La grève de la faim est terminée, « mais il n’y a que des perdants » : la Vivaldi aspire à une trêve estivale

La crise gouvernementale autour des grévistes de la faim est terminée. Après une nouvelle médiation entre le cabinet du Secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration Sammy Mahdi (CD&V) et les grévistes – et aussi une pression ferme du bourgmestre de Bruxelles Philippe Close (PS), qui a clairement fait savoir qu’il interviendrait pour éviter le pire – les sans-papiers ont décidé de mettre fin à leur grève de la faim. Tous les partenaires gouvernementaux peuvent pousser un soupir de soulagement. Mais un arrière-goût amer demeure : le PS et Ecolo ont tous deux refusé de remercier Mahdi. La Vivaldi en sort affaiblie.

Dans l’actualité : L’église du Béguinage de Bruxelles se vide, les grévistes se rendent en « zone neutre » et mettent fin à leur grève de la faim.

Les détails : Les contusions subies par la Vivaldi ne sont pas négligeables dans cette affaire.

  • « Heureux que les sans papiers annoncent l’interruption de la grève de la faim et l’ouverture d’un dialogue avec les autorités. Merci à Pierre-Yves Dermagne d’avoir défendu avec fermeté ce point au gouvernement et à Philippe Close d’avoir apporté le soutien décisif de la Ville de Bruxelles. »
  • Ce n’est pas un hasard si le président du PS Paul Magnette, chef du plus grand parti au pouvoir, a remercié son propre vice-premier ministre Dermagne, qui a mis lundi le couteau sous la gorge de tout l’équipage Vivaldi : le vice-premier ministre a menacé de démissionner « si un seul gréviste de la faim venait à mourir ».
  • Magnette a également mentionné Close, le bourgmestre PS de Bruxelles. C’est finalement l’homme fort de Bruxelles qui s’est adressé aux grévistes a fait savoir sans détour qu’il interviendrait, sur la base de son autorité de bourgmestre, si la grève de la faim se prolongeait.
  • Pas un mot de remerciement et encore moins de réconciliation envers Mahdi, aujourd’hui presque vilipendé dans les milieux progressistes de Belgique francophone.
  • Il en a été de même pour le co-président d’Ecolo, Jean-Marc Nollet. « Soulagement. Merci à toutes les personnes qui, de part et d’autre, dans la lumière ou dans l’ombre, ont permis à la situation des grévistes de la faim de se décanter. Pas besoin de les citer ni de les taguer, elles se reconnaîtront », a tweeté Nollet.
  • Et de son côté, Mahdi, au centre d’une crise depuis des semaines, a répété sa ligne de conduite :
    • « Rien que des perdants aujourd’hui, mais je suis reconnaissant que les gens aient arrêté leur grève de la faim. » 
    • « Il est bon qu’avec la société civile, nous ayons pu convaincre les gens que la régularisation collective n’est pas une solution, mais que les procédures existantes sont correctes et humaines et le resteront. »
    • « Par conséquent, nous continuerons à informer les personnes se trouvant dans la zone neutre des procédures existantes. »

Que s’est-il passé exactement, qu’est-ce qui a mis fin à la grève ? Dès lundi, le PS a dû régler le problème, avant même Mahdi.

  • Au cours du week-end, le PS, Ecolo et Groen ont encore insisté sur la question des sans-papiers et demandé au Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) de retirer Mahdi du dossier.
  • Lundi, cette pression a atteint un point d’ébullition, puisque le vice-premier ministre Dermagne – suivi du vice-premier ministre Georges Gilkinet (Ecolo) – a menacé de démission groupée, « s’il y avait des morts ».
  • Ces menaces ont fait l’objet d’une fuite et sont revenues hanter le PS et Ecolo : voulaient-ils vraiment faire tomber le gouvernement pour cette affaire ? Dès le lendemain, Magnette et Nollet ont dû tempérer : le président du PS a déclaré « qu’il n’y avait pas de crise gouvernementale ».
  • Dans le même temps, Mahdi s’était déjà employé à installer une « zone neutre », où les militants pouvaient se rendre avec leur dossier, et lundi, il a envoyé un nouveau « médiateur », qu’il a désigné pour entamer des négociations. Le communiqué de presse du CD&V a été utilisé par le PS et Ecolo pour faire comprendre aux grévistes de la faim que c’en était assez.
  • Le bourgmestre de Bruxelles, Close, est venu transmettre ce message lui-même mardi, dans son style direct bien connu. La Ville de Bruxelles a offert une assistance juridique et un soutien psychosocial aux grévistes de la faim, mais dans le même temps, Close a fait savoir qu’il interviendrait en tant que bourgmestre si la situation continuait à s’éterniser.
  • Sans plus de soutien du PS, la venue du médiateur et l’offre du cabinet de Mahdi de discuter et de venir dans la zone neutre, les grévistes de la faim de l’église du Béguinage à Bruxelles ont décidé hier d’arrêter. A la VUB et à l’ULB, la fin a été plus difficile, mais là aussi, la situation s’est désamorcée.

