 juin pour faire le point sur l’état du marché. L’accord que le cartel a conclu au début du mois n’est valable que pour mai et juin. Il faudra donc commencer de nouvelles négociations pour les mois suivants. L’Arabie saoudite s’est déjà dit prête à réduire à nouveau sa production.

Pour Christian Malek, le pays va toutefois se retrouver coincé entre deux choix: soit se démener pour trouver un accord, quitte à y perdre quelques plumes, mais en conservant une bonne entente avec le président américain Donald Trump, soit négocier dans les limites de ce qui l’arrange sans prendre en compte la politique. L’expert pense que ‘l’Arabie saoudite cherchera à négocier, et si cela ne fonctionne pas, et que Trump n’est pas réélu, elle gagnera du côté du pétrole’.