La Flandre propose son aide financière à la Wallonie après les inondations : une solidarité (con)fédérale

Le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA), a fait son discours de rentrée ce lundi devant le Parlement flamand. Avec une proposition pas si surprenante à la clé.

Dans l’actu: Jan Jambon a proposé un prêt ou une garantie sur crédit pour la reconstruction des zones touchées par les inondations cet été en Wallonie

  • « Des milliers de personnes ont été touchées par ces conditions météorologiques extrêmes. Je formule ici et maintenant la proposition de rencontrer, dans les prochains jours, le gouvernement wallon pour examiner comment nous pourrions aider la Wallonie, via un prêt ou une une garantie sur crédit », a déclaré le nationaliste flamand, dont les propos ont été rapportés par Belga.
  • Une manière de court-circuiter la demande du PS, réitérée encore ce dimanche dans l’émission C’est pas toujours les jours dimanche sur RTL-TVi par Paul Magnette. Les socialistes demandent à ce que le fédéral contribue aux dégâts à hauteur de 600 millions d’euros, prenant en exemple l’Allemagne dont la chancelière, Angela Merkel, n’a pas hésité et a agi rapidement pour les länder sinistrés.
  • Mais plutôt que dépenser de l’argent sur le dos du fédéral – et donc sur le dos des Flamands – la Flandre propose de prêter de l’argent à la Wallonie, sans qu’on en connaisse encore les conditions ou les éventuels taux d’intérêt. À la loyauté fédérale, le gouvernement flamand répond par une logique confédérale.
  • Bart De Wever avait déjà évoqué une certaine forme de solidarité avec les Wallons mais l’avait conditionnée à des réformes structurelles dans le sud du pays, allant jusqu’à faire le parallèle avec l’aide du FMI dont avait bénéficié la Grèce durant la crise de la dette en 2010.
  • Pas certain que cette main tendue soit très appréciée dans les rangs wallons. Contacté par Belga, Elio Di Rupo dit surtout attendre « une réponse du fédéral ». Une forme de solidarité comme le ministre-président wallon a pu la constater sur le terrain: « De nombreux bénévoles flamands se sont rendus et se rendent encore sur le terrain depuis juillet pour aider les sinistrés. » Le socialiste examinera toutefois la proposition flamande.

Le contexte: « Tout va très bien pour la Flandre »

  • « La Flandre se porte bien. Très bien même », a expliqué un Jan Jambon optimiste pour son discours de rentrée. « Je n’aurais cru personne qui aurait prédit cela il y a six mois ». Le nationaliste a loué « le miracle économique flamand » qui pour la première fois peut se permettre de dépenser 3% de son PIB dans la recherche et le développement. Le marché du travail et la croissance à près de 6% se portent comme un charme.
  • De l’autre côté de la frontière linguistique, le portrait est beaucoup moins rose. Outre les inondations, la Wallonie doit faire face à un taux d’endettement autrement plus élevé que la Flandre. Selon les derniers chiffres du Bureau du Plan, la dette représentera en Wallonie 231% des dépenses en 2022, quand elle ne sera que de 77,9% en Flandre et même de 191% à Bruxelles. Derrière ces chiffres, il faut comprendre tout simplement que la Wallonie vit au-dessus de ses moyens.
  • La Flandre a elle de grandes ambitions, boostée par sa campagne de vaccination, la meilleure d’Europe: « La Flandre doit devenir la championne de l’ère post-corona », a ambitionné Jan Jambon. « Nous sommes en passe de surpasser les pays voisins dans les années à venir. La Flandre doit briller et brillera. »
  • Paul Magnette, influencé par l’économiste Stephanie Kelton, qui a récemment écrit le best-seller Le Mythe du Déficit, ne voit lui pas de problème à s’endetter, aux taux actuels, si c’est pour investir dans la reconstruction de la Wallonie. Il a répété ce message ce dimanche: « La Wallonie doit investir. Je considère qu’assainir des friches industrielles, construire des zonings, rénover les villes, construire des transports en commun, c’est important. »
  • Le journaliste Christophe Deborsu lui demande alors: « Ne faudra-t-il pas demander un jour de l’argent à la Flandre pour faire ça ? » Réponse de Paul Magnette: « Je ne vais pas quémander de l’argent à la Flandre pour ce genre de choses. La Wallonie doit se redresser avec ses moyens propres. »

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