Qu’ont obtenu les grévistes finalement ? Il y a eu une certaine confusion à ce sujet.

  • Les grévistes de la faim obtiendront-ils ce qu’ils voulaient, des papiers ? Cela dépend de la source. Car ce que le PS, Ecolo et Groen réclament depuis des semaines – que le Secrétaire d’État fasse usage de son pouvoir pour accorder à une grande partie des 470 militants un permis de séjour pour des raisons humanitaires ou médicales – semblait être en train de se produire.
  • Certainement parce que ce matin, sur Radio 1, Médecins du Monde, l’ONG qui a accompagné les grévistes de la faim, a décrit l' »accord » entre le gouvernement et les grévistes de la faim comme suit : « Ils ont reçu l’assurance que leurs dossiers seront traités dans de bonnes conditions », a déclaré Michel Genet.
  • Ces dernières semaines, l’organisation a été sévèrement critiquée par des politiciens pour sa position particulièrement dure, son « programme militant de gauche » et pour avoir protégé les grévistes des autres travailleurs sociaux. Dans une réaction à l’un de nos articles, les porte-parole ont fermement démenti ces propos : « Médecins du Monde n’a rien à voir avec le PTB ou d’autres partis politiques. Nous sommes indépendants et souhaitons le rester. »
  • Cette déclaration selon laquelle il y aurait un traitement des dossiers « dans de bonnes conditions » a été fermement réfutée par Mahdi lui-même un peu plus tard sur Radio 1.
  • « Non, je suis très formel : il n’y aura pas de nouvelles instructions, il n’y a pas de mesures temporaires. La seule promesse est de travailler très rapidement à une réponse à chaque dossier qui nous est soumis »: Mahdi a fermé la porte. « Ils peuvent dialoguer en zone neutre, là ils peuvent renforcer juridiquement leur dossier. »
  • Mahdi a également adopté une position ferme sur une autre option pour les régularisations groupées, par le biais de la nécessité médicale: “Dans l’analyse de recevabilité, vous avez un médecin qui prescrit un certificat médical indiquant que quelqu’un n’est pas en bonne santé. Le département de l’immigration est alors responsable de l’analyse de fond. Ils examinent si une personne peut recevoir un traitement dans son propre pays sur la base de son état de santé. »
  • Dans la pratique, les grévistes ne sont donc guère qualifiés : la plupart d’entre eux sont remis sur pied après une seule journée d’hospitalisation. « Il est possible que l’action entraîne une insuffisance rénale complexe chez quelques personnes », a déclaré M. Mahdi. « Mais nous n’allons pas dire à ces personnes qu’elles peuvent rester ici temporairement ».

L’essentiel : le bloc CD&V, Open Vld, MR et Vooruit du gouvernement est le faible « gagnant » de ce conflit.

  • Quiconque entend les paroles de Mahdi ne peut s’empêcher de constater que presque rien n’a changé depuis toutes ces semaines. Du côté de l’opposition, Theo Francken (N-VA) a posé des questions critiques sur ce qui avait été concédé exactement pour mettre fin à la grève, surtout après les déclarations de Médecins du Monde.
  • Mais la même ligne dure de Mahdi reste valable, encore ce matin. Ce n’est rien d’autre qu’une bouchée de pain, pour le PS, mais aussi pour Ecolo et Groen, qui ont fait pression pour une solution différente.
  • Seulement, leur ultime menace, celle de démissionner, s’est finalement retournée contre eux. Ironiquement, c’est un dirigeant du PS, le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close, qui a dû effectuer le forcing. Après tout, en cas de décès d’un gréviste, le PS avait beaucoup plus à perdre, à cause de ce poker menteur au sein du kern lundi.
  • Le CD&V peut sortir triomphalement de la crise : son golden boy n’a pas cédé. Dans le même temps, l’opposition de la N-VA et du Vlaams Belang suivra de très près ce qui se passera dans la pratique avec les grévistes. En tout cas, les deux partis sont très sceptiques quant à l' »accord » auquel les grévistes de la faim et Mahdi sont parvenus.
  • En tout état de cause, le commentaire de Mahdi selon lequel « il n’y a que des perdants » s’applique également à la coalition fédérale. Le fait que l’aile gauche de cette coalition ait été si énergique sur le sujet de la migration en dit long sur le manque d’empathie pour le contexte politique de l’autre côté de la frontière linguistique.
  • La position de Vooruit a été révélatrice et peut-être aussi, en fin de compte, déterminante dans le renversement de la situation : les socialistes flamands se sont résolument tenus à la ligne de l’accord de coalition et ont ouvertement soutenu Mahdi, aux côtés des libéraux et du CD&V. La conscience qu’il y avait « très peu à gagner » dans ce dossier était très présente au sommet du Vooruit. L’incompréhension du PS et l’attitude d’Ecolo étaient tout aussi grandes.
  • La migration reste un dossier très sensible avec une nette divergence entre le nord et le sud. Rappelons que le gouvernement Michel est tombé sur la même thématique.

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