Elon Musk veut tester son implant cérébral sur des êtres humains, et les scientifiques s’alarment

Elon Musk n’a jamais caché ses prises de position transhumanistes, et il conçoit la technologie comme un outil parfaitement légitime et logique afin de dépasser les limitations que nous imposent nos corps d’homo sapiens. Outre sa passion pour l’espace qui s’incarne dans Starlink, l’homme le plus riche du monde a aussi fondé la société Neuralink, qui doit développer des implants cérébraux destinés aux êtres humains.

Le premier d’entre eux a été mis au point l’année dernière, et la société aimerait maintenant le tester sur de véritables homo sapiens, pour la plus grande crainte des milieux scientifiques.

Cette puce est censée fournir une interface cérébrale directe aux personnes qui se la feraient implanter. Mesurant 23 mm de diamètre pour 8 mm d’épaisseur, elle devrait -le conditionnel reste de rigueur- permettre d’augmenter la mémoire ou de piloter des terminaux, et éventuellement de mieux marier le cerveau et l’intelligence artificielle.

Une aide aux personnes handicapées ?

Elon Musk assure qu’elle pourrait s’avérer d’une grande aide pour les personnes souffrant de handicaps, de paralysie par exemple. Il va même jusqu’à avancer que son projet permettra de soigner l’autisme et la schizophrénie, ce qui suscite plutôt le scepticisme des milieux médicaux. Il n’empêche que le projet ne peut être balayé d’un revers de main : le 9 avril 2021, l’entreprise a diffusé une vidéo d’un singe jouant au jeu pong par la pensée.

Cobayes humains

Si l’implant n’a juste ici été testé que sur des animaux, singes ou cochons, Neuralink veut passer à la vitesse supérieure et procéder cette année aux premiers essais sur des volontaires humains. Or selon les experts interviewés par The Daily Beast, ce n’est pas forcément une bonne idée: « Selon ce que j’ai vu sur le terrain, c’est que nous sommes vraiment bons pour implanter ce genre de dispositif », souligne Laura Cabrera, spécialisée dans la neuroéthique à l’Université d’État de Pennsylvanie. Mais si ça tourne mal, nous n’avons vraiment pas la technologie pour les extraire. » Que se passerait-il alors si un patient réagit mal à la puce, subit des effets secondaires, ou décide tout simplement d’arrêter l’expérience ? Bonne question.

Conflits d’intérêts ?

D’autres mettent en avant les dangers éthiques d’une telle expérience: « Je ne pense pas qu’il y ait un discours public suffisant sur les implications globales de la disponibilité de ce type de technologie », a exprimé Karola Kreitmair, professeure adjointe d’histoire de la médecine et de bioéthique à l’Université du Wisconsin-Madison. « Je crains qu’il n’y ait ce mariage inconfortable entre une entreprise à but lucratif et ces interventions médicales qui, espérons-le, sont là pour aider les gens ».

D’autres questions se posent encore si l’on garde en tête que Neuralink est une entreprise entièrement privée. On ne sait pas ce qu’elle compte faire des données recueillies sur les futurs patients, y compris des résultats de ses expériences, d’autant plus si elle se retrouve un jour en faillite, ou qu’elle est vendue à une autre société. Des interrogations fort légitimes à laquelle ni Musk ni personne d’autre chez Neuralink n’a jusqu’ici pris la peine de répondre.

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