La France est désormais bien seule dans son projet de ramener la production pharmaceutique en Europe

Le déclenchement de la pandémie a mis en exergue des lacunes en matières de produits pharmaceutiques en Europe. Il y a un an, la France et l’Allemagne ont décidé de travailler ensemble pour ramener la production dans nos régions. Mais aujourd’hui, la France est plus seule que jamais, l’Allemagne ayant d’autres problèmes à résoudre.

Au début de la pandémie, un constat était flagrant: la production du matériel médical et pharmaceutique (gants, masques, respirateurs, etc.) était réalisée principalement en Asie ou aux États-Unis. Et alors que la demande avait explosé, l’Europe était souvent livrée après les deux géants. De nombreuses voix se sont élevées pour le rapatriement d’usines en Europe. Et ce sont les deux grandes puissances européennes qui ont décidé de s’en charger. Ensemble l’Allemagne et la France étaient convaincues de pouvoir créer un plan pour toute l’Union européenne.

Mais depuis lors, de l’eau a coulé sous les ponts. Ramener la production en Europe ne semble plus faire partie des priorités de l’Allemagne. C’est en tout cas ce que sous-entendent plusieurs sources à l’agence Bloomberg. Les réunions sur le sujet se maintiennent, mais les propositions de la France restent toujours sans réponse positive.

La fin de l’ère Merkel

Le changement de direction au sein de la CDU, le parti d’Angela Merkel, semble être l’une des principales causes de cet abandon officieux de l’Allemagne. C’est en effet le conservateur Armin Laschet qui est désormais à la tête du parti et qui pourrait reprendre la direction du pays si les chrétiens-démocrates devaient gagner les élections de septembre.

Depuis sa nomination, Laschet semble avoir déjà fait quelques remaniements dans la philosophie du parti. Si Peter Altmaier – fervent partisan du projet – est ministre de l’Économie, la ligne directrice économique du parti est maintenant gérée par Friedrich Merz, ancien directeur de la filiale allemande de BlackRock. Sa vision est beaucoup plus centrée sur les intérêts de l’Allemagne et se montre beaucoup moins enthousiaste envers une collaboration pharmaceutique France-Allemagne.

En outre, l’Allemagne a commencé, sur le côté, à travailler sur une alternative au rapatriement européen. Des négociations avec les États-Unis pour une coopération entre les industriels américains et allemands s’organisent peu à peu. Des discussions avec des entreprises sont déjà en cours.

La France tente toujours de maintenir ce projet et propose de nouvelles idées régulièrement. En mai, le ministre français de l’Économie, Bruno Lemaire proposait de fusionner des entreprises allemandes et françaises pour créer un géant européen. Altmaier a simplement décliné, prétextant qu’il ne pouvait pas pousser les entreprises allemandes à créer des partenariats.

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