Et si les avions n’étaient pilotés que par un seul pilote ?

Depuis trente ans, les vols commerciaux sont assurés par deux pilotes ; le capitaine et le premier officier. Dans certains cas, notamment les long-courriers, ils sont trois. Une norme dans l’aviation qui pourrait bientôt être de l’histoire ancienne. Dans un avenir plus ou moins proche, les vols commerciaux pourraient être assurés par un seul pilote.

Pourquoi est-ce important ?

Le retrait d'un pilote du cockpit des avions commerciaux pourrait marquer un tournant dans l'aviation. Mais pour en arriver là, de nombreux obstacles se dressent encore, notamment en termes de sécurité. Car si les technologies actuelles peuvent assister les pilotes dans leurs procédures, elles ne sont pas encore capables de les remplacer totalement. La question de savoir si les passagers seraient prêts à embarquer dans un avion piloté par une seule personne se pose également.

Au début de l’aviation, le cockpit comptait pas moins de 5 personnes ; deux pilotes, un opérateur radio, un navigateur et un mécanicien navigant. Au fil des ans, ce nombre est passé à 2. Les avancées technologiques en matière de communication, de navigation et d’équipements de surveillance embarqués ont en effet permis de réduire le nombre de personnes nécessaires pour assurer le bon déroulement des vols commerciaux aux deux pilotes.

Les avancées technologiques pourraient amener à une nouvelle réduction du nombre de personnes à l’intérieur du cockpit. Ainsi, dans un avenir plus ou moins proche, les vols commerciaux pourraient être assurés que par une seule personne, un seul pilote.

L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle. La NASA l’évoquait déjà en 2014. « La transition d’un cockpit à deux pilotes à un cockpit à un seul pilote sera beaucoup plus difficile que les transitions d’un cockpit à cinq personnes à un cockpit à deux personnes », indiquait-elle à l’époque. Pourtant, de nombreux avions sont aujourd’hui déjà pilotés par une seule personne. C’est notamment le cas des petits appareils et des engins militaires.

En faire de même pour l’aviation commerciale permettrait de « réaliser des économies de coûts d’exploitation tout en maintenant un niveau de sécurité non inférieur à celui des opérations commerciales conventionnelles à deux pilotes », mais les obstacles sont encore nombreux.

Augmenter l’automatisation dans le cockpit

Pour tirer un trait sur l’utilité d’un deuxième pilote à bord, la solution serait tout simplement d’augmenter le recours aux technologiques et plus particulièrement à l’automatisation au sein du cockpit. Aujourd’hui déjà, les pilotes se reposent sur le pilotage automatique durant leur vol.

L’autre solution serait tout simplement de décharger certaines tâches au pilote à bord et à les réaliser depuis le sol. Option qui parait la plus réalisable sur le court à moyen terme, et ce, tout simplement parce que c’est déjà en partie possible. « Technologiquement, on pourrait affirmer que dans de nombreux cas, nous y sommes déjà », a déclaré Patrick Smith, pilote de ligne aux commandes d’un Boeing 767 à CNN.

Mais le pilote et auteur du livre et blog « Ask the Pilot » souligne cependant que cette option serait tout de même lourde pour le pilote restant, car même à deux, piloter un avion peut parfois s’avérer difficile. Et bien qu’une équipe au sol serait là pour aider, la pression sur les épaules du pilote à bord serait d’autant plus importante.

Des tests réalisés par la NASA ont confirmé les inquiétudes de Patrick Smith. Bien que les pilotes isolés sont parvenus à atterrir en toute sécurité, grâce à l’aide des personnes au sol – les tests n’étaient pas en conditions réelles – , les résultats ont montré « des augmentations significatives de la charge de travail » par rapport aux opérations régulières à deux pilotes, ce qui a entraîné « une dégradation significative des évaluations subjectives de la sécurité et des performances ». Les échanges entre les pilotes soi-disant à bord et les personnes au sol étaient parfois confus et les tâches n’étaient pas toujours bien réalisées.

Économies et pénurie

Faire monter à bord qu’un seul pilote permettrait aux compagnies aériennes de faire de sacrée économie – un seul pilote à payer, des cockpits plus petits pour les futurs avions –, mais si cela devait réduire la sécurité des vols, cela pourrait, in fine, leur coûter plus cher. Pour envisager sérieusement cette solution, des améliorations notables devraient être apportées aux communications avec le sol, à la manière de travailler ensemble à distance, mais aussi aux technologies embarquées.

Les compagnies aériennes semblent en tout cas vouloir se diriger dans cette voie et pas uniquement pour les économies que cela représente, mais plutôt parce que cela permettrait de pallier le manque de pilotes.

Pour l’Airline Pilots Association International (ALPA), le plus grand syndicat de pilotes de ligne au monde, l’idée de supprimer un pilote est cependant prématurée. De plus, les solutions technologiques envisagées sont encore aujourd’hui coûteuses. Pour l’ALPA, aucun système autonome à l’heure actuelle ne peut compenser le travail d’un pilote expérimenté. Plusieurs exemples concrets ont d’ailleurs démontré que deux pilotes ont été nécessaires pour éviter une catastrophe lors de dysfonctionnement d’équipement.

Quant à savoir si les consommateurs seraient prêts à monter à bord d’un avion piloté par une seule personne, 50% des participants d’une étude menée en 2019 au sein d’un petit échantillon ont déclaré que c’était « dangereux jusqu’à ce qu’il soit prouvé que c’était sûr ». Autrement dit, cela n’est pas près d’arriver, mais cela ne veut pas dire que cela n’arrive pas.

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