Vers une première victoire russe à Marioupol ? Les Ukrainiens rejettent les appels à la reddition de la ville assiégée

Les Russes ont posé un ultimatum aux défenseurs de Marioupol, tout en faisant miroiter l’ouverture de couloirs humanitaires. Le gouvernement ukrainien l’a rejeté, appelant à continuer la résistance tout en pointant la responsabilité de Moscou dans la terrible crise humanitaire que vit la population de la ville assiégée.

La situation humanitaire est véritablement catastrophique dans la cité côtière du sud-est de l’Ukraine, qui abritait 431.000 habitants avant la guerre. Dans leur grande majorité, ils se retrouvent coincés sous les tirs indiscriminés de l’artillerie russe, alors que les vivres et l’eau potable se font rares et que les hôpitaux peinent à prendre en charge tous les blessés, comme l’a révélé un terrible compte-rendu des quelques journalistes d’Associated Press encore présents sur place. Ceux qui tentent de fuir la ville assiégée prennent de grands risques de se faire tirer dessus, tandis que les troupes russes investissement progressivement la cité, ou plutôt ce qu’il en reste.

Ultimatum russe

Ce dimanche durant la nuit, les Russes ont posé leur ultimatum. « Déposez vos armes », a ordonné le colonel-général Mikhaïl Mizintsev, directeur du centre de gestion de la défense nationale russe. « Une terrible catastrophe humanitaire s’est développée. Tous ceux qui déposent leurs armes sont assurés de pouvoir quitter Marioupol en toute sécurité ». Mizintsev a ajouté que les responsables locaux seraient confrontés à un « tribunal militaire » s’ils n’acceptaient pas les conditions de reddition, selon The Guardian. L’officier a ajouté qu’en cas de reddition, des couloirs humanitaires seraient ouverts à l’est et à l’ouest de la ville à 10h, heure du Moscou (7h GMT).

La vice-première ministre ukrainienne, Iryna Vereshchuk, a déclaré que les troupes ukrainiennes ne se rendraient pas: « Il ne peut être question d’une quelconque reddition, d’un dépôt d’armes. Nous en avons déjà informé la partie russe », a-t-elle déclaré, selon le site d’information en ligne Ukrainska Pravda. « Au lieu de perdre du temps avec huit pages de lettres, ouvrez simplement un corridor humanitaire. »

Méfiance des Ukrainiens

Les Ukrainiens se méfient d’ailleurs doublement de ce genre d’offre de la part des Russes : Le Kremlin ne propose en général que des couloirs menant vers le territoire russe ou des zones fermement occupées, et le conseil municipal de Marioupol a affirmé que plusieurs milliers de résidents ont été « déportés » vers la Russie au cours de la semaine dernière. En outre, le vocabulaire employé pour qualifier les combattants ukrainiens – des « bandits », des néo-nazis » – laisse craindre que leur ennemi ne leur garantisse pas un statut de prisonnier de guerre. Du côté russe, les images de citoyens de Marioupol évacués vers Donetsk se multiplient, comme pour rassurer la population sur leurs intentions, tout en renforçant leur narratif d’une population ukrainienne otage d’extrémistes.

Marioupol est-elle sur le point de tomber ? La ville assiégée semble en tout cas être l’endroit où les Russes sont les plus à même de remporter une victoire et d’occuper un grand centre de population ou du moins ce qu’il en reste. Mais la détermination ukrainienne – et la présence de toute une population civile – rend toute prédiction hasardeuse. Excepté une seule : le bilan humain risque bien encore de s’alourdir.

Une première mais couteuse victoire ?

Lorsqu’on lui a demandé, durant l’émission « Face the Nation » de CBS, si la Russie était sur le point de s’emparer de la ville, le secrétaire américain de la Défense Lloyd Austin a répondu que c’était « difficile à dire », signale le Washington Post. « Nous avons vu des efforts significatifs de leur part pour s’attaquer à cette ville, à Kiev et à d’autres villes », a déclaré Austin. « Ils veulent vraiment commencer à contrôler les centres de population, mais ils ne l’ont pas encore pris ».

La prise de Marioupol permettrait à Poutine de créer un pont terrestre reliant la péninsule de Crimée, que la Russie a saisie à l’Ukraine et annexée en 2014, au reste de la Russie. En outre, la fin de ce siège libèrerait des forces russes, qui pourraient ainsi – après regroupement et reconstitution des effectifs – se tourner vers d’autres objectifs, probablement d’autres villes comme Kiev ou Kharkiv, voire Melitopol puis Odessa et faire ainsi pencher la balance des forces.

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