Kim Yo-jong: la numéro deux du régime nord-coréen lance l’offensive

Minoru Iwasaki/Kyodo News via AP

Cela semble être un détail, mais ce n’est pas le cas: depuis plusieurs semaines, Kim Yo-jong, la sœur du dictateur nord-coréen Kim Jong-un, signe ses articles d’opinion dans le journal d’État Rodong Sinmun sous son propre nom. Le message est clair: elle deviendra la numéro deux incontestée du régime. Avant de franchir l’ultime étape ?

Ces dernières années, si elle vivait principalement dans l’ombre de son frère aîné, elle y a mis fin à la mi-juin lorsqu’elle a annoncé que ‘le bureau de liaison inutile devait être complètement détruit’. Le bâtiment se trouvait dans la zone démilitarisée nord-coréenne, une sorte de zone tampon qui sépare les deux Corées.

Ce bâtiment n’a été mis en service qu’en 2018 et a servi de lieu de négociation. Avant, les contacts se faisaient généralement par téléphone. Mais Yo-jong a fait exploser le bâtiment qui se trouve dans le village frontalier de Kaesong le 16 juin dernier. En cause, des militants sud-coréens qui ont largué des ‘pamphlets de propagande’ en Corée du Nord via des ballons. Même Kim Jong-un a reçu de vives critiques. Depuis lors, la Corée du Nord a menacé de couper toutes les communications avec ses voisins du sud.

La paix entre les deux Corées est depuis revenue. Bref, un peu plus qu’un nouvel épisode d’un conflit sans fin, où se mêlent périodes de réchauffement et de refroidissement, menaces réelles et symboliques.

La mauvaise santé de Kim Jong-un

Ces derniers mois, les informations faisant état de la mauvaise santé du leader Kim Jong-un ont également grimpé en flèche. Le mois dernier, il est resté invisible pendant 3 semaines avant de réapparaître soudainement en public.

Cette séquence semble avoir accéléré la montée en puissance de Kim Yo-jong, la sœur du dictateur. En faisant exploser le bureau de liaison, elle a acquis une légitimité au sein même du régime nord-coréen. Si la femme glamour de Kim Jong-un, Ri Sol Ju, montre une image moderne du dictateur, Kim Yo-jong est sans aucun doute son pendant froid et pragmatique.

De gauche à droite : Kim Yo-jong et Ri Sol Ju, la sœur et la femme du dictateur nord-coréen.

Bien que personne ne connaisse son âge exact, elle est au sommet de la pyramide des pouvoirs nord-coréenne depuis un certain temps. En 2011, elle a été bombardée par Kim Jong-un en tant que directrice adjointe du ministère de la propagande. Ce département contrôle tous les médias nord-coréens. Il décide ce qui est diffusé à la radio et à la télévision, ce qui est imprimé dans les journaux et quels livres peuvent être publiés. Au sein de ce ministère, Kim Yo-jong dirige le bureau #5, l’agence de propagande qui décide des rapports et des photos à publier du Grand Leader.

Kim Yo-jong est multilingue, car elle a étudié en Suisse tout comme son frère. Elle a ensuite obtenu un diplôme en informatique à l’Université Kim-Il-sung de Pyongyang. En 2017, elle a rejoint le Politburo du Parti. Les pays étrangers découvrent son existence lorsqu’elle dirige la délégation nord-coréenne aux Jeux d’hiver de PyeongChang un an plus tard.

AP Photo/Patrick Semansky, Pool, File

L’ADN de la famille Kim

La sœur du dictateur s’est déjà faite un nom au niveau international. Lorsqu’elle est parvenue à s’immiscer et à séduire le président américain Donald Trump lors des deux sommets, d’abord à Singapour, puis à Hanoi (Vietnam). Lors de ce dernier voyage, elle a piqué la curiosité de certains médias en tendant à son frère un cendrier sur le quai d’une gare en Chine avant de le faire immédiatement disparaître. La famille Kim est terrifiée à l’idée de laisser une trace de son ADN quelque part, y compris sur les cigarettes.

Kim Yo-jong n’a jamais été officiellement présentée par le régime comme la sœur de Kim Jong-un. Mais sa montée rapide dans la hiérarchie laisse peu de place au doute. Jamais auparavant une femme n’a gravi les échelons si rapidement en Corée du Nord. Le fait que son nom comprenne ‘jeune’ indique qu’elle est liée à la fois à Kim Jong-il, son père, et à Kim Jong-un, son frère.

La Corée du Nord est une société d’hommes, dans laquelle les femmes ont tout au plus un second rôle. Les chances que Yo-jong devienne l’exception à la règle augmente de jour en jour. Car Kim Jong-un n’a officiellement pas d’héritiers. Et même s’il y en a, ils doivent être très jeunes. Ajoutez à cela le fait qu’il ne soit pas en bonne santé (il fume et est en surpoids), les spéculations vont bon train sur sa succession. Une succession à laquelle il préparerait sa sœur.