« La Russie espère que les réfugiés ukrainiens vont déstabiliser l’Union européenne »

Les informations qui nous remontent d’Ukraine confirment chaque jour la terrible vérité : c’est une guerre âpre, à supposer qu’il en ait pu être autrement, et nombreux sont les civils piégés dans les combats. Selon les Ukrainiens, ceux-ci seraient d’ailleurs de plus en plus ciblés délibérément par les troupes russes, qui espèrent peut-être faire ainsi pression sur les défenseurs des villes, comme dans la Marioupol assiégée dont le contrôle est encore contesté. Et c’est sans parler des civils ukrainiens vivant dans les zones occupées, qui manifestent régulièrement contre l’armée russe, au risque de voir la répression s’abattre sur eux.

Selon Roman Rukomeda, un analyste politique ukrainien, les Russes, confrontés à l’enlisement de leur progression militaire, auraient opté pour la terreur afin de pousser autant de réfugiés ukrainiens que possible vers l’Union européenne.

La plus grande crise migratoire du siècle

« L’agression russe contre l’Ukraine a déjà provoqué la plus grande crise migratoire du XXIe siècle en Europe » rappelle-t-il dans une opinion publiée par Euractiv. « Selon les informations de l’ONU, plus de quatre millions d’Ukrainiens ont quitté leur pays et se sont réfugiés dans les pays de l’UE. Près de la moitié de ces personnes se trouvent actuellement en Pologne. Environ huit millions d’Ukrainiens ont dû quitter leur foyer et devenir des réfugiés internes au pays. […] Les pays de l’Union européenne et de l’OTAN devraient comprendre que le problème des réfugiés fait partie de la stratégie russe. Les millions d’Ukrainiens qui quittent leur patrie n’affaiblissent pas seulement leur pays mais créent également une pression supplémentaire dans les pays européens. L’objectif de la Russie est de faire pression sur l’UE en utilisant les réfugiés ukrainiens, créant ainsi des problèmes supplémentaires dans les économies et les sociétés. »

Après les « attaques hybrides », la guerre

Une stratégie qui rappellerait les « attaques hybrides » menées à plusieurs reprises contre le flanc est de l’Union européenne : en novembre dernier, plusieurs milliers de migrants venus majoritairement du Moyen-Orient se sont pressés à la frontière orientale de la Pologne, après d’autres alertes similaires dans les républiques baltes. Selon toute vraisemblance, ceux-ci avaient été poussés par les autorités biélorusses – avec l’aval probable de Moscou – dans le seul but de déstabiliser l’UE en général et les pays touchés en particulier avec une nouvelle vague migratoire. La Finlande d’ailleurs estimait avoir servi de première cible et craignait aussi une nouvelle attaque de ce genre.

Selon Roman Rukomeda, les Russes n’hésiteraient pas à utiliser des armes particulièrement dangereuses dans des zones densément peuplées. On pense aux tirs de missiles et aux barrages d’artillerie bien sûr, mais l’analyste met en avant des matériels bien plus controversés encore, comme des mines antipersonnel POM-3 Medallion, qui peuvent être parachutées.

Des armes proscrites par la Convention d’Ottawa

« Ces mines utilisent des capteurs sismiques qui distinguent la marche humaine » rappelle M. Rukomeda. « Une fois que le signal du capteur est déclenché, l’ogive s’envole de la mine à une distance de 1 à 1,5 mètre et explose. Les explosifs et les plaques de métal qui s’échappent de l’ogive peuvent tuer des personnes dans un rayon de 16 mètres et, au mieux, causer des blessures graves. Human Rights Watch souligne que ces mines sont interdites par la Convention internationale d’Ottawa de 1997, signée par 169 pays. La Russie n’a pas signé cette convention. De cette manière et à d’autres égards, la Russie agit comme l’État terroriste le plus important et le plus dangereux en Europe et dans le monde. »

Selon l’analyste, le déploiement de ce genre d’arme ne peut correspondre qu’à des fins de pure terreur afin de faire craquer le moral des Ukrainiens, mais aussi de les pousser massivement vers l’ouest. Et pour lui, la seule manière d’atténuer cette nouvelle crise des réfugiés est d’offrir à l’Ukraine plus de moyens pour résister à l’invasion russe.

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