La Russie veut vacciner 1 personne sur 10 dans le monde… dès cette année: où en est vraiment Spoutnik V?

Le président russe Vladimir Poutine en discussion avec le patron du RDIF Kirill Dmitriev. (Isopix)

Profitant de l’engouement grandissant pour son vaccin, la Russie a réaffirmé ses ambitions. Elle veut vacciner 1 personne sur 10 dans le monde. Ses ambitions sont-elles réalistes ou sombre-t-elle dans la folie des grandeurs? Pour l’instant, elle semble plus proche de la seconde option.

Ce mercredi, Kirill Dmitriev, directeur du Fonds russe d’investissement direct (RDIF) – un fonds d’État qui soutient largement Spoutnik V – a clamé haut et fort les ambitions russes. ‘Nous avons la capacité de fournir le vaccin à 700 millions de personnes en dehors de la Russie cette année’, a-t-il affirmé, cité par le média américain Bloomberg.

Autrement dit, la Russie ambitionne qu’une personne sur dix dans le monde reçoive son vaccin.

50 feux verts

La Russie peut s’énorgueillir du fait que son vaccin semble de plus en plus accepté, un peu partout dans le monde. Dans le top 20 des pays les plus peuplés de la planète, le Pakistan, le Mexique, l’Egypte, la République démocratique du Congo et l’Iran ont déjà approuvé Spoutnik V. La Russie est même déjà arrivée à implanter son vaccin en Europe, où deux pays de l’UE (la Hongrie et la Slovaquie) l’ont également autorisé. L’Agence européenne des médicaments (EMA) est en train d’analyser la demande d’autorisation d’urgence introduite par le RDIF.

Au total, les autorités sanitaires de 50 pays ont donné leur feu vert à Spoutnik V, avec la Namibie comme dernière convaincue. Une trentaine de ces pays inoculent déjà le vaccin russe à leur population. Avec 2,5 millions de doses envoyées en Argentine, la nation sud-américaine est, de loin, le pays à en avoir reçu le plus. Suivent l’Iran (500.000), le Mexique (400.000) et la Serbie (240.000).

Le RDIF indique avoir obtenu des accords avec 10 pays étrangers pour qu’ils produisent eux aussi Spoutnik V. ‘Les plus gros producteurs seront l’Inde, la Chine et la Corée du Sud’, souligne Dmitriev. La Russie a également passé un deal avec l’Italie cette semaine, tandis que des discussions sont en cours avec la France et l’Allemagne.

Mais la Russie est encore loin du compte

A priori, toutes ces informations ont de quoi impressionner. Toutefois, il convient de les remettre en perspective. La Russie et le RDIF sont en réalité en retard sur leurs prévisions. Les pays étrangers, notamment, produisent bien moins de doses de Spoutnik V qu’espéré. Même si Dmitriev assure que les taux de production hors-Russie sont ‘substantiels’.

La Russie n’est pas ultra-transparente sur les chiffres. A priori, elle aurait produit elle-même 26 millions de doses, dont à peine 4 millions auraient été exportées. A titre de comparaison, le vaccin conçu par Pfizer et BioNTech a déjà été administré à… 95 millions de personnes dans le monde. Le vaccin américano-allemand (64) est utilisé dans deux fois plus de pays que Spoutnik V (30).

Si l’on a tendance à pointer du doigt les retards de livraison des firmes occidentales (Pfizer, Moderna, AstraZeneca), la Russie n’est pas en reste. Chez elle aussi, il y a eu des pénuries dans les usines, alors que la demande est somme toute moins élevée.

Enfin, si la Russie ambitionne de vacciner 1 personne sur 10 hors de chez elle, elle doit également se pencher sur sa propre population. D’après Bloomberg, pour 100 Russes, 5,1 doses leur ont été inoculées jusqu’à présent. Un taux bien mièvre en comparaison avec le Royaume-Uni (37) ou les États-Unis (30). L’Union européenne, dont la campagne vaccinale est vilipendée de toute part, fait tout de même deux fois mieux que la Russie: 10,2.

Dmitriev a assuré que son pays allait faire exploser les compteurs dans les prochains mois, avançant que 40 à 50 millions de Russes seraient vaccinés d’ici fin juin. Il n’a toutefois pas expliqué comment son pays comptait faire pour accélérer la production et susciter une meilleure adhésion de la population. Car là aussi, le scepticisme vaccinal est important.

En conclusion, la Russie semble assez loin de ses dévorants objectifs. Il lui reste énormément de chemin à parcourir si elle souhaite réellement vacciner 700 millions d’étrangers rien qu’en 2021. Mais il ne faut jamais dire jamais. Il y a encore quelques mois, côté occidental, très peu de personnes auraient cru possible que des membres de l’UE se tournent vers Moscou pour palier aux difficultés européennes.