La France veut des véhicules électriques en leasing pour les bas revenus et pour pas plus de 100 euros par mois, mais est-ce réalisable ?

La directive est encore floue, mais dans les grandes lignes, la France veut faire en sorte que les bas revenus aient accès à des voitures électriques, en leasing, pour 100 euros par mois. 100.000 véhicules seraient concernés par cette mesure, par an. Bien que le leasing existe déjà, l’offre est encore loin de ces chiffres-là, et l’augmenter ne se fera pas en un tour de main. Une telle électrification du parc mettrait également à mal l’approvisionnement en énergie, déjà sous tension à cause des réacteurs à l’arrêt.

Emmanuel Macron l’avait promis en tant que candidat à l’élection présidentielle, et maintenant le nouveau gouvernement travaille déjà sur la mesure : la France veut garantir l’accès des bas revenus à la voiture électrique. Le plan n’est pas encore clair, mais l’idée est de faire en sorte qu’un véhicule électrique soit accessible pour 100 euros par mois (et le reste pourrait être couvert par des aides publiques).

A côté d’autres primes à l’achat ou de mise à la casse (de voitures thermiques) existant déjà, et qui doivent stimuler les ventes de voitures électriques, cette aide-ci vise le leasing des véhicules électriques. En tant que candidat, Macron avait annoncé que la mesure sera réservée aux jeunes, aux professions sociales et médicales et au grand public, « sous conditions de ressources », rappelle BFM Business.

100.000 véhicules électriques seraient touchés par les mesures, tous les ans, et cela équivaudrait, la première année, à un coût de 50 millions d’euros par an, ou une enveloppe de 500 euros par voiture.

Mardi, le gouvernement, via la nouvelle ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a indiqué qu’un calendrier précis ne serait pas encore connu, mais « qu’il faudra un dispositif suffisamment robuste pour que les Français puissent en bénéficier tout de suite ». Il n’y a donc pas encore beaucoup plus d’informations que lors des discours de candidature de Macron. Il promettait encore à l’époque que le Trésor public prendrait en charge les premiers apports du contrat de leasing, souvent bien plus élevés que les mensualités, pour les personnes répondant à certains critères financiers.

Le leasing de voitures électriques aujourd’hui en France

La formule existe aujourd’hui déjà dans l’hexagone, mais serait encore peu répandue ; le principe consiste à louer une voiture neuve à des particuliers, pour la récupérer après quelques années, et puis la revendre (moyennant une pénalité si un certain nombre de kilomètres a été dépassé, ou si la voiture présente des dégâts). En Belgique, ce système est déjà plus répandu, notamment pour les voitures de société.

Selon les calculs de BFM, Nissan propose son véhicule électrique Leaf pour 99 euros par mois. Les clients peuvent le garder pendant trois ans et demi, et ne peuvent dépasser les 30.000 kilomètres. Avec une Dacia Spring, la voiture électrique la moins chère et la plus populaire du marché, ils peuvent rouler 40.000 kilomètres en quatre ans, pour 120 euros par mois. Le premier apport de 7.700 euros peut même être couvert par les subventions publiques. Ils peuvent également avoir la Fiat 500 pour 119 euros par mois, et la Peugeot e-208 pour 149 euros par mois.

Y aura-t-il assez de véhicules?

On est cependant encore loin des 100.000 véhicules électriques proposés en leasing voulus tous les ans par le gouvernement. Les immatriculations de voitures électriques en France augmentent, mais les chiffres actuels ne permettent pas encore de sortir 100.000 véhicules du chapeau. En 2020 et 2021, respectivement 110.000 et 126.000 véhicules ont été immatriculés, selon les chiffres d’Automobile Propre.

La production devra donc considérablement augmenter pour suivre cette nouvelle demande. Et c’est là que les problèmes commencent : l’industrie automobile tourne au ralenti, à cause de pénuries de semi-conducteurs entre autres. Avec la demande de plus en plus forte, les matières premières comme le lithium ou le cobalt deviennent plus chers, et les batteries des voitures commencent également à voir leur prix augmenter.

Un autre frein existant aujourd’hui encore pour le passage à la voiture électrique est le manque de bornes pour la recharger : d’un côté pour les citadins qui n’ont pas de garage, et d’un autre côté pour les personnes habitant hors des centres urbains et qui doivent parcourir de longues distances, explique Fabien Neuvy, de l’Observatoire Cetelem de l’automobile, à BFM. Sur ce niveau-là, le gouvernement devra alors accélérer les choses. Surtout si le nombre de voitures électriques dans le parc est censé augmenter autant qu’il le souhaite.

Y aura-t-il assez d’électricité?

Avec une offre de véhicules électriques qui exploserait à court terme, il y aurait par ailleurs un problème d’approvisionnement. La France dépend majoritairement du nucléaire pour la production de son électricité, à hauteur de 70%. Or, la moitié du parc est à l’arrêt en ce moment, et le restera les prochaines années encore. L’approvisionnement, pour l’hiver prochain, a déjà été annoncé comme difficile.

La transition énergétique, vers plus de sources renouvelables pour répondre à la demande, ne se fera pas en un claquement de doigts non plus. Surtout qu’elle est exposée à son propre lot de problèmes : durée de construction pour les éoliennes (cela peut prendre jusqu’à dix ans, mais l’UE veut accélérer les choses en outrepassant les droits de recours), et pénurie de matières premières pour les panneaux solaires.

La voiture électrique, qui ne rejette pas (directement) de CO2, est cependant vue comme la voiture du futur, qui nous permettra de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Elle sera de plus en plus présente dans nos vies. Mais la transition ne sera pas un long fleuve tranquille.

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