Délit d’initié: un influent sénateur américain acculé pour des transactions louches réalisées avant la crise

Le sénateur américain Richard Burr (Isopix)

Le sénateur américain Richard Burr a déclaré jeudi qu’il se retirerait de la présidence de la Commission du renseignement. Le FBI a saisi son téléphone dans le cadre d’une enquête sur des transactions qu’il avait effectuées avant la forte baisse des marchés déclenchée par la pandémie.

L’étau se resserre autour du sénateur Burr dans un scandale digne d’un film américain. Celui-ci a pris la décision de renoncer à la présidence de la très importante Commission du Renseignement le temps de l’enquête qui le vise, a indiqué le chef de la majorité au Sénat républicain Mitch McConnell.

‘Nous avons convenu que cette décision serait dans le meilleur intérêt de la commission et qu’elle sera effective en fin de journée demain [vendredi]’, a déclaré McConnell.

Le sénateur Richard Burr, élu de Caroline du Nord, est sous le feu des projecteurs (du FBI) pour avoir a vendu des actions d’une valeur de 628.000 dollars à 1,7 million de dollars le 13 février. Des actions qu’il détenait notamment dans des groupes hôteliers ou du secteur touristique… Sévèrement impactés désormais par la pandémie de coronavirus. Le site ProPublica rapportait la semaine dernière que son beau-frère lui avait également cédé pour 280.000 dollars d’actions le même jour. C’est ce qu’on appelle un délit d’initié.

Un mandat de mauvais augure

Le principal intéressé nie encore les défaits, déclarant s’être appuyé sur les rapports d’actualité d’alors pour guider ses décisions. Sauf qu’à l’époque, le président Donald Trump minimisait encore la gravité de la situation, indiquant que le coronavirus n’était qu’une petite grippe saisonnière. D’ailleurs, Richard Burr lui-même écrivait le 17 février sur le site de Fox News que le gouvernement américain était ‘mieux préparé que jamais’. Soit quatre jours après la vente de ses actions.

Le sénateur avait pourtant à cette date déjà accès aux mises en garde des autorités sanitaires. Fin février, il avait même déclaré à des riches donateurs que ‘ça ressemble probablement à la pandémie de 1918’, soit la grippe espagnole qui a fait entre 20 à 50 millions de morts selon l’Institut Pasteur. Richard Burr est donc accusé d’un double discours, pour ne rien arranger à son cas.

Résultat: le FBI s’est rendu mercredi soir à son domicile de Washington, mandat en main. Les enquêteurs ont réquisitionné son téléphone et ont également accès aux données personnelles présentes sur son cloud. Ce mandat n’augure rien de bon pour le sénateur américain: pour l’obtenir, ils doivent d’abord prouver aux juges qu’ils détiennent suffisamment de preuves. C’est d’ailleurs ce qu’a souligné sur Twitter Preet Bharara, un ancien procureur fédéral.

‘Ce n’est vraiment pas le genre de décisions que le FBI ou le ministère de la Justice prend à la légère: il faut plusieurs vérifications, le blanc-seing d’un juge et prendre en compte le coût pour la réputation d’un sénateur en exercice.’

De son côté, le Président américain Donald Trump a réagi à cette annonce, affirmant qu’il ne savait rien de la décision de Burr de se retirer. ‘Je n’en sais rien… C’est dommage’, a-t-il déclaré aux journalistes. La présidence de la Commission du Renseignement est l’un des postes les plus importants et influents du Sénat américain.

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