Comment la Chine rend (discrètement) la vie de la Russie plus difficile

L’amitié « sans limites » entre la Chine et la Russie se heurte à la réalité. Officiellement, Pékin ne condamne pas l’attaque russe et dit ne pas participer directement aux sanctions occidentales. Dans les faits, la peur que ces sanctions affectent son économie pousse la Chine à agir, discrètement.

Dans quelle mesure la Chine peut-elle aider la Russie à contourner les sanctions occidentales ? C’est la question que nous nous posions ces derniers jours. 4 facteurs, selon des spécialistes interrogés par CNN, tentent à montrer que la Chine ne fera pas tout pour aider son voisin russe, malgré le rapprochement récent entre les deux grandes puissances.

En fait la Chine, dont l’économie est en berne, essaye de trouver un équilibre entre le soutien rhétorique à la Russie et la protection de ses intérêts. Malgré son aversion à l’Occident, et aux États-Unis en particulier, la Chine ne peut se permettre de perdre l’accès au dollar et aux technologies américaines.

Il ne faut jamais perdre de vue que si la Chine est le principal partenaire commercial de la Russie, l’inverse est beaucoup moins vrai, le volume total d’échanges commerciaux ne représentant que 2% pour la Chine.

1. Laisser chuter le rouble

Le yuan s’échange dans une fourchette déterminée par la Banque populaire de Chine. Or, la semaine dernière, elle a doublé la taille de cette fourchette par rapport au rouble, ce qui a entrainé une chute du rouble plus rapide.

Concrètement, le rouble a perdu 20% de sa valeur par rapport à l’euro et au dollar. En laissant la monnaie russe chuter face au yuan, Pékin n’a pas fait de cadeau à la Russie. Les Russes devront payer plus cher les importations chinoises, notamment les smartphones chinois, très populaires en Russie, ou les puces pour l’industrie automobile.

Actuellement, environ 25 milliards de dollars d’échanges commerciaux entre la Chine et la Russie sont effectués en yuan.

2. Interdire la conversion des réserves de yuans en dollars

Les sanctions occidentales ont permis de geler environ 300 milliards de dollars, soit la moitié des réserves en devises étrangères de la banque centrale russe.

Plus tôt cette semaine, les autorités russes ont émis l’idée de rembourser les intérêts de leur dette avec des yuans ne pouvant plus compter sur leurs réserves en euro et en dollar. Mais cela constituerait une violation directe aux sanctions occidentales, et la Chine n’est pas prête à franchir ce pas.

3. Retenir les pièces détachées pour les avions

En raison des sanctions, les deux principaux constructeurs aéronautiques – Boeing et Airbus – ne fournissent plus de pièces de rechange pour assurer la maintenance des appareils des compagnies aériennes russes. D’ici quelques semaines, ces compagnies pourraient donc se retrouver à court de pièces et devront clouer au sol leurs appareils.

La Russie recherche donc des pièces détachées en Chine mais ne les a pas obtenues. La Russie tente désormais sa chance avec la Turquie – membre de l’OTAN – et l’Inde.

Pour se venger des Occidentaux, Poutine a autorisé les compagnies aériennes russes à faire main basse sur une flotte d’avions étrangers, cloués au sol en Russie, d’une valeur de 10 milliards de dollars.

4. Geler les investissements dans les infrastructures

La Banque mondiale a interrompu tous ses programmes en Russie et en Biélorussie depuis un certain temps déjà. Ce qui est plus étonnant, c’est que la Banque asiatique d’investissement, basée à Pékin, a suivi le pas au début du mois. La Chine dispose au sein de la banque asiatique 26,5% des voix. L’Inde et la Russie disposent respectivement de 7,6 % et 6 %.

La Russie perd ainsi un prêt de plus d’un milliard de dollars à destination de ses réseaux routiers et ferroviaires.

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