Israël: le report du budget, une stratégie de Netanyahu pour rester Premier ministre?

Benjamin Netanyahu EPA-EFE/Emil Salman / POOL

La commission des Finances a approuvé la présentation en deuxième et troisième lectures devant le Parlement d’un projet de loi autorisant un report de 120 jours de l’échéance de l’adoption du budget de l’État. S’agirait-il d’une stratégie pour contourner les prochaines élections ? 

Quelques heures seulement après avoir annulé la réunion hebdomadaire du cabinet du Gouvernement, Netanyahou a déclaré  qu’un report de l’échéance de l’adoption du budget avait été conclu ‘par responsabilité nationale’.

La nouvelle date butoir pour la présentation du programme budgétaire est celle du 23 décembre 2020, tandis qu’un supplément de 11 milliards de shekels (près de 3 milliards d’euros) pour l’année 2020 a été approuvé en accord avec le ministre des Finances.

De quoi s’agit-il? 

L’accord de coalition initialement conclu par Netanyahu et le parti du Gantz prévoyait un budget sur deux ans, mais le Premier ministre avait insisté pour  que le budget soit établi sur une année, justifiant son choix par l’incertitude causée par la crise du coronavirus. Benny Gantz, le ministre de la Défense, réclamait lui pour sa part un budget sur deux ans. Aucune des deux parties n’avait souhaité faire de compromis.

En juillet, Yair Lapid et Tamar Zandberg, les députés de l’opposition,  avaient soumis au vote un projet de loi empêchant tout individu mis en examen dans un dossier criminel d’être désigné Premier ministre. Or, Netanhayou est actuellement poursuivi pour des faits de corruption dans trois dossiers, mais n’a cessé de clamer son innocence. 

Certains prétendaient alors que Netanyahu cherchait  à empêcher  l’approbation de cette loi, arguant que ce serait la raison pour laquelle il aurait accepté ce report de l’approbation du budget. 

En effet, les législateurs avaient jusqu’à aujourd’hui pour adopter le budget ou approuver une prolongation, faute de quoi le Parlement serait automatiquement dissous et de nouvelles élections seraient fixées au mois de novembre, et Netanyahu n’aurait pu être à nouveau Premier ministre. 

‘Israël n’a pas besoin d’élections’

En juillet, le Premier ministre avait appelé à l’adoption rapide d’un budget de l’État face aux rumeurs de plus en plus persistantes selon lesquelles il aurait l’intention de dissoudre la coalition gouvernementale. 

‘Israël n’a pas besoin d’élections, il a besoin d’un budget, le plus rapidement possible. Tous les économistes le disent. Si nous adoptons un budget maintenant, nous pourrons commencer l’année scolaire en septembre’, avait-il déclaré. ‘Nous pourrons également transférer de plus en plus d’argent’  aux propriétaires de petites entreprises, aux travailleurs indépendants et aux chômeurs, avait-il ajouté. 

‘Une situation préoccupante’

L’accord évite donc une dissolution mais ne résout ni la crise économique qu’Israël traverse ni les tensions actuelles.

La pandémie a comme partout déclenché une crise économique. ‘Nous n’avons jamais connu une situation aussi préoccupante’, a déclaré Daphna Aviram-Nitzan, de l’Institut israélien pour la démocratie, qui a fait valoir que l’adoption d’un budget était essentielle pour stimuler la croissance. ‘Le gouvernement doit montrer la voie et montrer qu’il sait ce qu’il doit faire’,  explique Daphna Aviram-Nitzan. 

En avril, le chômage en Israël avait atteint un pic de 27%. Le  pays  doit aujourd’hui faire face à une résurgence de cas de coronavirus, et les responsables du pays envisagent une deuxième quarantaine, qui pourrait être fatale à l’économie du pays.