Démence, asthme et explosions: des médecins alertent contre le mélange hydrogène et de gaz naturel pour le chauffage

Depuis peu, l’hydrogène a le vent en poupe. Ceux qui en font le pari y voient un très bon allié pour la transition énergétique – si tant est qu’il soit vert, bien sûr -, utile pour produire de l’électricité, stocker des énergies renouvelables ou encore pour le transport (via les piles à combustible). Certains estiment également qu’il peut servir au chauffage. Mais cela serait très mauvais pour la santé.

Aux États-Unis, deux organisations de médecins ont chacune lancé un sérieux avertissement contre le mélange hydrogène-gaz naturel envisagé par certaines compagnies pour le chauffage, rapporte Recharge. Et il ne s’agit pas de n’importe quel groupement. On parle ici de l’American Medical Association (AMA), la plus grande association de médecins et d’étudiants en médecine du pays, et du Physicians for Social Responsibility (PSR), un groupe de campagne pour la justice sociale dirigé par des professionnels de la santé qui a notamment remporté le prix Nobel de la paix en 1985 pour la prévention de la guerre nucléaire.

« Cela met des vies en danger »

Parmi les dangers identifiés, il y a le risque d’explosion, lié au faible point d’ignition de l’hydrogène. « Cela met des vies en danger », a averti le PSR dans un rapport publié la semaine dernière.

En outre, quand il est associé au méthane, mélanger le gaz naturel à l’hydrogène entraîne davantage d’émissions d’oxydes d’azote (NOx), indiquent les collectifs. Or, ceux-ci sont connus pour leur effet néfaste sur les voies respiratoires, et donc particulièrement dangereux pour les personnes asthmatiques, rappelle le PSR.

Deux avertissements qu’avait déjà émis l’AMA dans un rapport publié en mars. Elle avait, elle aussi, noté qu’en plus d’exacerber l’asthme, les oxydes d’azote pouvaient même le provoquer, notamment chez les enfants.

Enfin, ces oxydes d’azote sont également associés à des taux plus élevés de démence chez les personnes âgées, ponctue le PSR.

Des études qui manquent d’indépendance ?

Dans son rapport, le PSR réclame la tenue d’études de recherches supplémentaires permettant de déterminer si l’hydrogène peut vraiment être livré pour chauffer des bâtiments en toute sécurité.

« La plupart des projets de démonstration de l’hydrogène sont co-sponsorisés par des entreprises de combustibles fossiles et peu d’études sur la sécurité et la santé sont menées par des chercheurs ne recevant pas de financement de la part d’intérêts liés aux combustibles fossiles », dénonce l’association, avertissant que de nombreux appareils de chauffage existants ne sont pas conçus pour les mélanges d’hydrogène et de méthane.

Le PSR vise sans doute, entre autres, le projet pilote mené au Royaume-Uni depuis 2019, via lequel des mélanges de 20% d’hydrogène ont été ajoutés au réseau de gaz. Une recherche menée par l’université de Keele, en association avec les sociétés gazières Cadent et Northern Gas Networks, qui tend à démontrer que le chauffage au mélange hydrogène-gaz naturel n’est pas plus propice à des explosions que celui au gaz naturel.

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