Le Japon ne veut rien savoir des CBDC et c’est un bon choix

Bien qu’elle ait beaucoup flirté avec les Central Bank Digital Currencies (CBCD), ou devises numériques de la banque centrale (CBDC), la Banque du Japon a récemment décidé de ne plus chercher à créer sa propre « e-money ». Et c’est probablement une bonne idée.

Il s’avère que les Japonais n’ont tout simplement pas besoin d’une version numérique de leur monnaie nationale. Le cyberespace financier de l’île regorge déjà d’une pléthore de services bancaires optimisés et bon marché et d’outils « fintech ».

Le cash est également toujours populaire au Japon. 80% de tous les achats ont été effectués en argent liquide l’année dernière. Le gouvernement veut faire passer ce pourcentage à 60% d’ici 2025. Toutefois, le yen numérique ne fera pas partie de l’équation.

Le secteur privé mieux armé pour stimuler la numérisation

La Banque du Japon s’est simplement rendue à l’évidence qu’une soi-disant CBDC n’est probablement pas la bonne façon de procéder. Il y a deux raisons simples à cela :

  1. Les Japonais, en particulier les personnes âgées, considèrent l’argent liquide comme une monnaie légale sûre avec laquelle échanger des valeurs et le jugent moins risqué que les valeurs monétaires hébergées exclusivement en ligne. Le pays connaît également un vieillissement spectaculaire en raison d’un taux de natalité particulièrement bas. La population japonaise diminue de 500.000 personnes chaque année, ce qui encourage l’utilisation continue de l’argent liquide.
  2. Le secteur privé semble mieux équipé pour fournir les outils nécessaires à la numérisation des paiements. Le Japon se porte bien avec la croissance de son e-commerce, qui devrait représenter environ 11,9% des ventes au détail du pays d’ici la fin 2022.

Alors pourquoi s’embêter avec une monnaie numérique dont personne ne semble vouloir de toute façon ?

Les CBDC ne sont pas des crypto

Il n’y a pas uniquement ces deux éléments-là qui pèsent sur les CBDC. Ces devises semblent également avoir une mauvaise réputation dont elles auront du mal à se débarrasser.

Tout d’abord, les CBDC semblent être associées aux cryptomonnaies par la plupart des médias. Une erreur fatale, puisque uniquement une poignée de banques centrales prévoit d’utiliser la blockchain pour ces devises officielles numériques. La blockchain est l’épine dorsale de la crypto et elle est censée faire de Bitcoin et consorts l’avenir de la finance.

La plupart des cryptomonnaies sont en fait entièrement centralisées, malgré ce que leurs fondateurs prétendent sur Twitter. Il en sera de même pour les CBDC, où il y aura un seul nœud dans le réseau : la banque centrale elle-même. Un contrôle total de l’émission de la monnaie, des portefeuilles et de l’historique des transactions entre les mains d’une seule institution ? Une idée géniale…

Le Bitcoin, une crypto-monnaie véritablement décentralisée et alimentée par un réseau concurrent de mineurs, gagnera toujours plus de confiance à long terme qu’une CBDC en raison de cette configuration maladroite. L’argent liquide sera toujours plus fiable parce qu’il n’a pas de registre numérique et qu’il sera toujours dans votre coffre-fort après la prochaine catastrophe naturelle.

Les banques centrales ne peuvent pas rivaliser avec cela, et elles n’en ont pas besoin. La Banque du Japon le sait. D’autres institutions s’en rendront probablement compte plus tard, ou continueront à insister sur une expérience financière qui est condamnée à se transformer en un scénario de cauchemar.

(CP)

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