Pourquoi le personnel enseignant fait-il grève en Belgique francophone ?


Principaux renseignements

  • Les coupes budgétaires dans les écoles francophones déclenchent des grèves généralisées et des troubles civils.
  • Le gouvernement de Bruxelles et de la Wallonie concentre ses mesures d’austérité sur l’éducation afin de résorber une dette de 14 milliards d’euros.
  • Les enseignants sont confrontés à une charge de travail accrue et à une baisse de leurs avantages sociaux dans un contexte d’instabilité opérationnelle.

Alors que la nouvelle année scolaire commence pour environ 120 000 enseignants et 900 000 élèves des écoles francophones de Bruxelles et de Wallonie, le climat reste tendu. Ce retour en classe fait suite à une période de troubles sans précédent à la fin de l’année dernière, alimentée par l’opposition aux coupes budgétaires mises en œuvre par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB).

La coalition reste ferme face aux menaces de grève

La coalition au pouvoir, composée des Engagés et du MR, ne semble pas disposée à revenir sur ces mesures d’austérité. Cette position a conduit les syndicats à déposer un préavis de grève valable jusqu’au 27 septembre, date choisie pour son alignement symbolique avec la Journée de la Communauté française.

Roland Lahaye, du syndicat CSC-Enseignement, a fait remarquer que l’hostilité au sein des établissements scolaires n’avait fait que s’intensifier.

Économies

La politique d’austérité menée par le gouvernement trouve son origine dans des données financières alarmantes datant de septembre 2025, qui révélaient une dette de 14 milliards d’euros et un déficit atteignant 1,5 milliard d’euros. Les experts ont averti que des interventions immédiates et drastiques étaient nécessaires pour éviter un effondrement financier total.

Justifiant davantage ces coupes budgétaires, une étude du FMI a suggéré que les dépenses de la FWB dépassaient la moyenne européenne sans pour autant produire des résultats scolaires comparables. Le rapport affirmait que la qualité et l’équité de l’enseignement pouvaient être maintenues même avec un financement réduit.

Impact sur les enseignants et les élèves

L’éducation absorbant près de 75 pour cent du budget de la FWB, elle est devenue la principale cible des économies, bien que des secteurs tels que les médias et la culture soient également touchés. Les enseignants ont réagi avec indignation, affirmant que le système était déjà défaillant en raison d’un manque de ressources et de respect professionnel. Parmi les griefs spécifiques figure une augmentation de 10 pour cent de la charge hebdomadaire d’enseignement pour les enseignants du secondaire — passant de 20 à 22 heures — sans aucune augmentation salariale correspondante.

De plus, il est devenu plus difficile d’obtenir un emploi permanent, et les prestations de santé ont été réduites. Les étudiants ressentent également les conséquences de ces mesures, les frais d’inscription dans l’enseignement supérieur ayant bondi de 835 euros à 1 194 euros.

Tensions

Ces mesures avaient déjà déclenché des manifestations violentes à Bruxelles, où la police avait utilisé des gaz lacrymogènes contre des foules comptant de nombreux élèves mineurs. Des représentants syndicaux, tels qu’Adrien Rosman de la Setca-SEL, ont averti que le mouvement se poursuivrait si l’administration refusait de consulter les parties prenantes et de revenir sur les coupes budgétaires les plus sévères.

Actuellement, les établissements scolaires sont en proie à l’instabilité. De nombreux enseignants s’inquiètent de leur charge de travail pour l’année, craignant une perte d’heures malgré les promesses de soutien du gouvernement. Cela exerce une pression considérable sur les chefs d’établissement, qui doivent désormais réorganiser les tâches du personnel et annoncer la mauvaise nouvelle à ceux qui voient leurs heures réduites.

Rétablir le dialogue

Afin d’apaiser la situation, la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny, a exprimé le souhait de renouer le dialogue avec le personnel scolaire. Son cabinet propose une nouvelle approche qui impliquerait les acteurs de terrain plus tôt dans le processus de réforme afin de garantir que les changements soient concrets et durables.

Pour l’avenir, le gouvernement se concentre sur deux initiatives majeures. Premièrement, il prévoit de proposer des contrats à durée indéterminée à toutes les nouvelles recrues à compter de septembre 2027, bien que des préoccupations budgétaires liées aux cotisations patronales aient ralenti cette avancée. Deuxièmement, il prépare un nouveau tronc commun pour les deuxième et troisième années du secondaire. Alors que le secteur attend le décret officiel, le gouvernement procède avec prudence, conscient que l’imposition d’une refonte structurelle majeure à un corps enseignant déjà épuisé et frustré pourrait s’avérer contre-productive. (fc)

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