« Kanal Istanbul » : Erdogan veut-il éviter un « Suez bis » ?

Le président turc a posé samedi dernier la première pierre d’un projet pharaonique : un canal de 45 km de long qui reliera la mer Noire et la mer de Marmara. Un chantier fustigé par l’opposition politique et par les défenseurs de l’environnement. Mais aussi par la communauté internationale.

Par Matthias Bertrand

Pourquoi est-ce important ?

Ce nouveau canal permettra de désengorger le détroit du Bosphore, qui est traversé chaque année par 56.000 navires, dont 10.000 pétroliers. Un trafic d'autant plus problématique que certains passages du détroit sont très dangereux, et que des ferries de passagers relient les deux rives d'Istanbul. Le gouvernement turc espère ainsi limiter les risques d'accident, comme le blocage du canal de Suez, en mars dernier, quand un porte-container coincé avait paralysé le commerce mondial pendant six jours.

45 km de long pour 275 mètres de large et 21 de profondeur. Et un coût estimé à 15 milliards de dollars ! Le « Kanal Istanbul » représente un projet titanesque imaginé 2011 et que le président turc Recep Tayyip Erdoğan défend avec acharnement: « Nous voyons dans le Kanal Istanbul un projet qui va assurer la sécurité des citoyens de la ville » a-t-il déclaré. « Aujourd’hui nous ouvrons une nouvelle page de l’histoire du développement de la Turquie. » Le président turc a symboliquement placé ce samedi la première pierre d’un pont qui fera partie de cet immense chantier qui devrait être achevé en 6 ans.

Le Bosphore est un des détroits maritimes les plus utilisés au monde. Mais il a déjà connu son lot d’accidents graves: en 1994, deux pétroliers se sont percutés et ont pris feu, ce qui a coûté la vie à 25 marins.

Critiques

Le « Canal Istanbul » est loin de faire l’unanimité dans la métropole turque: la mairie d’Istanbul, tenue par l’opposition au président, craint un désastre écologique sans précédent. Car les eaux de la Mer de Marmara vont se mélanger à celles de la Mer Noire, plus pauvre en oxygène, ce qui risque de mettre en danger son fragile écosystème. Pire encore, l’ampleur du chantier risque d’avoir un impact sur la fréquence des tremblements de terre dans une région à cheval sur plusieurs plaques tectoniques.

Des manifestants opposés à la construction du canal, qui pourrait provoquer un désastre écologique.
(AP Photo/Mucahid Yapici)

A l’étranger aussi, ce Canal fait des vagues. Car si la Turquie décide de rendre son passage payant, elle violerait la Convention de Montreux, qui détermine depuis 1936 la circulation dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore ainsi que dans la Mer Noire. Ce traité assure le libre passage des cargos civils, mais impose aux pays non-riverains de ces eaux de signaler à l’avance l’arrivée de tout navire de guerre. Or Erdogan a déclaré en janvier dernier que le futur canal n’était pas soumis à ce traité, malgré les protestations d’une partie de la diplomatie turque.

Pour la communauté internationale, c’est une remise en question du libre-échange économique. Mais c’est aussi une nouvelle porte ouverte vers les bases militaires russes en Mer Noire, et la Fédération du Russie redoute de voir les navires de l’OTAN profiter de cet accès facilité.

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