Quels impacts la guerre en Ukraine pourra-t-elle encore avoir sur l’économie? Voici 3 scénarios possibles

D’un retour à la situation d’avant la guerre à un effondrement de la croissance mondiale et des marchés boursiers : des stratégistes imaginent trois évolutions possibles pour la guerre, et leurs impacts respectifs sur l’économie mondiale.

En cette fin de mois d’avril, les marchés boursiers sont surtout concentrés sur les annonces des résultats des entreprises réalisés au premier trimestre, avec leurs gagnants (comme Tesla) et leurs perdants (comme Netflix). Leur attention s’est quelque peu détournée de la guerre en Ukraine. Elle avait provoqué un premier choc sur les marchés, mais ils s’en sont remis depuis – même si pour certains, cela montre qu’ils sont détachés de la réalité.

Mais la guerre fait rage depuis près de deux mois, et est toujours bel et bien en cours. Elle pourrait refaire irruption dans le champ d’attention des investisseurs : la date du 9 mai approche. Le 9 mai, c’est la date de la victoire des Soviétiques sur les Nazis, en 1945. La « Journée de la Victoire » est célébrée tous les ans en Russie, encore de nos jours, avec des défilés notamment. Et en ce 9 mai 2022, Poutine aimerait avoir obtenu des résultats, clament de nombreux commentateurs.

En l’approche de cette date, les stratégistes de la société d’investissement Edmond de Rothschild, Michaël Nizard et Delphine Arnaud, ont élaboré trois scénarios possibles pour la fin de la guerre, et l’impact qu’ils auraient sur les marchés, rapporte Market Watch.

1. Le Donbass russe et le retour à la « normale »

Le scénario le plus optimiste pour la fin de la guerre serait un cessez-le-feu et le retrait des troupes russes du territoire ukrainien. Ce cas de figure comprendrait également une cession de la région du Donbass, à l’est du pays, à la Russie, tout comme la Crimée, déjà annexée depuis 2014. Avec de nouveaux territoires ajoutés à son pays, Poutine aurait de quoi défiler fièrement le 9 mai.

« Optimiste », ce scénario ne l’est certainement pas pour l’Ukraine, qui perdrait sa région riche en charbon et un grand bassin industriel. Mais il serait optimiste pour l’Occident : les prix des produits de base se stabiliseraient à nouveau, car les fermiers pourraient reprendre leur travail, et planter le maïs à temps, notamment, ou encore évaluer la situation des champs de blé et récolter ce qui reste après les bombardements et le passage des chars. L’Ukraine est le « grenier à blé » de l’Europe, et la peur du marché de manquer de céréales, pour cause de guerre, fait envoler les prix depuis deux mois maintenant. Les pays émergents qui se fournissent majoritairement auprès de l’Ukraine verraient également leurs angoisses concernant l’insécurité alimentaire diminuer.

Concernant l’énergie, les prix redescendraient à leur niveau d’avant l’invasion. L’inflation générale pourrait ainsi également ralentir, même si sans la guerre, l’inflation, majoritairement alimentée par les prix de l’énergie, battait déjà son plein avant l’inflation. Selon les stratégistes, certaines sanctions seraient également assouplies, ce qui pourrait augmenter la production russe, et avec elle la quantité de pétrole et de gaz disponibles sur le marché.

« Une baisse de l’aversion au risque sur les marchés et le choc sur la confiance des consommateurs (actuellement en baisse, mais qui repartirait alors à la hausse, NDLR) permettraient d’envisager une croissance économique en 2022 proche du niveau attendu en début d’année », décrivent les stratégistes. Ils prévoient que les marchés américains pourraient rebondir de 4%, ceux de l’Europe de 8% et ceux de la Chine de 20%.

2. Une impasse

Le deuxième scénario serait une impasse, où les combats continuent, mais où personne ne perd, ni ne gagne. Cette impasse durerait jusqu’après l’été, au moins. « Bien que les investisseurs, comme les médias, se détournent progressivement de la guerre en Ukraine, considérant que le pire a déjà été subi, les gros titres reviendraient régulièrement sur le devant de la scène avec des événements qui pourraient faire craindre une évolution du conflit vers un scénario plus sombre », expliquent-ils.

Dans ce scénario, l’Europe irait tout droit vers une situation de stagflation : l’inflation continuerait, l’activité économique serait en recul, et la croissance stagnerait. Les récoltes en Ukraine ne pourraient pas avoir lieu, et les prix des céréales s’envoleraient davantage. Les pays émergents n’auraient pas accès à ces ressources, ce qui mènera à de l’insécurité alimentaire et à des troubles sociaux. Wall Street serait alors en plus mauvaise posture que les marchés boursiers européens ou chinois : une perte de 3%, contre une augmentation de respectivement 3 et 5%.

Ce scénario d’impasse pourrait également préparer le terrain pour un troisième scénario, encore plus « sombre ».

3. Escalade totale du conflit et effondrement boursier

« Dans ce scénario, nous craignons une rupture de l’approvisionnement européen en gaz via les gazoducs ukrainiens, une intervention militaire de l’OTAN et une escalade des sanctions entre les États-Unis et la Chine. La croissance mondiale s’effondrerait et les actifs à risque connaîtraient une baisse de 15 à 30% », expliquent les experts. Dans ce scénario, la Chine donnerait également des aides à la Russie, et le conflit pourrait dépasser les frontières ukrainiennes.

Une onde de choc se ferait alors sentir sur les marchés boursiers. Les bourses européennes perdraient 15%, les bourses en Chine aux Etats-Unis perdraient 10%. L’inflation monterait encore en flèche, à cause des prix de l’énergie et des produits de base comme les céréales qui augmentent, et à cause de sévères ralentissements ou blocages sur les chaines d’approvisionnement.

Pour l’heure, la Chine n’indique pas encore clairement vouloir aider son voisin, et joue la carte du non-alignement. Mais sa position ne semble pas toujours claire. L’OTAN indique également ne pas vouloir intervenir en Ukraine. Poutine montre ses muscles et ses missiles nucléaires, mais n’a pour l’heure pas encore affiché de volonté à envahir d’autres territoires. Les positions pourraient changer selon l’évolution du conflit, mais cela reste encore une incertitude.

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