Cataclysme dans le football européen: la future Super League en 11 questions

Sven Hoppe/Picture Alliance/ISOPIX

Douze grands clubs européens ont lancé leur projet de créer une nouvelle ligue de football sous leur propre direction, sans l’approbation des organisations existantes comme la Ligue des champions ou l’UEFA. La rupture pourrait redessiner de façon spectaculaire l’ensemble du paysage footballistique.

Quels sont les clubs concernés?

Un accord a été conclu entre douze clubs de trois pays pour créer la Super League. Il concerne les meilleurs clubs d’Angleterre, d’Espagne et d’Italie.

  • Angleterre: Manchester United, Manchester City, Liverpool, Tottenham, Arsenal, Chelsea.
  • Italie: Juventus, AC Milan, Inter Milan
  • Espagne: Real Madrid, Barcelone, Atlético Madrid

D’autres clubs vont-ils adhérer?

Oui, affirment les clubs qui ont lancé l’initiative. L’ambition est d’atteindre un noyau dur de 15 clubs fondateurs. En outre, il y aura un ‘processus d’admission’ annuel pour 5 clubs supplémentaires, ce qui portera le total à 20 participants. Ce qui est frappant, c’est que les grands clubs allemands sont absents du projet, tandis que le PSG (France) n’a pas (encore) apposé sa signature.

Quel est l’objectif?

Les grands clubs entendent gagner plus d’argent avec leur propre championnat qu’avec les compétitions européennes déjà existantes. Il y aura donc une société distincte qui gérera les droits médiatiques et dans laquelle les clubs fondateurs prendront une part égale. Ils investissent chacun 2 millions d’euros, qui pourront être portés à 8 millions d’euros. Mais l’accord leur rapportera rapidement gros puisqu’il prévoit également un paiement total de 3,5 milliards d’euros, réparti à parts égales entre les clubs fondateurs, une fois les droits médiatiques vendus. Selon les plans, le paiement sera accéléré grâce à des prêteurs internationaux. ‘Pour faire face aux conséquences de la pandémie de Covid-19’, affirment les porteurs du projet.

Quel sera le format de la compétition?

Il est prévu de jouer d’abord une mini-compétition en deux poules de 10 clubs, à partir du mois d’août. Cette phase sera suivie d’un système plus traditionnel à élimination directe. Les trois premiers de chaque groupe seront directement qualifiés pour les quarts de finale. Les numéros quatre et cinq des poules disputeront un match de barrage pour les deux places restantes. L’objectif est clair: il s’agit de garantir le plus grand nombre de matches possibles entre les meilleurs clubs et de récolter ainsi un maximum d’argent en droits télé. La finale aura lieu à la fin du mois de mai sur terrain neutre.

L’initiative est-elle une surprise?

Non. Au cours des derniers mois, les rumeurs concernant un éventuel lancement ont été de plus en plus intenses. Selon les initiés, ce ne sont pas les dirigeants des clubs qui poussent pour le projet, mais bien les propriétaires. Dans de nombreux cas, il s’agit d’investisseurs non européens, originaires des États-Unis ou du Moyen-Orient, qui pensent de manière globale et veulent augmenter le rendement de leur investissement.

Les meilleurs clubs continueront-ils à jouer dans leurs propres championnats nationaux?

Oui, assure la nouvelle Super League. Tous les matchs seront joués en milieu de semaine, comme les rencontres européennes le sont aujourd’hui. La Juventus se montre plus prudente dans sa propre annonce. ‘Les clubs fondateurs continueront à jouer dans leur championnat d’origine jusqu’au lancement effectif de la Super League. La Juventus est prête à participer aux compétitions européennes pour lesquelles elle s’est qualifiée’, a déclaré le club turinois. En Angleterre en particulier, la question est très sensible. Pour de nombreux fans de football anglais, le fait que des clubs traditionnels comme Manchester United ou Liverpool puissent éventuellement troquer la Premier League, qui connaît un grand succès populaire, pour une compétition européenne encore plus lucrative, équivaudrait à une trahison.

Et la Ligue des champions?

Le lancement de la Super League remet complètement en question la Ligue des champions, l’actuelle compétition européenne reine organisée par l’UEFA. Trois des quatre demi-finalistes de l’actuelle C1 participent au projet de Super League: le Real Madrid, Chelsea et Manchester City. L’UEFA avaient l’intention d’annoncer aujourd’hui même une réforme complète de la Ligue des champions.

Comment l’UEFA réagit-elle?

Les clubs fondateurs de la Super League disent vouloir mettre en œuvre leur projet ‘en accord avec la FIFA et l’UEFA’. Mais il est clair depuis des mois que les fédérations de football sont farouchement opposées à ce projet alternatif. Son lancement devrait donc être considéré comme une déclaration de guerre. Dans une réaction commune, les associations nationales de football concernées et les fédérations internationales FIFA et UEFA parlent d’un ‘projet cynique, basé sur l’intérêt personnel de quelques clubs, à un moment où la société a plus que jamais besoin de solidarité’. L’association européenne remercie également explicitement les grands clubs allemands et français de ne pas avoir participé au lancement de la Super League.

Et si on en arrive à une rupture brutale?

Il est d’ores et déjà acquis que les relations vont devenir extrêmement difficiles. La nouvelle société qui chapeaute la Super League entend reprendre immédiatement les droits médiatiques des clubs participants. L’UEFA a fait savoir qu’elle utiliserait ‘toutes les mesures sportives et juridiques disponibles’ pour empêcher la création de la nouvelle ligue fermée. L’association européenne compte interdire les clubs participant à la Super League de participer à ses propres compétitions, confirmant ainsi une menace antérieure. Les conséquences d’une telle interdiction sont incalculables: les clubs en question ne pourraient plus participer au football européen, ainsi qu’à leurs propres compétitions nationales, et leurs joueurs pourraient ne plus être autorisés à jouer pour leurs équipes nationales respectives. Pas de Kevin De Bruyne (Manchester City), Thibaut Courtois et Eden Hazard (Real Madrid) ou Romelu Lukaku (Inter Milan) pour les Diables Rouges, donc.

Quid des autres clubs européens?

Selon les critiques, la Super League fermée va entraîner la fin de la solidarité financière entre l’élite européenne et les autres clubs du continent, y compris les tops clubs des petits championnats comme le Club de Bruges ou l’Ajax Amsterdam, ce qui aura des répercussions en cascade sur toutes les divisions inférieures du football.

Cependant, la Super League promet un nouveau mécanisme de solidarité. ‘Le nouveau tournoi annuel permettra d’améliorer considérablement la croissance financière, en augmentant les contributions de solidarité en fonction des revenus générés par la nouvelle compétition européenne’, indique l’organisation sur son site web lancé dans la foulée.

Quand la Super League commencera-t-elle?

Les clubs concernés cherchent à obtenir ‘le délai le plus court possible’, mais aucune date de lancement n’est encore indiquée. La Juventus prévient ses investisseurs que le succès d’un tel lancement n’est pas garanti.

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