La N-VA veut former un ‘front suédois’, mais Rutten refuse tout contact avec De Wever

Isopix

La formation d’un gouvernement fédéral entrerait dans une phase décisive. Des négociations pourraient même être entamées dès ce week-end autour de la note de Bouchez et Coens. La question est de savoir dans quelle direction la coalition va se diriger: l’arc-en-ciel élargi (Vivaldi) tient la corde, mais la N-VA n’a pas dit son dernier mot.

Encore et toujours les deux mêmes scénarios. Le plan A est la coalition Vivaldi et exclut la N-VA (SP-SP.A/MR-OPEN VLD/Ecolo-Groen/CD&V-CDH). Le plan B rassemble PS et N-VA et exclut les verts (N-VA/PS-SP.A/MR-Open VLD/CD&V). On parle de plan B, car il est clair que les dernières semaines n’ont pas rapproché les deux plus grands partis de chaque Communauté.

Le souci, c’est que le duo d’informateurs Georges-Louis Bouchez (MR)/Joachim Coens (CD&V) n’a pas vraiment rédigé une note qui prépare le plan A. Elle a été jugée ‘imbuvable’ à gauche, même s’il s’agit aussi d’une sorte de réponse aux critiques faites à la note Magnette, jugée elle trop à gauche quelques semaines plus tôt.

Il est désormais admis que cette nouvelle note arrondit les angles en faveur de la N-VA. Bart De Wever s’était dit ‘très positivement surpris’. Une note qui a été perçue dans le nord du pays comme un nouveau plaidoyer pour la suédoise, précédente coalition, qui a toutefois pris une claque aux élections de mai dernier.

La N-VA tente le coup

N’empêche, Bart De Wever saisit la balle au bond et tente de former un ‘front suédois’. Il s’agit tout autant de défendre l’héritage du précédent gouvernement, en tout cas sur le volet économique, que de mettre la pression sur le PS. Car quels que soit les acteurs – le MR, le CD&V ou la N-VA – et quels que soient leurs objectifs, le but au bout du compte est de partir sur une base la plus à droite possible.

Credit : Frederic Sierakowski / Isopix

Le but du MR et de la note de Bouchez est également de rallier l’Open VLD après une période compliquée. En effet, on se rappelle que Gwendolyn Rutten, présidente sortante des libéraux flamands, avait bien accueilli la note Magnette et les négociations concrètes étaient même sur le point de débuter pour former un arc-en-ciel. Mais des tensions internes sont apparues aux yeux de tous.

Ces tensions ne sont pas encore tout à fait apaisées. Au rang des premiers opposants à la présidente, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), qui est sorti du bois dans Villa Politica ce jeudi, et qualifie la note Bouchez/Coens de ‘très bon travail’. A contrario, Bart Tommelein, favori pour reprendre les rênes de l’Open VLD, a lui plutôt plébiscité le plan A, à savoir la coalition Vivaldi.

Entre les deux, Bart De Wever tente de s’immiscer. Le président des nationalistes a tenté de réunir les négociateurs flamands. Mais cela a été refusé par l’Open VLD, ‘rien sans Bouchez’, pouvait-on entendre. L’intéressé a lui dit ‘non merci’ à l’invitation. De Wever a ensuite tenté d’inviter les présidents de parti du gouvernement flamand, bref la suédoise, en commentant ‘sommes-nous toujours dans une coalition?’. Se voir au sein du gouvernement flamand? ‘Il appartient à Jan Jambon (N-VA) et à ses vice-premiers de se consulter’, pas aux présidents de parti, a rétorqué Gwendolyn Rutten. De Wever a fait une ultime tentative pour un tête à tête avec la présidente des libéraux, mais là encore, il a été recalé. L’ambiance est clairement pesante entre les deux partis. Il faut dire que la N-VA n’y était pas allée de main morte avec l’Open VLD au moment de la note Magnette. Ça laisse des traces, forcément.

L’heure tourne

Cette situation place un peu plus le PS dans un fauteuil. Le parti de Paul Magnette sent bien que la N-VA est écartée, petit à petit, malgré ce que pourrait faire croire la note. Alors, certes, ils vont devoir faire des concessions, mais le sens de l’histoire semble aller en leur faveur.

Credit : Frederic Sierakowski / Isopix

Du côté du MR, on veut une réussite, quelle qu’elle soit. La note de Bouchez a été critiquée (‘fautes d’orthographe’, ‘peu précise’, ‘inachevée’), mais l’informateur aura réussi sa mission s’il parvient à mettre un plan de coalition sur sa table. Pour le jeune trentenaire, ce sera son premier grand trophée politique. En fait, ce sont les verts qui se montrent le plus durs envers la note, même si rien n’est communiqué officiellement. Les ambitions climatiques sont étrangement absentes de la nouvelle note et une prolongation du nucléaire y est évoquée. Le climat entre écologistes et libéraux serait de plus en plus détestable.

Et enfin, si l’Open VLD ne répond pas à l’invitation de la N-VA, c’est du côté du CD&V qu’il faudra regarder. Certains espèrent toujours acoquiner PS et N-VA, en tout cas pour mettre la pression. On en revient à la même histoire: faire pencher la note le plus à droite possible.

Le temps joue de toute façon contre les démocrates chrétiens, car la pression devient intense pour former un gouvernement. Après tout, aux yeux du plus grand nombre, la situation n’a pas évolué depuis huit mois et les élections du 26 mai.