Contexte difficile et concurrence américaine « déloyale » : faire de l’UE un acteur central des batteries électriques sera compliqué

À coup de milliards de dollars, les États-Unis tentent de pousser les constructeurs verts de voitures électriques et de batteries à s’implanter sur son territoire. De quoi mettre un sacré coup de frein au projet de l’Europe de devenir un acteur sérieux sur le marché des batteries et de gagner ainsi en indépendance.

Pourquoi est-ce important ?

Dans le cadre de son Inflation Reduction Act, Washington a débloqué une enveloppe de plus de 396 milliards de dollars de subsides pour attirer les entreprises "vertes" - constructeurs de voitures électriques et de batteries - sur le territoire américain. Une enveloppe qui n’a pas manqué de faire réagir du côté du vieux continent qui accuse les États-Unis de se livrer à des pratiques anticoncurrentielles.

Dans l’actu : ce vendredi, l’Union européenne se réunit pour conclure sa directive sur les batteries. L’objectif est de statuer sur les normes durables et strictes auxquelles ces batteries devront répondre.

Le détail : une directive qui s’inscrit dans la volonté de l’UE de devenir un acteur central de la production de batteries électriques qui devrait aider à la transition écologique dans laquelle elle s’est engagée.

  • Elle vise donc à garantir que les cellules mises sur le marché de l’UE sont sûres et durables, mais aussi à fixer des exigences sur la manière dont l’empreinte carbone des batteries doit être déclarée et la quantité de matériaux recyclés qu’elles doivent contenir, entre autres choses, comme le rappelle Politico.
  • Une directive qui s’appliquera autant sur les cellules produites localement que sur celles importées.
  • L’objectif premier étant évidemment de favoriser le développement d’une chaîne de production sur le territoire européen, au détriment de la Chine qui occupe une place de choix en la matière.

Des coûts en hausse

Le hic : le projet de l’Union européenne ne fait pas que des heureux, car les exigences qui sont sur la table laissent présager d’importants investissements pour y répondre. L’industrie demande une augmentation des subventions.

  • « Nous avons maintenant besoin d’une carotte plus grosse pour attirer de nouveaux investissements dans la chaîne d’approvisionnement en Europe plutôt qu’aux États-Unis ou en Chine. L’un ne fonctionnera pas sans l’autre », a martelé Chris Heron, porte-parole du groupe de pression Eurometaux.
  • Si l’Europe a déjà débloqué un budget de 20 milliards d’euros dans le cadre du programme de subventions Battery Alliance, ce dernier remonte à 2017. Et s’il commence à montrer quelques bons résultats, il fait pâle figure face aux 396 milliards de dollars débloqués par les États-Unis pour attirer les entreprises vertes.

L’Union européenne va devoir redoubler d’efforts

  • Les subsides de Washington visant à réduire l’inflation dans le pays représentent en effet une menace pour le projet de l’Union européenne.
  • Car si le plan des États-Unis vise avant tout à augmenter les ventes de véhicules électriques, avec notamment des incitations pour l’achat de ce type de véhicule, l’Inflation Reduction Act offre également des crédits de production qui pourraient pousser de nombreux fabricants à privilégier le pays de l’Oncle Sam plutôt que l’Europe pour leurs usines.
  • Or, malgré les critiques et les demandes européennes pour une révision de l’Inflation Reduction Act, il y a peu de chance que cela aboutisse à quelque chose, avait affirmé le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton, la semaine dernière à Politico. « Ce qui est fait est fait ».

« Notre objectif est toujours d’exécuter nos plans… mais la hausse des coûts en Europe et le soutien massif que [l’administration] américaine offre actuellement ont rendu les décisions d’expansion stratégique plus complexes »

Anders Thor, porte-parole de Northvolt, important constructeur de batteries suédois, concernant son projet d’usine de batteries en Allemagne.

Alors quoi ? Pour que les constructeurs de batteries vertes ne délaissent pas le vieux continent, l’Union européenne n’a pas vraiment d’autre choix que de répondre aux États-Unis en augmentant drastiquement ses subventions.

  • Le problème est qu’après deux ans de coronavirus et d’aides octroyées pour y faire face, et plus récemment une inflation et une crise énergétique, l’Union européenne est loin d’être en position de force pour réagir de la sorte.

« Avec la loi sur la réduction de l’inflation, les États-Unis offrent aux entreprises des incitations très intéressantes pour les investissements dans de nouvelles usines et la production. Dans l’UE, en revanche, on s’en tient à des règles désuètes et bureaucratiques en matière d’aides d’État. »

Thomas Schäfer, PDG de la marque VW
  • Les normes strictes de l’UE ne feront que compliquer les choses. Face à des règles strictes qui impliquent d’importantes adaptations, les fabricants seront d’autant plus motivés à regarder vers les États-Unis.
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