L’accord commercial annonce une trêve entre USA et Chine… mais des taxes persistent

EPA-EFE/MICHAEL REYNOLDS

La phase 1 du fameux accord commercial entre les États-Unis et la Chine doit être signé cet après-midi. Si beaucoup se réjouissent de cette accalmie dans la guerre commerciale, tout n’est pas encore réglé.

Il ne faudrait pas enterrer la hache de guerre trop vite entre les ennemis commerciaux que sont les États-Unis et la Chine. Ce mercredi, l’accord commercial de phase 1 doit effectivement être signé entre les deux puissances mondiales. Il mettra ‘fin’ à 18 mois d’un conflit qui a touché des biens pour plusieurs centaines de milliards, fait chuter les marchés et ralenti la croissance mondiale. Il s’agit donc bien d’une avancée historique… Mais tout est encore loin d’être rose guimauve entre les deux nations.

200 milliards de dollars de produits américains

Commençons par la ‘pièce maitresse’ de cet accord, celle qui fait frémir d’excitation Donald Trump: la promesse de la Chine d’acheter pour 200 milliards de dollars supplémentaires de produits américains sur deux ans. Cette mesure astronomique a pour but de réduire le déficit commercial bilatéral des États-Unis qui a culminé à… 420 milliards de dollars en 2018, révèle l’agence Reuters. Un ‘grand et beau monstre’ comme l’appelle le président américain, qui voit en cet accord sa meilleure carte pour les prochaines élections en novembre 2020.

Selon Reuters, la Chine achètera ainsi pour 80 milliards de dollars supplémentaires de produits manufacturés américains au cours de cette période de deux ans, notamment des avions, des voitures, des pièces automobiles, des machines agricoles et des appareils médicaux.

Les produits agricoles ciblés par Trump

Les achats en énergie de Pékin augmenteront d’environ 50 milliards de dollars et ceux de services de 35 milliards. Mais ce sont bien les achats de produits agricoles qui gagnent toute l’attention de Donald Trump, accrus de 32 milliards. ‘Nos agriculteurs vont saisir [cette opportunité]. Je n’arrête pas de dire: ‘Allez acheter de plus gros tracteurs, allez acheter de plus gros tracteurs’, a-t-il déclaré.

Et il a de quoi se réjouir: si on ajoute à ces chiffres colossaux les 24 milliards de dollars d’exportations agricoles de 2017, son objectif de 40 à 50 milliards de dollars de ventes agricoles annuelles à la Chine se concrétise avec cette augmentation annuelle de 16 milliards de dollars.

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Quant à la Chine, elle a pu voir avec intérêt les droits de douane américains disparaître sur ses téléphones, jouets et ordinateurs, tandis que d’autres produits chinois d’une valeur de 120 milliards de dollars ont vu ces taxes à l’importation diminuer de moitié à 7,5 %, tels que les télévisions à écran plat, les casques Bluetooth ou encore les chaussures.

Des taxes de 25 % toujours présentes

Certains analystes mettent cependant en doute ces chiffres optimistes, contestant la capacité de la Chine à détourner vers les États-Unis les importations d’autres partenaires commerciaux. ‘Je trouve qu’un changement radical des dépenses chinoises est peu probable. J’ai peu d’espoir que les objectifs fixés soient atteints’, a déclaré Jim Paulsen, stratège en chef des investissements au Leuthold Group.

Mais au-delà de ces déclarations qui doivent avoir l’air de rabat-joies pour le président américain, ce sont bien les tarifs douaniers toujours présents qui posent question. Des droits de douane à hauteur de 25 % demeurent malgré cet accord et visent un large éventail de biens industriels chinois et de composants utilisés par les fabricants américains. Tout cela pour une valeur de 250 milliards de dollars, dépassant donc cette fameuse promesse chinoise…

Ces tarifs douaniers ont par ailleurs touché sévèrement la compétitivité des fabricants américains: le producteur de moteurs diesel Cummins Inc a ainsi déclaré mardi que l’accord lui fera encore payer 150 millions de dollars de droits de douane pour les moteurs et les pièces moulées qu’il produit en Chine.

La cybersécurité ignorée

Et puis, cet accord ne répond pas encore aux plaintes américaines quant aux pratiques commerciales et à la propriété intellectuelle de la Chine. Aucune mesure ne freinera les subventions débridées aux entreprises d’État, critiquées pour les capacités excédentaires dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium qui menacent les industries de l’aéronautique et des semi-conducteurs, selon l’administration américaine.

Sont encore ignorées les restrictions au commerce numérique et la fameuse réglementation chinoise en matière de cybersécurité, lesquelles ont endigué les activités des entreprises tech américaines en Chine. Peut-être pour la phase 2 des négociations?

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