Coalition fédérale: les francophones sont prêts, mais la N-VA ne lâchera pas le morceau

Bart De Wever (N-VA)
Isopix

C’est le jour J. Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V) doivent remettre leur rapport au roi ce lundi à 15 heures. Le but est d’enclencher la vitesse supérieure pour probablement former une coalition Vivaldi. Problème: la N-VA ne va pas s’auto-exclure et vendra chèrement sa peau.

Est-ce qu’il ‘fera beau demain’? Le nouveau slogan du ‘nouveau’ cdH a fait parler de lui ce week-end, entre moqueries et désir de changer de logiciel. Le cdH, comme la N-VA et le MR, présentaient leurs bons vœux, et les deux derniers en auront profité pour lâcher un ultime message aux négociateurs du fédéral.

Georges-Louis Bouchez (MR) a prévenu à Wavre ce dimanche: ‘Il est plus que temps de se mettre à table pour former un gouvernement ‘, même si ‘personne n’aura la coalition de ses rêves’.

Frederic Sierakowski / Isopix

Et le président des libéraux a une coalition derrière la tête, même si sa note pouvait suggérer le contraire: la coalition Vivaldi, c’est-à-dire l’arc-en-ciel élargi au CD&V ou encore les socialistes, les libéraux, les écologistes et les chrétiens-démocrates.

La veille, du côté de Malines, Bart De Wever tenait un tout autre discours. Ne comptez pas sur les nationalistes pour se mettre eux-mêmes hors-jeu. Au contraire, Bart De Wever a fait un appel du pied aux socialistes et en a profité pour tacler les libéraux flamands.

Un front pour un autre

En fait Bart De Wever espérait former un front suédois – les trois partis du gouvernement flamand N-VA/Open VLD/CD&V – pour mettre la pression sur le PS. Mais Gwendolyn Rutten ne voulait rien entendre: ‘Former un front, ça se fait contre quelque chose. Moi je fais de la politique pour quelque chose’, avait-t-elle dit au micro de la VRT.

Frederic Sierakowski / Isopix

Le président des nationalistes a donc joué son va-tout et s’est dit prêt ‘à de nouvelles politiques sociales si on peut augmenter le taux de participation sur le marché du travail pour, par exemple, augmenter les taux de pension’. Et d’ajouter que PS et N-VA pouvaient s’entendre sur le volet institutionnel ou celui de l’immigration.

Beaucoup ne comprennent pas cette volonté de la N-VA de monter à tout prix dans un attelage fédéral alors qu’une place confortable l’attend dans l’opposition. En tout cas, au PS, on ne croit pas à ce revirement de dernière minute, on attend son heure. Idem dans le chef de deux poids lourds du MR, Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke, l’un qualifiant les propos de Bart De Wever de ‘mielleux’ l’autre suggérant que la N-VA s’était exclue elle-même suite à une ‘série de propos et d’exclusives’. Il est vrai que la tactique de la N-VA n’a pas toujours été lisible depuis le 26 mai dernier.

Le nord n’est pas prêt

Mais ce qui parait clair et décidé dans le sud du pays ne l’est pas forcément au nord. Pour l’ancien informateur royal Johan Vande Lanotte (sp.a), on ne peut pas balayer cette ouverture ‘du plus grand parti du pays vers la plus grande famille politique du pays (les socialistes)’. La N-VA s’est trouvée un allier de circonstance plutôt étonnant qui ne manquera pas de faire réagir boulevard de l’Empereur. Le CD&V a lui répété ne pas vouloir lâcher la N-VA, non pas qu’ils s’apprécient, mais pour sa survie, le CD&V aimerait bien que la N-VA quitte elle-même la table des négociations et pas qu’on la pousse dehors.

C’est le fameux double jeu de la N-VA. Elle aimerait tout autant peser sur les politiques fédérales que prouver que ce pays ne fonctionne plus. Et cela rend sa stratégie peu lisible. Mais en montrant une volonté de prendre ses responsabilités, la N-VA s’affiche comme un parti sérieux. Et si les autres décident de l’exclure, elle aura alors tout le loisir de leur faire porter le chapeau, à commencer par ses partenaires flamands au nord du pays.

De journée décisive, on devrait passer à une nouvelle prolongation. Demain, il ne fera pas beau, il fera gris, comme depuis de longs mois.