La Cour des comptes et la Commission se penchent sur le budget belge, et ils ont de sérieuses réserves…

Les experts de la Commission européenne vont examiner en détail le budget de la Belgique ce mardi. La Cour des comptes fera de même demain. Mais leurs rapports sont déjà publiés, et les calculs du gouvernement De Croo ne sont pas bons. Le budget tient-il compte de la réalité ? Est-il tout simplement viable ?

La semaine dernière, la Commission européenne a fait son évaluation des différents déficits européens. Plus pessimistes, les experts européens ont planché sur un déficit de 11,2% en Belgique, soit la pire dégringolade de l’UE après l’Espagne. En 2021, la Belgique ne s’en sort pas beaucoup mieux avec 7,1% de déficit, soit dans le top 5 européen des plus mauvais élèves.

Ce mardi, ce même comité d’experts rend visite à la Chambre pour audition. Un débat suivra ce vendredi. Les experts emportent avec eux un rapport plus détaillé dont nous avons pris connaissance.

  • Ils répètent que le scénario budgétaire envisagé par le gouvernement De Croo est trop optimiste.
  • Par exemple, la Commission estime que la croissance sera limitée à 4,5% en 2021, alors que le gouvernement belge table sur 6,5%.
  • Même topo au niveau de la consommation des ménages : 5,3% contre 9% pour le gouvernement.
  • Rebelote (à moindre mesure) pour les chiffres du chômage : 5,4% en 2020 et 6,6% en 2021 pour le gouvernement contre 5,9% et 7% pour la Commission.

Comment expliquer cette différence ? En partie, car le gouvernement belge a établi son rapport mi-octobre, et n’a donc pas pris en compte les impacts du 2e confinement, ce que la Commission a fait. Mais le scénario budgétaire belge a été basé sur le rapport de mi-octobre. En conséquence, il est jugé peu réaliste.

Un exemple ? La Belgique prévoit une réduction de la dette en 2021. Mais selon la Commission, en prévision de la croissance à venir, ce sera tout simplement impossible. Un dernier pour la route ? La Belgique espère retirer un milliard d’euros supplémentaires de la lutte contre la fraude fiscale et sociale. Mais là encore, peu réaliste jugent les experts de l’UE. ‘Les détails sont insuffisants pour sa mise en œuvre’, comment le rapport.

Cour des comptes

La Cour des comptes entre encore un plus dans les détails, tant sur les recettes que sur les dépenses. Mais le constat est le même. Nous nous voyons trop beaux. Ces différents points sont remis en cause:

  • Des économies structurelles sur le personnel et le fonctionnement du gouvernement fédéral à hauteur de 600 millions d’euros d’ici 2024.
  • La taxe numérique à hauteur de 100 millions d’euros. Mais la Belgique doit attendre le niveau international.
  • Un impôt minimum pour les multinationales à hauteur de 300 millions d’euros. Mais L’OCDE doit encore s’entendre là-dessus.
  • Egalement pointée du doigt par la Cour des comptes, la lutte contre la fraude fiscale et sociale à hauteur de 1 milliard d’euros. Qui a valu une joute verbale tendue entre le Premier ministre De Croo et le désormais député Theo Francken (N-VA).

Politiquement, il n’est pas encore clair non plus sur le ‘comment’ ces recettes devront être perçues. Le portefeuille du Budget, s’il est à la charge du Premier ministre, sera plutôt mené par les ministres des Finances (Vincent Van Peteghem, CD&V) et du Travail (Pierre-Yves Dermagne, PS). Même si pour le moment, tout le monde tire sur la même corde en raison de la crise du coronavirus, les affrontements idéologiques referont nécessairement surface au moment des choix politiques de la Vivaldi.

En tout, le gouvernement fédéral prévoit 4 milliards d’euros ‘d’économies et de mesures diverses’. Même avec les 1 milliard de la lutte contre la fraude fiscale et sociale, il reste 3 milliards à aller chercher. Ou ça ? L’opposition menée par la N-VA usera de tout son poids pour créer des dissensions au sein de la Vivaldi.