Socialistes et écologistes se sont piégés: Paul Magnette au secours de la Vivaldi

C’est l’histoire d’un ultimatum qui devait rester confidentiel. Porter le poids d’une crise politique qui s’ajoute à la crise sanitaire et climatique, c’est tout sauf porteur politiquement, et Paul Magnette l’a bien compris. Il calme le jeu sur La Première.

« Si un sans-papier devait mourir, nos ministres et secrétaires d’État démissionneront ». Cette menace, proférée par le vice-premier ministre Pierre-Yves Dermagne (PS) au Premier ministre durant le Kern de dimanche, devait rester confidentielle rue de la Loi. Il s’agissait de mettre une pression supplémentaire sur les épaules du Premier ministre et de son secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi, pour empêcher que le sort de près de 500 grévistes de la faim en vue d’une régularisation ne tourne au drame. Une pression supplémentaire qu’a aussi exercée Ecolo.

Mais voilà, cette menace s’est retrouvée étalée dans la presse. Et cela a joué contre les socialistes francophones et les écologistes. En pleine crise sanitaire et climatique, ajouter une crise à la crise n’est pas bien vu et a d’ailleurs été perçu comme tel.

Certes, on ne meurt pas pour des papiers, tout le monde en conviendra. Mais conditionner une démission, et une chute de gouvernement, à la mort de sans-papiers, c’est aller un pas trop loin. Un « chantage » très peu goûtté, également au sein du tissu associatif qui encadre les sans-papiers en grève de la faim (et désormais de la soif) depuis fin mai à l’Église du Béguinage à Bruxelles et dans des locaux de l’ULB.

Quelle crise ?

Paul Magnette n’avait d’autre choix que de calmer le jeu ce matin sur les antennes de La Première: « Je ne pense pas que le gouvernement soit en crise (…). Il ne s’agit pas ici de créer une crise politique mais de venir avec des solutions comme on le fait depuis des semaines. J’ai moi-même pris contact avec notre Premier ministre pour faire bouger les choses. »

Le président des socialistes se réjouit de l’évolution de la situation ces dernières heures : « Enfin, hier, cela a commencé à bouger. Le médiateur va travailler avec les grévistes et les rectrices et recteurs des universités. »

Reste que le fond du dossier est loin d’être réglé. Deux courants idéologiques se percutent violemment : une régularisation – au moins provisoire – en attendant de réformer les critères individuels pas toujours très clairs pour l’obtention de papiers; contre l’application de la législation existante, en faisant du cas par cas.

Selon Paul Magnette, les partis flamands, surtout, ne veulent rien lâcher parce qu’ils sentent le souffle de l’extrême droite dans leur cou : « On fait semblant de créer un problème politique parce qu’en Flandre tout le monde est tétanisé par le Vlaams Belang alors qu’on peut utiliser les solutions existantes. » C’est aussi vrai pour le parti socialiste flamand (Vooruit) qui n’est pas du tout sur la même ligne que le PS dans ce dossier.

Les solutions

Les solutions, Jean-Marc Nollet, le co-président d’Ecolo, les a déjà énumérées ce samedi dans Le Soir. Elles ne passent pas forcément par une régularisation collective : une régularisation pour raison sanitaire (liée au Covid pas à la grève de la faim perçue comme du chantage pour la plupart des partenaires de la Vivaldi et une boîte de Pandore) ou une régularisation provisoire via un permis de travail afin de donner le temps d’analyser chaque dossier. PS et Ecolo veulent à terme revoir les critères d’admission.

Le secrétaire d’État a lui opté pour une 3e voie en dépêchant sur place un envoyé spécial qui doit orienter les sans-papiers vers les procédures qu’ils leur restent. Il n’est pour le moment pas question de modifier la loi.

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