« L’Europe aura des réserves de gaz à moitié vides l’année prochaine »

L’Europe manquera de 30 milliards de mètres cubes de gaz l’année prochaine pour remplir ses réserves, l’année prochaine, selon le scénario le plus optimiste de Fatih Birol, président de l’AIE. Si l’Europe ne continue pas à économiser et à mettre la main sur d’autres approvisionnements, la situation sera pire. Solution supplémentaire : investir 100 milliards d’euros dans le renouvelable et dans une meilleure efficience énergétique.

Pourquoi est-ce important ?

Au cours des derniers mois, l'Europe est parvenue à remplir ses réserves de gaz. Un atout important pour faire face à l'hiver. Mais l'année prochaine, la donne sera différente. De plus en plus d'experts tirent la sonnette d'alarme : il sera beaucoup plus difficile de réitérer la chose. Il y a en effet un risque grandissant de pénuries.

Dans l’actu : une nouvelle estimation de Fatih Birol qui fait froid dans le dos, lors d’une conférence avec la Commission européenne ce lundi.

  • Selon le président de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), relayé par la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), l’Europe manquera de 30 milliards de mètres cubes de gaz l’hiver prochain.
  • Un chiffre énorme, c’est la moitié de ce dont l’Europe a besoin pour remplir ses réserves de gaz, mais qui est pourtant le scénario le plus optimiste : il est basé sur les politiques européennes d’économies d’énergie. La diversification des approvisionnements joue aussi dans la balance.
  • Vous l’aurez compris : il y a aussi le scénario pessimiste. Les 60 milliards de mètres cubes dont parle Birol, c’est le gaz russe arrivé en Europe en 2022. Pour 2023, il s’attend à… zéro.
    • Remarque : l’Europe veut se débarrasser du gaz russe, à terme. En 2021, elle importait encore 155 milliards de mètres cubes – voilà donc déjà une belle réduction, fruit d’une course à la diversification, entre autres. Mais pour remplir ses stocks l’année prochaine, elle devra faire face à la Chine, qui se déconfine doucement, et où la demande de gaz naturel liquéfié (GNL) devrait repartir de plus belle. L’offre mondiale de GNL ne devrait d’ailleurs augmenter que de manière limitée. Le plus offrant remportera les cargaisons, ce qui veut dire que les prix du gaz vont repartir en flèche.
  • Sans autres réponses de l’UE, la situation continuera à s’aggraver. Fin 2023, les réserves seraient remplies à 30% uniquement. À l’heure d’écrire ces lignes, elles affichent 88%.

L’essentiel : économiser, économiser, économiser.

  • Sauf que pour ce scénario optimiste, il y a un hic. En octobre et en novembre, il y a eu de fortes économies. La consommation a chuté de 24% en moyenne, par rapport aux chiffres des cinq dernières années (là où la politique européenne espérait 15%). En Belgique, 81% de la population a baissé son chauffage par rapport à l’année dernière. Jusque-là, une bonne nouvelle pour les réserves.
  • Mais : la consommation est, entre-temps, repartie à la hausse. La météo n’y est pas pour rien : la semaine passée, et cette semaine surtout, le mercure a fortement chuté.
  • En Allemagne, pays qui était le plus dépendant du gaz russe et le plus gros consommateur du continent, la situation est suivie de très près. En novembre, les économies étaient de l’ordre de 30% environ (par rapport à la moyenne 2018-2021). Ce lundi, la Bundesnetzagentur, l’autorité qui gère les réseaux énergétiques, citée par la FAZ, lance un rappel : il faut économiser. Aux derniers relevés, les Allemands n’économisaient plus que 13%, là où il en faut 20. La semaine froide en cours, qui touche également l’Allemagne, ne va pas arranger les choses.
  • La température restera une des grandes inconnues dans l’équation, tout au long de cet hiver. Mais pas que : il y a aussi le soleil et le vent. Sans ces deux énergies, les centrales à gaz tourneront davantage.

À l’avenir : quelles solutions ?

  • Birol propose des pistes : accélérer la transition vers le renouvelable. Investir dans l’efficience énergétique, comme une meilleure isolation ou des LED dans l’éclairage public. Passer à des pompes à chaleur. Encourager la population à continuer à économiser : réduire la température moyenne d’un degré serait l’équivalent d’une économie de 10 milliards de mètres cubes.
  • Facture de tout cela : 100 milliards d’euros, dont 90 pour la rénovation et la transition énergétique, calcule Birol. Un chiffre qui ne devrait pas faire peur, tempère-t-il : en deux voire trois ans, le coût serait récupéré grâce aux factures de gaz moins élevées.
  • La présidente de la Commission en tout cas suit le pas de Birol, profitant de l’occasion pour demander aux pays de se mettre d’accord sur un plafond des prix, sur les contrats groupés et sur les procédures plus rapides pour les permis des installations d’énergie renouvelable. Des dossiers qui sont source de conflits. Pour le sommet européen, à la fin de cette semaine, un accord pourrait cependant être trouvé.
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