La Super League: le capitalisme at work

(Foto by Christian Liewig/ABACAPRESS.COM)

‘Le monde du football est un cruel fossé financier. Là où les voleurs et les proxénètes règnent et où les gens bien meurent comme des bêtes.’ – Anonyme.

Depuis plusieurs années, des voix se font entendre parmi les meilleurs clubs européens pour lancer une nouvelle compétition. Uniquement accessible aux équipes du genre FC Barcelone, de Manchester City et de la Juventus Turin. Sans système de rétrogradation ou de promotion et comparable aux machines à sous américaines que sont la NBA et la NFL.

Dimanche soir, cette compétition est soudainement devenue une réalité, lorsque le New York Times a annoncé la naissance de la Super League. 20 des meilleures équipes européennes joueraient dans leur propre compétition fermée.

‘Juste pour l’argent’

Cette initiative est loin d’avoir été accueillie chaleureusement. ‘The Great Game Robbery’ était le titre du tabloïd britannique The Sun. Les clubs participants à la Super League sont également mis au pilori par toute une série d’autres médias. Ils sont accusés de faire cela ‘juste pour l’argent’.

Comme si l’argent était un facteur marginal jusqu’à aujourd’hui. Surtout dans un sport où les meilleurs joueurs gagnent jusqu’à 1 million de d’euros par semaine et où des agents de type mafieux gagnent plus qu’un CEO d’une entreprise employant plus de 25.000 personnes.

De plus en plus de clubs sont passés entre les mains de gros fonds d’investissement ou de milliardaires ces dernières années. Cela a conduit à améliorer la visibilité et le divertissement du ‘beau jeu’, avec la Ligue des Champions en point d’orgue.

Une autre étape du système nommé capitalisme

La création d’une Super League n’est donc guère plus que la prochaine étape du système appelé capitalisme. Un système économique basé sur l’investissement d’argent dans l’espoir de réaliser un profit. (Comme pour les GAFAM, le gagnant emporte toute la mise) Tout comme les banques centrales, avec leur production de monnaies ininterrompue, ont veillé à ce que 93% des richesses soient gardés par 1% de la population, les fonds d’investissement et autres mécènes ont veillé à ce qu’une élite d’1% se forme parmi les clubs de football. La raison pour laquelle les meilleurs joueurs belges ne jouent pas dans des clubs belges ne vient pas d’un manque de patriotisme. Mais aucun club belge – en raison d’un niveau plus faible et de salaires peu élevés – ne peut se mesurer à ce 1%.

Joan Laporta (FC Barcelone): ‘Une question d’argent’.

Dans une interview accordée à la radio espagnole Cadena Cope, Joan Laporta, président du FC Barcelone (participant à la Super League) admet franchement que la Super League est ‘une question d’argent’. ‘La Super League européenne n’est pas une attaque contre le football’, a déclaré Laporta. ‘C’est juste une question d’argent.’

Pourtant, tout n’est pas perdu. Le Catalan a ajouté que tout ne devrait pas être une question d’argent. ‘Nous devons réfléchir à ce qu’est le football, à ce qu’il signifie, à l’essence de ce beau sport qui fait rêver.’

Les supporters n’aiment pas voir le football comme ‘un produit’ et leur club comme ‘une entreprise’. L’annulation de l’introduction en Bourse du Club de Bruges en est le meilleur exemple. Le mécanisme de redistribution, par lequel les clubs les plus modestes se partageaient les revenus télévisés de la Ligue des champions, est désormais également remis en question. La solidarité n’est plus dans le dictionnaire des clubs de Super League. (Comme si les GAFAM se souciaient du bien-être de leurs petits concurrents.)

JP Morgan Chase s’implique

Pourtant, les fans de football ne doivent pas désespérer. Les 20 clubs les plus riches d’Europe ont perdu 2 milliards de dollars lors de la pandémie. La chance que la Super League ne soit qu’une construction pour faire pression sur l’UEFA et l’obliger à leur transférer plus d’argent via la Ligue des champions est réelle. À défaut, ils peuvent se rabattre sur JP Morgan Chase. La plus grande banque américaine s’est engagée à accorder à la Super League un prêt annuel de 4 milliards de dollars à 2% d’intérêts, remboursable sur 23 ans et avec les revenus des droits de télévision en garantie.

Le temps des ‘gens bien, qui aimaient le football juste pour le sport’ est révolu depuis longtemps

Au début des années 1980, la Fédération anglaise de football a abandonné la règle interdisant aux propriétaires de clubs de tirer un avantage financier de leurs investissements. Cette règle permettait que les clubs soient dirigés par ‘des gens bien, qui aimaient le football juste pour le sport’. Puis le capitalisme a fait son apparition.

Cela n’a pas empêché le football de jouer un rôle social important. La FIFA et l’UEFA en particulier – deux institutions en proie à la corruption ces dernières années et qui considèrent la Super League comme ‘une proposition outrageusement égoïste’ – ont fait du football ce qu’il est aujourd’hui : ‘Un fossé cruel où les voleurs et les proxénètes règnent et les gens bien meurent comme des bêtes’.

Quoi qu’il en soit, la Super League, qu’elle soit actée ou pas, va révolutionner le football. L’avenir dira à quoi il ressemblera. Bien que les révolutionnaires doivent faire attention que leur révolution ne dévore pas leurs propres enfants: les supporters.

Mise à jour: le projet est mort pas ses enjeux

Pour la Super League, telle qu’annoncée, le bateau tangue déjà. Manchester City et Chelsea ont fait part de leur intention de se retirer, ce qui a été suivi par tous les clubs anglais. Une première victoire pour les fans, mais aussi les joueurs et coachs qui se sont exprimés contre cette compétition élitiste. La Super League est officiellement suspendue, mais les enjeux financiers et la lutte de pouvoir avec l’UEFA ne sont certainement pas enterrés.

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